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Le bois, cette alternative "ecolo" presque impossible à trouver

Publié par Lisa Henry le | Mis à jour le
Le bois, cette alternative 'ecolo' presque impossible à trouver
© Volodymyr - stock.adobe.com

"La pénurie ne vient pas d'un manque de bois, mais d'un temps de renouvellement trop long", explique le président de l'Union des coopératives forestières françaises, qui veut développer les contrats d'approvisionnement pluriannuels avec l'industrie.

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Comme nombre d'industries dans le monde aujourd'hui, le bois connaît une crise sans précédent. Cette matière, qui se présente comme une alternative écologique, notamment dans le bâtiment et le secteur de l'emballage, est aujourd'hui presque impossible à trouver, et certaines entreprises voient leurs prochaines commandes programmées pour la fin de l'année. Le 21 juin, les professionnels de la filière forêt-bois ont rencontré le ministère de l'Agriculture afin de discuter des perspectives d'avenir et de potentielles solution face à cette pénurie. Bertrand Servois, président de l'Union des coopératives forestières françaises, y a partagé sa vision, ses idées et son refus de croire que tout est de la faute de l'exportation.

Bertrand Servois, président de l'UCFF

Selon les scieurs, la ressource ne manque pas en forêt, à quoi est donc due cette pénurie ?

La forêt, c'est du temps. Pour les feuillus, nous devons compter une centaine d'années pour la repousse. Cela signifie que chaque gestionnaire, que ce soit l'État ou le privé, ne gère les arbres qu'une petite partie de leur vie. C'est là toute l'originalité de notre industrie, nous sommes amenés à réfléchir sur un temps très long. Nous sommes contraints, par la Loi, de prévoir les coupes sur une période de 10 à 15 ans.

La deuxième chose, c'est que nous devons nous assurer de ne pas prélever plus que la forêt ne produit, ainsi que nous préoccuper de son renouvellement. Il faut 120 ans pour renouveler l'ensemble d'une forêt, nous devons donc nous fixer d'en renouveler un centième par an, et c'est ainsi que nous planifions nos récoltes. La pénurie ne vient pas d'un manque de bois, mais d'un temps de renouvellement trop long par rapport à l'urgence de la demande. Nous ne pouvons pas réagir à la minute, au gré des demandes périodiques fortes. Même si dans l'idée nous voudrions mettre plus de bois sur le marché, ça se ferait en six mois, voire un an.

Quelle est la part de responsabilité de la crise sanitaire dans cette pénurie ?

Au printemps dernier, un certain nombre de scieurs se sont inquiétés du fait qu'ils risqueraient de manquer de bois. L'une des raisons est que nous observons dans le monde entier une forte reprise économique. La Chine a repris un peu plus tôt, et les Etats-Unis de Joe Biden ont mis en place un plan de relance gigantesque, ce qui leur a donné une forme d'avance. En Europe aussi nous avons un plan de relance, plus mesuré, mais qui existe. Au fur et à mesure que les idées de confinements s'éloignent, nous reprenons doucement l'activité. Tous les intermédiaires ont des carnets de commande très importants comparé à 2020 qui a été une année entre parenthèses. L'activité a été ralentie sur tous les niveaux et ça a été très chaotique. Certains ont joué la prudence et ne se sont pas approvisionnés suffisamment, donc depuis 2021, ils s'emballent, et c'est compliqué.

Par exemple, nous avons fourni 1000 chênes pour la reconstruction de Notre-Dame, ils ont été exploités en mars dernier alors que ça faisait un an que c'était prévu. C'est une grosse logistique.

Se traduit-elle par une augmentation des prix et par une hausse des marges des producteurs ?

Nous ne pouvons pas mesurer le prix du bois à travers des marges, elles sont impossibles à calculer. Comment voulez-vous la calculer sur une récolte et culture qui se travaillent sur plusieurs générations de forestiers ? En globalité nous sommes de l'ordre de 1% à 2% de marge maximum, mais ça n'a pas de sens de raisonner ainsi dans une industrie sur le très long terme.

En revanche, il y a une pression sur les marchés, avec des augmentations de prix significatives, surtout sur les bois transformés. C'est cette filière qui est en surchauffe, par conséquent ce n'est pas étonnant de retrouver une augmentation sur la matière première initiale

La France est-elle le pays le plus touché ?

