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Fin des tarifs réglementés dans l'énergie: et après?

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Fin des tarifs réglementés dans l'énergie: et après?

Les contrats signés à l'issue de la fin des tarifs réglementés arrivent à terme dans un ou deux ans. Il est temps de penser à ses nouveaux contrats. Si le prix reste une variable importante, notamment pour les industriels, les acheteurs doivent aussi veiller aux services proposés.

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Il y a quelques années, l'achat d'énergie se résumait à la fin des tarifs réglementés. Il fallait trouver rapidement le meilleur fournisseur, le meilleur contrat, le meilleur tarif. Si certaines entreprises en ont profité pour négocier des prix avantageux, sonder leurs consommations pour les optimiser ou encore pour réorganiser leurs pratiques d'achats en les centralisant, de nombreuses autres, un peu déboussolées, n'ont pas su saisir l'occasion qui se présentait à elles. "Au moment de la fin des tarifs réglementés, la plupart des entreprises ont souhaité contractualiser au plus vite sans regarder l'évolution des prix, observe Laurent Hornez, manager énergie et environnement chez Ayming. Aujourd'hui, les contrats arrivant à échéance, les acheteurs souhaitent se préoccuper de cette problématique bien en amont afin de ne plus acheter à une date au hasard."

En effet, les contrats d'énergie vont commencer à arriver à échéance d'ici la fin de l'année pour le gaz et un an et demi pour l'électricité. Ce qui veut dire qu'il faut d'ores et déjà se préoccuper de la suite, afin d'obtenir les meilleurs prix mais aussi sonder les offres des différents fournisseurs pour obtenir les meilleurs services. Car, si lors de la fin des tarifs réglementés de nombreuses entreprises n'ont pas souhaité quitter les fournisseurs historiques, celles-ci hésitent beaucoup moins aujourd'hui. Une stratégie d'achat qui peut effectivement s'avérer payante, à condition d'acheter au bon moment et de s'attarder sur les points essentiels des contrats d'énergie.

Le timing avant tout

"En matière d'achat d'énergie, l'adage qui veut que plus on est gros plus on obtient un prix intéressant est faux, met en garde contre les idées reçues Frédéric Catherin, fondateur et chef de projet d'Energie3. Un petit fleuriste de quartier peut obtenir un meilleur prix d'achat qu'un gros industriel de la région." En effet, ce qui importe désormais lors de l'achat d'électricité ou de gaz, ce n'est plus la quantité ni même la durée du contrat, mais la date à laquelle on achète. "Il faut bien choisir la date de début de l'approvisionnement et donc prévoir son achat au moins six mois à l'avance, voire un an" conseille Steeve Benisty, directeur énergie de Leyton, cabinet de conseil dédié à l'amélioration de la performance globale des entreprises. En effet, les fournisseurs n'étant pas forcément producteurs, les prix fluctuent au gré des achats et des reventes des traders. Des spéculations qui nécessitent d'acheter au bon moment.

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Pour ne pas attendre indéfiniment le meilleur prix, Steeve Benisty recommande de définir un prix objectif, cohérent avec son budget, et de s'inscrire dans un contrat long terme une fois que ce prix est atteint afin de se prémunir contre toute hausse. Les fournisseurs d'énergie aident généralement leurs clients à acheter au bon moment. "Nous offrons des outils de plus en plus dynamiques autour de la gestion des positions et nous proposons des contrats en prix indexés qui peuvent devenir fixes sur simple clic", rapporte Damien Térouanne, directeur entreprises et collectivités chez Engie. "De plus en plus, les clients partent sur un prix indexé tout en alliant une fixation possible en cours de contrat. Cette option marche bien si le client s'y prend tôt dans ses achats", complète Nathalie Verrièle, directrice développement entreprises et collectivités chez Engie.

Si cette notion de timing peut être compliquée pour les entreprises, elle est essentielle. "Si la consommation de l'entreprise est très élevée, l'entreprise peut dédier une personne à l'achat d'énergie, qui achètera directement sur le marché pour saisir les opportunités. Sinon, il faut se positionner au bon moment et aller sur un contrat à prix fixe", préconise Frédéric Catherin. Et si cette notion de timing paraît trop compliquée, il peut être intéressant de se faire accompagner par un consultant qui suivra les fluctuations au quotidien et donnera des alertes pour se positionner au bon moment.

Maîtriser sa consommation

Mais attention, le prix de l'énergie n'est pas la seule variable à prendre en compte. La façon dont on consomme l'énergie est également importante. En effet, le prix évolue également en fonction de la structure de sa consommation : été/hiver, heures pleines/heures creuses... "Si la consommation s'effectue lorsqu'il y a moins de demande, le prix est plus modéré", indique Steeve Benisty. "Les fournisseurs incitent de plus en plus à consommer quand l'électricité est disponible", approuve Frédéric Catherin. Par ailleurs, plus la consommation est erratique, plus le prix est élevé ; plus la consommation est stable, plus le prix est modéré.

