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Achats : repenser la fin de vie du produit

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Achats : repenser la fin de vie du produit

Reconditionnement, seconde main, plates-formes de réemploi ou de revente... les initiatives germent poussées par la loi Agec sur l'économie circulaire. Si les directions achats s'engagent dans une réflexion sur le cycle de vie du produit, elles semblent encore (trop) peu nombreuses à penser à la fin de vie de celui-ci.

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"Une bonne politique achats responsables, c'est d'abord se poser les bonnes questions : qu'est-ce qu'on achète ? Comment ? Et à qui ? explique Fanny Bénard, associée filières et achats responsables chez BuyYourWay, cabinet de conseil spécialisé sur les achats responsables. Ainsi, on observe une réflexion de plus en plus poussée sur ce qu'on achète avec la multiplication des labels, le choix des matières, les notions de recyclabilité et de réemploi".

Penser au cycle de vie du produit, c'est bien, mais y intégrer une réflexion concrète sur la fin de vie du produit c'est encore mieux. Comment les directions achats s'approprient-elles la fin de vie du produit ? "Les actions actuelles sont en fait bien plus liées aux obligations en termes de gestion de déchets que de réflexion en cycle de vie...Il faut que les achats intègrent dès l'analyse du besoin les réflexions visant à performer sur le cycle de vie du produit via l'allongement la durée d'utilisation des biens ou l'achat d'occasion et le réemploi. Sans compter que cela engendre des économies d'achats, l'évitement des coûts administratifs, de livraison...", souligne Nathalie Paillon, directrice des études et des opérations de l'Observatoire des Achats Responsables.

Une accélération avec la loi AGEC

Les initiatives en ce sens se multiplient en raison des réglementations comme la loi Anti-gaspillage et économie circulaire (loi AGEC) adoptée en février 2020. Et si les organisations publiques soumises à la loi se mettent en ordre de marche, "on peut qu'espérer que les retours d'expérience du secteur public vont inspirer plus largement les organisations privées", espère Nathalie Paillon de l'ObsAR.

Ainsi, le CHU d'Amiens a installé dès novembre 2021 des points de collecte des masques usagés sur ses sites. L'établissement estime consommer environ 7 446 000 masques par an, soit 30 tonnes de déchets qui étaient auparavant traités comme des ordures ménagères – donc destinés notamment à l'enfouissement ou l'incinération. Les masques sont traités par des entreprises qui se chargent de la désinfection et de la récupération des matériaux.

A titre d'exemple, une fois le polypropylène isolé, il est broyé et régénéré pour produire des granulés qui peuvent alors être remployés dans la fabrication de matériaux pour l'industrie automobile ou textile. De nombreuses entreprises privées ont déjà entrepris une démarche en ce sens. Ainsi, le groupe d'électroménager Seb a fait de l'écoconception de ses produits et la réparabilité un axe fort de sa stratégie de développement durable.

C'est aussi lutter contre l'obsolescence programmée souvent montrée du doigt. Le gouvernement a d'ailleurs inscrit dans le cadre de la loi Agec, au 1er janvier 2021, l'indice de réparabilité déployé sur 5 catégories de produits électroménagers et électroniques pour une meilleure information du consommateur.

Des plates-formes de réemploi

Les plates-formes de produits à la revente sont aussi une des options envisagées pour donner une seconde vie au produit. Ainsi, Enedis, a lancé une plateforme interne, baptisée Réemploi, développée par la start-up MyTroc pour faciliter les opérations de don et de recherche de biens matériels au sein du groupe.

Cette plateforme devrait être déployée auprès des 38 000 salariés du groupe courant février 2021. Dans la même idée, la SNCF a lancé avec Olinn une plateforme internet nationale "Pour un numérique engagé" afin d'inviter toutes les entreprises qui le souhaitent à se joindre à une démarche d'économie circulaire et solidaire pour réemployer le matériel informatique. Plusieurs entreprises, comme ICF Habitat, IT Novem et TGV Lyria ont déjà rejoint le projet.

Reconditionnement et seconde main

La seconde main et le reconditionnement sont également au coeur des nouvelles réflexions dans le cadre de l'économie circulaire. Ainsi, Orange a lancé en Octobre 2020, son programme "re" autour du recyclage, de la reprise et du reconditionnement en France des téléphones mobiles. "C'est un système de recyclage d'autant plus intéressant quand on pense aux problèmes d'approvisionnement sur les "terres rares" qui ont eu lieu à cause de la pandémie", explique Annie Sorel, fondatrice d'Asea, agence d'éco-achats.

De même, le groupe Eram mise sur la seconde main. Ainsi, le groupe de prêt-à-porter avait lancé dès 2018, avec sa marque Bocage "l'Atelier Bocage" : un système de location mensuelle de chaussures. Désormais, ces mêmes paires sont remises à la vente à travers le projet "Comme Neuves" pour 50% du prix initial.

La seconde main arrive également sur le marché du luxe avec une enseigne comme le groupe Kering qui a noué un partenariat avec l'enseigne Vestiaire Collective afin de développer un circuit de seconde main et envisage de monter en puissance sur l'upcycling.

Aller toujours plus loin dans la recherche d'innovation

Si les initiatives se multiplient, certains freins perdurent. C'est là que les directions achats doivent faire preuve de valeur ajoutée en allant chercher sans cesse de l'innovation, en co-construisant avec leurs fournisseurs ou en aller en sourcer de nouveaux. "Dès l'acte d'achat, il faut penser à la matière recyclable avec une filière adéquate. Mais un autre problème est d'identifier le prestataire ou le partenaire capable de gérer la fin de vie du produit. Soit le gisement est trop petit et ne les intéresse pas, soit il n'existe pas", explique Fanny Bénard de chez BuyYourWay.

Mais une des clés n'est-elle pas de bien travailler en amont sur l'éco-conception du produit afin de diminuer au maximum l'impact final de sa fin de vie ?

Allonger la durée de vie des produits

Aujourd'hui, les directions achats réfléchissent au cycle de fin de vie du produit principalement via des réflexions liées aux déchets (pour 92% des organisations privées) et à la valorisation en fin de vie (pour 79%) selon le baromètre ObsAR 2022. Mais cette réflexion doit s'intégrer de façon plus globale dans le cycle de vie du produit. Cela passe notamment par l'allongement sur la durée d'utilisation des biens.

Or, selon le baromètre de l'ObsAR, seules 70% des grandes entreprises ont intégré ce sujet. "C'est un sujet encore peu traité", selon Nathalie Paillon, directrice des études et des opérations de l'Observatoire des Achats Responsables. C'est une réflexion qui peut être poussée notamment dans les équipements informatiques. Pour poursuivre cette réflexion, l'ObsAR lance en 2022 son Programme Achats Circulaires et Solidaires avec des "partages de bonnes pratiques et des rendez-vous réguliers organisés en 2022 avec des retours d'expérience acheteurs et fournisseurs".

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