Cette crise concerne tout le monde, toutes les industries, et toutes les matières premières. Ce redémarrage économique mondial ne se fait pas dans la douceur, mais c'est très vraisemblablement quelque chose de passager.

La France a-t-elle une véritable filière de bois, est-elle principalement consacrée à l'exportation ?

Bien sûr que nous avons une filière du bois en France. Un quart des forêts est possédé par l'État, les collectivités communes, donc géré par l'ONF, le reste appartient à plus de trois millions de propriétaires privés. Dans le privé, en termes d'organisation, les coopératives forestières représentent 30% de la commercialisation des bois, tout comme les experts. Entre les deux organisations, cela représente plus ou moins 50% de la récolte et de la vente. La filière du bois française est non seulement bel et bien réelle, mais surtout bien organisée. Il ne faut pas tomber dans la facilité de l'accusation, et dire que nous exportons massivement en extrême orient. Non seulement c'est faux, aujourd'hui par exemple, les coopératives vendent bien moins de 10% de leurs récoltes de bois à des acheteurs qui, selon leurs marchés, peuvent exporter ou revendre en France ou en Europe, mais en plus tout dépend des cas d'usage. Par exemple, les frênes du Nord de la France sont atteints d'une maladie qui rend leur transformation complexe, nous ne les utilisons pas en France, mais ce bois nous l'exportons. Heureusement que nous avons ces débouchés à l'export, ils font partie d'une forme d'équilibre.

Sur quoi reposerait la gestion forestière durable que vous évoquez ?

Notre rôle principal, en amont, est de se soucier du renouvellement de la forêt. Il y a deux cas de figure : nous pouvons faire cela de manière naturelle : les glands tombent aux pieds des chênes et germent. Lorsqu'ils grandissent il faut faire de la place au-dessus et leur donner de l'air et de la lumière en coupant les plus grands arbres qui obstruent.

L'autre solution est la régénération artificielle, nous plantons sur une parcelle qui était pauvre, ou que nous avons récolté en totalité. Elle est là notre responsabilité durable, si nous ne le faisons pas, cela veut dire que dans 10, 30 ou 50 ans nous n'aurons plus de matière première à travailler.

En quoi consistent les contrats d'approvisionnement pluriannuels que vous mettez en avant?

Une entreprise doit se consacrer à toute son intelligence, et à sa force de production. Elle doit donc passer moins de temps à se soucier de l'approvisionnement, tout en étant assurée de sa qualité. Les coopératives forestières ont les clefs pour préparer cet approvisionnement, et anticiper les quantités de bois, les calibres etc. Nous pouvons donc mettre en place ces contrats qui se définissent en avance, avec des clauses de révision de prix, afin d'anticiper la récolte. Ce système s'est énormément développé à mesure que l'industrie du résineux s'est implantée en France.

Craignez-vous que l'engouement pour le bois de ces dernières années cesse à cause de cette crise ?

Quand on travaille sur le long terme, on ne craint pas ce risque. La seule chose qui m'inquiète, ce sont les contraintes administratives, qui feraient que, tôt ou tard, on nous empêche l'accès aux arbres. Un mois à cause des pinsons qui nichent, un autre pour les cigognes, puis les renards et ainsi de suite. Voilà ce que l'on craint: que la forêt française soit mise sous cloche en se disant qu'elle est trop jolie. Le reste, nous savons qu'il y a des années pires que d'autre. Notamment à cause du changement climatique qui a des conséquences. Nous voyons les variations climatiques ces trois dernières années. La forêt en souffre. Les arbres dépérissent, perdent leurs cheveux et vivent un cortège de maladie.

Vous avez participé, le 21 juin dernier, à une réunion avec le ministère de l'Agriculture et les professionnels de la filière forêt-bois pour évoquer les difficultés actuelles et vos propositions, notamment en ce qui concerne les contrats pluriannuels - qu'a donné cette rencontre ?

Ça s'est très bien passé, je ne sais pas ce à quoi s'attendaient certains, un ministre ne peut pas fermer les frontières à l'exportation. Nous avons proposé nos contrats d'approvisionnement, et ensemble nous avons discuté de ce que nous pourrions faire... ce qui prendra un peu de temps.

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