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Achat public / achat privé : deux mondes, un seul univers

Publié par Camille George le | Mis à jour le
Achat public / achat privé : deux mondes, un seul univers

Alors qu'on continue à séparer achat public et achat privé dans le traitement des problématiques, les deux univers sont-ils aujourd'hui si dissemblables? Passerelles et interactions existent et c'est bien ce qu'a démontré la dernière table ronde des Jeudis de l'Expertise Achats organisée par le CNA.

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Pour la première fois le CNA a souhaité réunir autour d'une même table des décideurs achats du public et du privé pour leur permettre de confronter leur vision du métier, leurs stratégies achats et ainsi redonner à l'achat public la place qui lui revient. "On a toujours tendance à dissocier le secteur public du secteur privé et c'est dommage car les deux univers ont je pense beaucoup à s'apporter. Or, c'est en partageant et en confrontant nos points de vue qu'on avance", déclarait en introduction Didier Sallé, président du CNA Ile-de-France et directeur des achats du groupe Atalian, qui animait ses derniers Jeudis de l'Expertise Achats avant une retraite bien méritée. Et rien de tel que de varier les profils pour enrichir encore la vision d'ensemble. Ainsi autour de la table se trouvaient Françoise Tuchman, sous directrice des achats de l'Etat à la DAE, Marc Sauvage directeur général adjoint en charge des achats, de la performance, de la commande publique et du juridique pour la Région Ile-de-France, Jean Bouverot, responsable ministériel achats au ministère des Armées, Jean-Michel Mardelle, directeur des achats d'Agromousquetaires et Pascal Pelon, directeur des achats de AXA.

La politique achat découle de la stratégie d'entreprise

Questionnés sur le processus achat en général afin de mieux rendre compte des points communs ou des points de divergence, chacun s'est prêté au jeu en exposant tour à tour sa façon d'appréhender ce métier complexe mais passionnant. Quant à la définition de la stratégie achats et à la façon dont on la construit, public et privé se rejoignent. "Une politique achats découle directement d'une politique d'entreprise. A ce niveau on peut assimiler la DAE à un grand groupe qui s'appuie sur ses filiales dans un objectif de performance économique, de maîtrise des dépenses de l'Etat et de quête d'efficience dans le fonctionnement des services", indique Françoise Tuchman. Pour Pascal Pelon d'AXA, la stratégie achats est elle aussi "calée sur la stratégie générale AXA dans un souci d'efficience avec peut être en plus, mais c'est propre au secteur de l'assurance, un besoin de maîtrise du risque opérationnel."

Dans la grande distribution et l'agroalimentaire aussi la stratégie achats est étroitement liée à la stratégie globale : "on s'achemine doucement mais surement vers un risque pénurique donc la stratégie achats doit intégrer ce paramètre et oui, le service achats est de plus en plus acteur de la performance de l'entreprise", détaille Jean-Michel Mardelle. Au niveau du ministère des Armées la stratégie est un alignement : "aligner tout le monde n'est pas simple, il faut une gouvernance solide et des décisions collégiales", souligne Jean Bouverot. Enfin pour Marc Sauvage "la stratégie achats est un levier des politiques locales. Les achats ont un rôle à jouer pour permettre de raccourcir la réalisation des projets notamment en travaillant autrement avec les fournisseurs grâce à de nouveaux process de contractualisation".

Lire la suite page 2 - Des différences liées au secteur d'activité

Des différences liées au secteur d'activité plus qu'au statut public ou privé

Sur le sujet du pilotage de la performance achats, les méthodes et les indicateurs varient mais ces différences sont dues aux spécificités liées à l'activité des entreprises plutôt qu'à leur statut public ou privé. Pascal Pelon déclare suivre particulièrement les indicateurs de risque et de mobilisation des ressources achats, ses équipes étant très sollicitées. A la DAE la mesure de la performance achats s'effectue essentiellement sur l'important travail de mutualisation entrepris. Une gouvernance spécifique avec des indicateurs précis permettent d'évaluer les progrès. Agromousquetaires qui a complètement modifié sa structure achats depuis 2016 mesure pour sa part la performance achat au regard de l'avancement de ses projets de mutualisation, rationalisation et standardisation.

Des effectifs en baisse mais une montée en compétence

En termes de processus management donc, seul le management des ressources diffère entre public et privé. "Piloter les emplois dans l'administration est sous contraintes, rappelle Françoise Tuchman. Nous travaillons à effectifs constants voire en baisse cela demande donc une organisation particulière et devons composer avec des règles assez précises en matière de rémunération. Il y a tout de même une ouverture aux contractuels qui nous permet de mixer les profils. C'est un exercice difficile mais possible." Et même au sein de la sphère achat public les contraintes varient : "au niveau de la Région nous avons des contraintes sur l'embauche d'acheteurs issus du privé. Nous ne pouvons pas leur proposer de CDI tout de suite et devons passer par une phase de CDD", précise Marc Sauvage. Dans le privé, bien sûr, ces contraintes là n'existent pas.

Toutefois une tendance commune émerge depuis quelques temps : des effectifs qui tendent à se réduire mais des compétences achats de plus en plus pointues. "On constate une évolution réelle du métier avec des compétences très spécifiques. Nous avons récemment embaucher un acheteur spécialisé dans l'achat à terme, un acheteur qui, à terme, sécurise les positions sur les matières par l'usage raisonné de certains outils des traders", développe Jean-Michel Mardelle, du groupe Les Mousquetaires.

Lire la suite page 3 - Des approches opérationnelles similaires


Des approches opérationnelles très similaires

Au niveau opérationnel les approches sont désormais très similaires : la veille marché, le benchmark, la captation d'innovation, la communication (tant en interne qu'en externe) pour donner de la lisibilité aux projets achats, sont autant de briques métier communes aux deux univers. De même, formaliser le besoin est aux yeux de tous une étape très importante. L'appel d'offre doit être attractif et précis et une attention particulière doit être portée au cahier des charges fonctionnel. "Je pense que dans les deux univers nous manquons encore de temps pour cette étape fondamentale de la formalisation du besoin, estime Marc Sauvage. Il est très difficile d'aller contre un argumentaire d'expert, arriver à capter et formaliser le besoin du prescripteur est donc essentiel et permet d'anticiper." La seule divergence liée au caractère réglementaire de l'achat public porte sur la consultation et la sélection des fournisseurs qui reste très encadrées.

Reste à investir le processus aval

On voit donc bien au regard des différents témoignages que acheteurs public et privé jouent sur le même terrain et poursuivent les mêmes objectifs. Malgré quelques spécificités qui persistent de part et d'autres, l'évolution métier suit la même courbe : la fonction achats est de plus en plus centrale et stratégique avec une montée en compétence des acheteurs, le tout porté par une digitalisation des process. Quelle sera la prochaine étape? Pour plusieurs participants à la table ronde dans le public comme dans le privé l'acheteur a tout intérêt à investir plus largement le processus aval c'est-à-dire le suivi fournisseur. "Mesurer la performance fournisseur et réintégrer cette information dans la boucle pour retravailler le sourcing en conséquence est pour le moment sous-exploité. Or, je suis persuadé que d'ici quelques années ce sera plus important que la partie négociation", assure Jean-Michel Mardelle. Et Pascal Pelon de conclure : "La valeur de demain se trouve dans le suivi d'exécution qui permet de repérer l'innovation."

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