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Achats : comment faire face à l'inflation ?

Publié par Audrey Fréel le - mis à jour à
Achats : comment faire face à l'inflation ?

Matières premières, énergie, fournitures, prestations de services... L'envolée des prix concernent un grand nombre de catégorie d'achats. Ce qui impose aux directeurs des achats de déployer des actions pour maîtriser ces hausses et éviter les risques d'approvisionnement.

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Les conditions inflationnistes désarçonnent de nombreuses entreprises. Et les directions des achats sont en première ligne pour essayer de maîtriser ces hausses de prix qui atteignent parfois des sommets dans certaines catégories d'achats.

Parmi les sujets les plus préoccupants, les prix de l'énergie donnent, sans surprise, du fil à retordre à l'ensemble des directeurs des achats interrogés. "Auparavant, nous dépensions environ 45 M€ par an en énergie. Cette année, nous devrions avoisiner 100 M€ et l'incertitude est très forte pour 2023", confie David Sagalowicz, directeur des achats du fabricant verrier Arc.

Même constat à la Monnaie de Paris. "Fin juin, l'énergie représentait déjà 1 M€ de charges externes supplémentaires par rapport aux années précédentes", informe Max Rossigneux, le directeur des achats de l'établissement public.

Les matières premières toujours impactées

Autre catégorie d'achat soumise à inflation : les matières premières. A titre d'exemple, la Monnaie de Paris s'approvisionne principalement en acier, cuivre, inox, nickel, aluminium, zinc, étain, or et argent. "Les prix ont surtout explosé à la sortie de la pandémie et commencent à redescendre progressivement, mais ils sont encore loin du niveau d'avant covid", remarque Max Rossigneux.

De son côté, Arc achète principalement du sable, de la soude, du calcaire ou encore du lithium pour fabriquer son verre. "En 2022, nous devrions enregistrer une augmentation de prix d'environ 20 % sur nos matières premières. Les plus touchées sont la soude et le lithium", précise le directeur des achats.

Le groupe Schmidt, qui fabrique et commercialise des meubles de cuisine et de salle de bain, fait, pour sa part, face à de grosses tensions sur le bois. "Nous avons besoin de bois pour réaliser nos panneaux de particules, or nous sommes fortement concurrencés à l'achat par le marché du pellet, qui fait face à une très forte demande en raison des hausses du prix de l'énergie", explique Laurent Belloni, le directeur des achats.

SPIE France, société spécialisée dans les domaines du génie électrique, mécanique et climatique, de l'énergie et des réseaux de communication, est, elle, confrontée à des hausses de prix sur de nombreux produits depuis février 2021, "comme les câbles, le matériel électrique, les postes de transformations, l'acier électrique ou encore le matériel IT", énumère Sandrine Crasnier, la directrice des achats.

En raison d'une flambée sur le cours du papier, le packaging est également en proie à des fortes hausses de prix. "Cette année, nous enregistrons une augmentation moyenne de 35 % sur cette catégorie d'achats", révèle David Sagalowicz.

Enfin, les prestations de services de type ménage, accueil ou encore gardiennage devraient également voir leurs tarifs grimper. "Ces métiers ont des niveaux de rémunération assez faibles qui vont être revalorisés par la hausse du smic et les accords d'entreprises en raison de l'inflation. De fait, nous observons actuellement des demandes de la part des fournisseurs dans ce secteur pour revaloriser les différents marchés", indique Max Rossigneux, le directeur des achats de la Monnaie de Paris.

Ce dernier perçoit également des demandes de hausses de prix dans le domaine du facility management, du mobilier et de la fourniture de bureau.

L'anticipation en fer de lance

Dans ce contexte, les directions des achats déploient de nombreuses actions pour maîtriser au mieux l'inflation. "Dans cette période d'incertitude, nous construisons nos budgets et notre stratégie en prenant en compte trois scénarios concernant les évolutions des prix : un pessimiste, un optimiste et un intermédiaire", explique Laurent Belloni.

L'anticipation est également de mise à la direction des achats de SPIE France. "Nous avons mis en place un plan de management du risque supply chain catégorie par catégorie. L'acheteur doit contenir les hausses de prix au maximum, et permettre d'anticiper au mieux pour limiter les risques", précise Sandrine Crasnier.

