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Le freelancing, aux prises avec la gestion du risque

Publié par Mathieu Neu le - mis à jour à
Le freelancing, aux prises avec la gestion du risque
© peshkova - stock.adobe.com

Poussé par la multiplication des projets de digitalisation en entreprise, le recours aux prestataires indépendants affiche une forte augmentation. Mais le besoin de profils spécialisés se heurte à des réticences, des craintes de prises de risque qui ne sont pas toujours justifiées.

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On dénombre actuellement près de 2,5 millions de travailleurs indépendants en France. Un chiffre qui pourrait doubler dans les 3 années à venir. Un millenial sur deux envisagerait dorénavant l'avenir de sa vie professionnelle dans ce sens. Cette tendance croissante au recours à ces acteurs non salariés s'explique notamment par un contexte dans lequel les entreprises qui opèrent une transformation digitale ou qui veulent innover font face à un timing toujours plus resserré. "L'une des raisons principales des retards pris sur les feuilles des routes de ce type de projets est la difficulté à trouver rapidement les talents nécessaires", constate Quentin Debavelaere, Chief Operating Officer au sein de la plateforme de freelancing Malt.

Cette dernière totalise actuellement 150 000 freelances sur notre plateforme, dont 40 % dans le domaine IT. A titre de comparaison, Accenture regroupe 5 000 consultants IT sur le territoire national. "Si l'on souhaite profiter rapidement des services d'un ingénieur spécialisé dans les traitements Big data ou d'un back-up developer dans sa région, une vaste base de données est indispensable", poursuit-il. Les besoins liés aux mutations informatiques et à la digitalisation font que désormais tous les secteurs utilisent des freelances. Certains secteurs y sont venus plus tardivement, comme le domaine bancaire, en raison des exigences de conformité et des contrôles importants au niveau des prestations achetées. L'industrie financière est aujourd'hui le premier consommateur de ressources externes.

Des vigilances à avoir

Bon nombre d'entreprises refusent de se tourner vers des freelances, affirmant que la démarche est trop risquée. Les requalifications contractuelles en masse qui peuvent en découler, la dépendance économique qui peut s'installer font partie des premières peurs. Le délit de marchandage, qui consiste à prêter de la main d'oeuvre en faisant des bénéfices, est également une crainte au sein des directions achats. "Il y a souvent des confusions entre les risques réels et certaines idées reçues. En matière de requalification, il existe effectivement la possibilité que la prestation soit assimilée à un contrat de travail. Le délit de marchandage concerne le fait de prêter un salarié à une autre organisation, ce qui implique qu'il y ait déjà un statut de salarié à la base, ce qui n'existe pas dans le cas de freelances. La seule possibilité d'être dans ce cas de figure supposerait une première requalification en salariat entre le prestataire et la plateforme de freelance, puis une deuxième entre le prestataire et le client auprès de qui il assure sa mission", détaille Quentin Debavelaere.

Le statut de salarié se définit par un lien de subordination. "Est-ce qu'on a donné au collaborateur des ordres précis ? Est-ce qu'on lui a intégré au planning des congés de la société ? Est-ce qu'on lui fixe des horaires ? Est-ce qu'on l'inclut dans les communications faite à l'ensemble des salariés ? Il faut que ce type de situation soit une réalité pour se mettre en péril sur ce plan", ajoute-t-il.

Des garde-fous indispensables

Il importe par ailleurs de savoir depuis quand les prestataires en place sont présents dans l'entreprise. Lorsqu'on a un contrat avec une ESN (Entreprise de services du numérique), on ne connaît pas nommément le prestataire concerné. De l'avis de Quentin Debavelaere, "certains clients refusent même de connaître son identité, estimant qu'ils se mettent davantage en situation de risque. Il s'agit d'une mauvaise approche, puisque c'est justement en sachant qui est freelance que l'on peut prendre les précautions nécessaires et éviter de les traiter comme des salariés. Nous avons développé au fil des années des garde-fous par le biais d'alertes destinés à limiter le risque vis-à-vis des freelances. Avoir une visibilité sur un historique permet de savoir si un prestataire a déjà travaillé avec l'équipe marketing ou IT par le passé. Des arbitrages peuvent alors être fait en toute transparence."

Puisque le nom du collaborateur n'est généralement pas connu, une autre difficulté qui peut être mise en lumière est le fait de travailler sans s'en rendre compte avec une même personne qui a évolué dans plusieurs ESN différentes ayant été clientes au fil des années. Ces situations peuvent également être répertoriées grâce à un système adapté.

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Aude Guesnon,<br/>rédactrice en chef Aude Guesnon,
rédactrice en chef

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