Recherche
Mag Décision Achats
S'abonner à la newsletter S'abonner au magazine
En ce moment En ce moment

Supply chain : une année sous tension

Publié par Lisa Henry le | Mis à jour le
Supply chain : une année sous tension

La RSE fait une entrée fracassante dans le top 10 des risques auxquels fait face la supply chain, dans le troisième baromètre du cabinet Kyu, qui désigne et classifie ces dangers afin de donner aux décideurs les clés de la supply de demain.

Je m'abonne
  • Imprimer

La supply chain n'a jamais été aussi instable, qui doit faire face à une grande variété de risques (sanitaire, climatique, RSE etc.) C'est dans ce climat d'incertitude que le cabinet Kyu a mené son troisième baromètre des risques de la supply chain. Celui-ci désigne et classifie les "dangers" et définit les initiatives possibles pour créer la "supply de demain", celle qui saura les pallier.

"Il est primordial de noter, souligne Laurent Giordani, associé fondateur de Kyu, que le risque RSE fait son entrée au classement en 2021." En effet, s'il semble une évidence actuellement, il n'avait jusqu'alors pas sa place dans le "top 10" des dangers auxquels doit faire face la supply. Celui-ci a notamment été mis en lumière par le scandale du travail forcé des Ouïghours, population chinoise à majorité musulmane, enfermée dans des camps de travails dans la région de Xinjiang, devenue main d'oeuvre répandue dans l'industrie du textile.

Les réglementations imposées aux entreprises sont facteur de risques. En réponse au drame des Ouïghours, la France a adopté une re´solution de´nonc¸ant ce ge´nocide par la Chine, le pre´sident des États-Unis, Joe Biden, a interdit l'achat de produits qui seraient fabrique´s en partie ou totalement dans cette région. Nombre de marques sont aujourd'hui pointées du doigt par des ONG.

La vigilance des consommateurs et des pouvoirs publics ne faisant qu'augmenter, les entreprises n'ont aujourd'hui plus le droit à l'erreur, donnant à la RSE sa place dans le classement des risques de la supply.

Une autre catégorie qui a connu une forte augmentation en 2021 est le risque cyber. Selon les rapporteurs du baromètre : "Il y a en moyenne 777 attaques (+36%) hebdomadaires sur la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) avec une hausse de 93% du nombre d'attaques par ransomware dans le monde, pour un impact financier anticipe´ a` 6 000 milliards de dollars en 2021."

L'accélération de la transformation digitale a décuplé le risque cyber pour les supply. S'il est aussi important aujourd'hui - il figure à la troisième place du classement - c'est qu'une attaque qui vise une supply impact directement ses fournisseurs clés.

Pas que du nouveau sous le soleil

Si les risques RSE et cyber augmentent significativement, ils n'éclipsent pas le manque capacitaire, toujours à la première place du classement. Selon Thibault Moulin, associé du cabinet Kyu : "Les divers confinements, ont créé des embouteillages dans la logistique, qui expliquent en partie les pénuries que traversent actuellement tous les secteurs d'activités." Bien que la crise sanitaire soit une cause très répandue de ce manque capacitaire, le baromètre souligne qu'il existe d'autres raisons, comme le dérèglement climatique, qui est un des facteurs de la pénurie de semi-conducteurs.

Le risque climatique reste donc constant d'une année à l'autre. En 2021, les inondations en Europe et en Asie ainsi que la tempête Uri, qui a causé une vague de froid et ainsi des coupures d'électricité au Texas, qui ont causé nombre de ralentissements, voire d'arrêts complets de supply. Mais, selon les rapporteurs de ce baromètre : "Au-dela` de ces e´ve`nements ponctuels aux conse´quences ne´anmoins majeures, le re´chauffement climatique va poser d'importants de´fis sur les supply chain des entreprises dans de nombreux secteurs aux rangs desquels l'agroalimentaire occupe une bonne place."

"L'assurance portée disparue"

Une grande partie des risques auxquels la supply chain peut être exposée n'a jamais réellement été assurable, pourtant, les solutions d'assurances jusqu'alors disponibles sont de moins en moins accessibles et de moins en mopins en adéquation avec les besoins des entreprises.

Le marché de la supply, déjà tendu depuis trois ans, observe un coût record des catastrophes naturelles et les incertitudes dûes à la crise sanitaire ont dégradé les résultats des assureurs, les faisant ainsi durcir les conditions de souscription. Les renouvellements ont été particulièrement compliqués en 2021, entre les augmentations de primes, des diminutions de capacité, augmentations de franchises et d'exclusions qui vident de sens certaines garanties. Certains secteurs d'activité se sont même vu refuser catégoriquement une souscription.

Selon les rapporteurs de l'étude : "C'est le désengagement des assureurs des grands risques qui suscite l'incompréhension, la situation est telle qu'il ne s'agit plus aujourd'hui d'imaginer mieux assurer son risque supply chain mais plutôt de réussir à s'assurer tout court, sans trop dégrader les conditions techniques et économiques existantes."

Les solutions "quoi qu'il en coûte"

Si pour 81% des répondants de l'étude, l'évaluation renforcée du risque fournisseur est la première chose à mettre en place pour prévenir des risques, Laurent Giordani évoque, lui, la relocalisation : "Aujourd'hui les entreprises ont de plus en plus tendance à relocaliser, pour limiter les dégâts liées à la crise sanitaire et échapper à la "gue-guerre" entre la Chine et les Etats-Unis." Pourtant, le baromètre met en lumière qu'elle n'est pas une solution universelle. En effet, le made in France n'est pas viable pour tous les secteurs d'activités, il faut des supply qui nécessitent peu de main d'oeuvre.

Selon les rapporteurs de l'étude, le seul moyen de prévenir des risques est de créer la "supply chain de demain". Pour cela, l'étude met en avant cinq point à améliorer : la visibilité (cartographie des approvisionnements et veille des évènements), l'agilité (positionnement des points de découplage et développement le multisource et le multilocal), l'adaptabilité (renforcement des modèles de prévision et évolution des processus de planification pour absorber l'incertitude), la sécurité (déployement des dispositifs de qualification poussés sur tous les axes de conformité et mise en oeuvre de la traçabilité bout en bout) et la durabilité (respect de la santé et la sécurité, des droits humains et de l'environnement).

Je m'abonne

NEWSLETTER | Abonnez-vous pour recevoir nos meilleurs articles