Une bonne connaissance des marchés et des prix semble indispensable pour contrôler au mieux l'inflation. "Pour l'énergie, il est aujourd'hui essentiel de couvrir notre consommation pour les mois à venir avec des achats à terme. Dans ce cadre, il faut récolter un maximum d'informations pour bien comprendre les marchés et espérer prendre les bonnes décisions de couverture", indique, par exemple, David Sagalowicz.

Il convient également de décortiquer l'ensemble des composantes constituant le coût final du produit afin de comprendre les hausses de prix. "Cela permet de ne pas accepter une augmentation injustifiée de la part des fournisseurs", estime Sandrine Crasnier. Un avis partagé par David Sagalowicz. "Il faut regarder les indices et faire de la décomposition des coûts pour s'assurer que les hausses sont justes. Si ce n'est pas le cas, l'acheteur aura des arguments pour négocier une augmentation moindre".

L'identification des achats sensibles, dont un risque de pénurie impacterait sévèrement l'activité de l'entreprise, est également primordiale. "Sur 18 000 références, nous avons repéré 400 articles critiques, dont la rupture d'approvisionnement pourrait arrêter la ligne de production. Nous avons donc augmenté les stocks sur ces produits et retravailler les prix avec les fournisseurs pour limiter les hausses", explique Laurent Belloni.

Identifier de nouvelles sources d'approvisionnement

Pour éviter les risques de pénuries, certaines directions des achats n'hésitent également pas à revoir leurs sourcings. "Nous sommes en train de relocaliser certaines sources d'approvisionnement en matières premières dans des pays moins impactés par les problèmes de pénuries ou de logistique, tout en nous assurant que ces nouveaux sourcings respectent nos critères RSE", explique, par exemple, Max Rossigneux.

Dans certains cas, la mise en concurrence peut aussi porter ses fruits. "Pour les prestations de services, notre politique est pour le moment de ne pas accepter ces hausses. Nous avons lancé des appels d'offres pour renouveler un certain nombre de marchés. La mise en concurrence pousse nos prestataires à trouver des solutions pour ne pas faire peser ces hausses de charges chez leur client. De fait, l'impact sur le prix final est minime, pour le moment", détaille Max Rossigneux.

Enfin, la massification de certains achats peut également permettre de maîtriser certaines hausses. "Pour l'énergie, nous avons groupé nos achats avec d'autres établissements publics par l'intermédiaire de l'Ugap (Union des groupements d'achats publics) ce qui permet de limiter la casse et d'éviter des ruptures", illustre Max Rossigneux.

Des coopérations en externe et en interne

La plupart des directeurs des achats interrogés l'atteste : développer des relations partenariales avec les fournisseurs est un enjeu clé dans ce contexte inflationniste. "Il est primordial d'entretenir de bonnes relations avec nos fournisseurs notamment en raison du risque de rupture d'approvisionnement. Cela peut aider à ce que le volume aille en priorité vers les clients qu'ils apprécient", indique David Sagalowicz. Avant d'ajouter : "Il est aussi fondamental d'être juste avec le fournisseur et ne pas abuser d'une position dominante, lorsque c'est le cas. Cela signifie d'éviter, par exemple, de refuser des hausses de prix justifiées car cela risque de menacer la pérennité de ce fournisseur. Ce qui pénalisera, in fine, notre activité".

Par ailleurs, les directions des achats sont également sollicitées en interne pour épauler les commerciaux. "Nous avons élaboré des argumentaires pour aider les opérationnels à expliquer les hausses de prix auprès de nos clients. Nous avons également construit un baromètre achats avec des indicateurs de conjoncture et de hausses des matières premières. Cela nous permet de réaliser des campagnes de communication et des newsletters régulières indiquant les tendances sur les prix dans les semaines à venir", détaille Sandrine Crasnier.

Même démarche à la direction des achats d'Arc et de Schmidt, qui délivrent des informations à leurs équipes commerciales afin qu'elles soient en capacité d'expliquer au mieux les hausses de prix. Une logique partenariale qui permet de mettre en lumière le rôle stratégique des achats en interne.

 
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