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[Parole d'acheteur] Mobilité : le déplacement le plus responsable est-il celui qui n'a pas lieu ?

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[Parole d'acheteur] Mobilité : le déplacement le plus responsable est-il celui qui n'a pas lieu ?
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"Au bouleversement lié à la crise Covid-19 viennent s'ajouter les préoccupations écologiques déjà croissantes. Ces deux problématiques sanitaires et environnementales ont pour effet de mener à un questionnement sur le sujet déplacements des collaborateurs."

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Le confinement marque un "avant et un après" dans la manière de consommer la mobilité en entreprise. C'est une opportunité de nous repositionner face à tout ce qui la concerne, c'est-à-dire : aux voyages d'affaires individuels ou collectifs (liés aux événements) et aux déplacements collaborateurs domicile/ lieu de travail. Le défi des entreprises pour s'adapter à cet "après" et à ses problématiques sanitaires est de savoir où placer le curseur : entre le choix d'une réunion virtuelle ou des échanges exclusivement en face à face.

Au bouleversement lié à la crise Covid-19 viennent s'ajouter les préoccupations écologiques déjà croissantes. Ces deux problématiques sanitaires et environnementales ont pour effet de mener à un questionnement sur le sujet déplacements des collaborateurs.

1/ L'impact des déplacements sur l'empreinte carbone des entreprises

La mobilité dans les achats indirects

Pour les achats indirects, la problématique de la mobilité se retrouve de manière transversale dans les catégories suivantes :

-> Catégorie "Voyage d'affaires" : via le voyages d'affaires dits "individuels", et tout particulièrement la sous-catégorie "transport aérien" majoritairement contributrice des émissions de gaz à effet de serre

-> Catégorie "Congrès et Séminaires" : via le voyages d'affaires dit "collectifs" pour se rendre à un événement

-> Catégorie "Flotte entreprise" : via la flotte de véhicules mise à disposition des collaborateurs

-> Catégorie "Ressources Humaines": via le télétravail versus le déplacement des collaborateurs entre leur domicile et leur lieu de travail

Mobilité dans le bilan carbone

La maîtrise de l'empreinte carbone reste un des grands challenges de la RSE.

Le bilan carbone aussi appelé protocole GHG (Green House Protocol) vise à quantifier et à caractériser les émissions de gaz à effets de serre.

Il classe en trois niveaux ou "scope" les différentes sources à l'origine des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) des entreprises.

On retrouve l'impact de la mobilité des collaborateurs dans les scopes 1 et 3 :

Au niveau règlementaire, le bilan carbone doit à minima mesurer le niveau 1 et 2 d'émission de GES d'une entreprise.

La mesure du niveau 3 reste à ce jour optionnelle bien que fortement recommandée.

Contrairement aux niveaux 1 et 2, le niveau 3 est difficilement mesurable. Il englobe une très grande diversité de sous- catégories dont l'hétérogénéité rend difficile la mise en place de mesures communes et standardisées.

Une comparaison équitable entre entreprises n'est pas aisée. Les émissions indirectes et les données sont détenues par les fournisseurs d'où une problématique de collecte de ces données.

Bien que le niveau 3 englobe les activités les plus impactantes de l'entreprise (en moyenne autour de 75% des émissions totale*) sa mesure n'est pas une obligation réglementaire.

Même s'il n'est pas obligatoire dans son bilan carbone, certaines entreprises sont conscientes des enjeux RSE du niveau 3 et dans une approche dite "soft law", c'est-à-dire au-delà de leurs devoirs légaux, elles définissent des actions afin de limiter leurs émissions GES.

Sur le périmètre des catégories d'achats indirects liées à la mobilité des collaborateurs, les entreprises les plus proactives mettent en place des bonnes pratiques pour réduire les GES générés par la mobilité collaborateurs : bonnes pratiques responsables "voyager green" en individuel ou collectif, privilégier une flotte automobile à faible émissions en CO2 (classe A-B), formation à l'éco-conduire, démocratisation du travail à distances, etc.

2/Covid-19- un "avant et un après" pour la mobilité en entreprise

Entrée forcée dans le virtuel et prise de conscience

Le confinement imposé par le Covid-19 a réduit la mobilité des collaborateurs à néant. Les travailleurs dont les activités ont pu se poursuivre à distance, n'ont pas eu d'autres choix que de se réinventer collectivement et d'assurer l'essentiel via le travail à distance. Même si le lien social et la dynamique collective manquent, le travail s'est poursuivi grâce aux outils digitaux (Visio conférence, fichiers partagés, outils de management visuel...).

Cette entrée forcée dans l'ère du travail entièrement virtuel a permis d'amorcer une prise de conscience.

Bilan de l'impact du Covid- 19 sur la mobilité

Dans ce contexte de crise sanitaire, le 100% numérique a pris une place centrale. Il a réussi à nous faire apprécier ses aspects positifs tout particulièrement vis-à-vis de nos déplacements:

- Gain sur le temps et le stress qu'ils génèrent

- Economies sur les frais et billets

- Réduction de notre exposition aux risques sanitaires

- Diminution de notre empreinte carbone (les taux des GES sont historiquement au plus bas)

Le digital une alternative avérée à la mobilité ?

La réussite du travail virtuel enclenche les réflexions sur la refonte de nos habitudes digitales et la réelle nécessité de notre mobilité.

Avant la pandémie la bonne pratique "je pense à la réunion digitalisée avant de considérer un déplacement professionnel" comme alternative à la mobilité, était vue comme peu réalisable voire marginale. Elle prend désormais tout son sens après le confinement et dans un environnement où le Covid- 19 demeure.

L'alternative digitale ne deviendra-telle pas la première bonne pratique sine qua non à envisager avant de planifier tout déplacement ou événement?

La mobilité collaborateur la plus responsable n'est-elle pas celle qui n'a pas lieu ? Certainement du point de vue sanitaire.

Quant au point de vue environnemental, la réflexion sur l'alternative digitale, ne reste-elle pas à pondérer à la problématique de la pollution numérique actuellement croissante et liée au fonctionnement d'internet et à la fabrication de l'équipement informatique ?

*Sources :

https://www.bilans-ges.ademe.fr/fr/accueil/contenu/index/page/art75/siGras/0

https://www.greenpeace.fr/la-pollution-numerique/


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