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Chine - Taïwan: "Je ne pense pas que nous soyons à la veille d'un conflit d'envergure"

Publié par Audrey Fréel le | Mis à jour le
Françoise Nicolas, IFRI
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Françoise Nicolas, IFRI

En 2023, la continuité et la sécurisation des approvisionnements constituent des préoccupations majeures pour les directions des achats. D'un point de vue géopolitique, le potentiel conflit entre la Chine et Taïwan représente un risque certain car ce petit État insulaire est l'un des principaux fournisseurs mondiaux de composants électroniques. Analyse de la situation actuelle avec Françoise Nicolas, chercheuse et directrice du Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

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Les tensions sont de plus en plus vives entre la Chine et Taïwan. Un risque de conflit à court terme est-il réel selon vous ?

Je ne pense pas que nous soyons à la veille d'un conflit d'envergure. Certes, les frictions sont réelles et nous observons de plus en plus d'intrusions d'aéronefs chinois dans la zone d'identification aérienne de Taïwan. Au niveau maritime, la tension monte également dans le détroit. Mais de là à penser que la Chine puisse franchir le pas et lancer une offensive à court terme, c'est aller vite en besogne. La comparaison faite par certains entre Xi Jinping et Poutine me semble pour le moins hasardeuse. Il est clair que la Chine a l'intention de reprendre le contrôle de Taïwan mais, à mon sens, cela ne se fera pas à un horizon de deux ans pour plusieurs raisons. La Chine est plus précautionneuse. Elle ne se lancera dans une telle aventure que si elle est sûre du résultat, or ce n'est, à priori, pas le cas actuellement. La victoire n'est pas assurée. Son armée n'a pas encore la capacité de faire face à un conflit de ce genre. Envahir Taïwan ne sera pas une mince affaire car, bien que le détroit soit étroit, une opération amphibie est par définition complexe. En outre, on peut s'attendre à une résistance de la population taïwanaise qui bénéficiera d'un soutien des Etats-Unis et de ses alliés dans la région (Japon et Corée, entre autres).

Taïwan est l'un des premiers fournisseurs mondiaux de composants électroniques. Quels secteurs seraient impactés en cas de conflit avec la Chine ?

Taïwan détient un quasi monopole dans le secteur des semi-conducteurs les plus performants du marché. Les fabricants taïwanais, et en particulier TSMC, sont capables de produire des micropuces de 4 et 3 nanomètres, qui représentent les technologies les plus avancées actuellement. En cas de conflit avec la Chine, il est difficile d'imaginer ce qu'il adviendra de ce secteur clé. Quoiqu'il en soit, cela impacterait principalement l'aéronautique-défense et l'automobile, qui utilisent les semi-conducteurs les plus sophistiqués du marché. De nombreux pays seraient touchés car Taïwan est un partenaire très stratégique pour un grand nombre d'entreprises au niveau mondial.

Dans ce contexte, comment les entreprises peuvent-elles sécuriser leur approvisionnement et contrôler le risque que représente Taïwan ?

Une des solutions est de diversifier les sources d'approvisionnement, ce qui est compliqué car Taïwan détient un quasi monopole sur certains semi-conducteurs. De fait, les Etats-Unis et le Japon exercent une pression très forte pour relocaliser certaines activités taïwanaises sur leurs territoires respectifs. TMSC est d'ailleurs en train de construire deux usines de semi-conducteurs, l'une en Arizona et une autre au Japon. Mais il est peu probable que le fabricant continue de déployer son savoir-faire en dehors des frontières taïwanaises. Ce monopole dans les semi-conducteurs représente la principale force de cet état et, en quelque sorte, "son assurance-vie". Si les Etats-Unis et le Japon ne sont plus dépendants de l'île, ils seront moins prompts à intervenir en cas de conflit avec la Chine. Une autre option est de chercher à produire soi-même les semi-conducteurs, mais cela prendrait au minimum 20 ans pour acquérir un tel savoir-faire. Les gouvernements américains, européens et japonais incitent actuellement les pays à développer la production de semi-conducteurs afin d'être un peu plus autonomes et de ne pas se retrouver dans une situation de dépendance excessive à l'égard de certains fournisseurs, mais c'est incontestablement plus facile à dire qu'à faire.

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