Laurent Hornez conseille donc de travailler sur l'effacement, c'est-à-dire le lissage de sa courbe de charge. "L'analyse des courbes de charge permet d'avoir une action sur sa consommation, comme diminuer ses pics de consommation, regarder ce qui fonctionne la nuit... Il est donc essentiel de récupérer ces données "10 minutes" auprès ­d'Enedis", explique-t-il. Il propose également, une fois ce travail effectué, de faire appel à des agrégateurs pour se faire rémunérer sur sa capacité d'effacement. Si cette courbe de charge est importante pour obtenir de meilleures conditions financières, Steeve Benisty rappelle que des pénalités peuvent être prévues si le profil de consommation change par rapport au contrat signé. Le contrat peut même être rompu. La courbe de charge doit donc être suivie avant, mais aussi après la signature du contrat.

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Cette importance de la structure de la consommation va de plus en plus de pair avec de l'autoconsommation. En effet, comme le souligne Alexandre Malric, senior manager énergie chez Colombus Consulting, "si les offres d'effacement permettent d'obtenir de meilleurs tarifs en s'engageant à ne pas consommer de telle heure à telle heure, il est préférable d'avoir mis en place un système d'autoconsommation comme un groupe électrogène". Et Alexandre Malric de préciser : "Il ne s'agit pas de souscrire à une offre d'effacement et d'ensuite se doter d'un groupe électrogène, mais plutôt de déjà posséder un groupe électrogène et d'ensuite se poser la question de l'effacement."

Quoi qu'il en soit, les experts du marché constatent une appétence croissante pour l'autoconsommation. "L'autoconsommation se développe, notamment sur le secteur tertiaire, constate Damien Térouanne. Et cela sera d'autant plus intéressant quand le stockage sera possible." Au-delà de l'effacement, l'autoconsommation peut en effet être un choix intéressant, les fournisseurs d'énergie rémunérant généralement la capacité des entreprises à produire de l'énergie. "Si l'entreprise bénéficie d'une capacité de production d'électricité, si elle a la capacité de baisser sa consommation, voire d'être autonome, le fournisseur d'énergie sera prêt à le payer car il libère de la capacité de fourniture", explique Steeve Benisty. Alexandre Malric invite, avant de s'équiper en capacités de production, à discuter avec son ou ses fournisseurs sur leur proposition dans les cas d'autoconsommation.

Maîtriser sa consommation, c'est aussi essayer de moins consommer. D'autant plus que, comme le prévoit Steeve Benisty, le prix de l'énergie devrait se renchérir : "Cela est notamment dû au coût du démantèlement des centrales nucléaires. Il s'agit donc de maximiser ses efforts en termes d'efficacité énergétique afin de maîtriser sa consommation." Heureusement, il existe de plus en plus d'outils pour suivre sa consommation. Des outils externes ou proposés par les fournisseurs. "Sur l'aspect consommation, de plus en plus d'acteurs développent des outils de suivi intéressants", observe Laurent Hornez. Car optimiser ses achats d'énergie, ce n'est pas seulement se focaliser sur le coût. Mais bien de s'intéresser aussi aux services que proposent les différents fournisseurs. "Les marges sont assez faibles, donc un prix bas signifie obligatoirement moins de relation client. Ce qui peut être dommageable si l'on a besoin de dialogue", estime Alexandre Malric.


Des petits détails qui changent tout

Le dialogue avec son fournisseur est en effet important : il sera notamment de bon conseil en termes de maîtrise de la consommation. "Il est également important d'avoir un fournisseur qui vérifie que le tarif que l'on paye auprès du distributeur soit bien optimisé, en fonction de son mode de consommation. C'est là que se situe la vraie source de gain et pas nécessairement dans le prix de l'énergie", insiste Alexandre Malric.

Car le coût global ne dépend pas que du prix de l'énergie mais de nombreux autres facteurs. Le coût de capacité, par exemple : "Le prix de l'énergie est majoré du coût de l'obligation de garanties de capacité à laquelle le fournisseur est astreint par la loi NOME, constate Steeve Benisty. Mais ce coût n'apparaît généralement pas dans le contrat et il est peu probable de l'obtenir." Le coût de l'acheminement est également à prendre en compte. "Il y a eu une modification des tarifs de l'acheminement cet été, au 1er août 2017 : il s'agit d'être vigilant, sur cette bascule, aux différentes options possibles, car un écart de 5/6 % est possible", avertit Laurent Hornez. Et de poursuivre : "Sur le gaz, il faut également être vigilant sur les coûts annexes, notamment les coûts de stockage."

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Un bon fournisseur soucieux de sa relation client peut aussi fournir des outils ­digitaux performants qui permettent de suivre sa consommation et ses factures. À l'image du nouvel acteur ­ekWateur qui se positionne non pas sur des prix compétitifs mais sur des outils digitaux qui simplifient la vie des clients. Ce qui lui a permis de ­remporter un appel d'offres de l'État, qui avait besoin que soient gérés de manière différente une multitude de petits sites. "Le développement des outils digitaux permet de mieux piloter ses achats d'énergie mais aussi de mieux en rendre compte au sein de son entreprise", juge Damien Térouanne. "Un des enjeux des acheteurs est de justifier leur stratégie d'achats", poursuit Nathalie Verrièle.

Les services sont donc de plus en plus importants, le prix étant finalement assez équivalent d'un prestataire à l'autre. "Les prix proposés par le moins-disant et le mieux-disant des fournisseurs varient uniquement de 2/3%. Ce qui est intéressant, c'est de regarder quel contrat on signe", souligne Frédéric Catherin. Ainsi, lorsque l'on choisit son fournisseur, il faut faire attention à de petits détails très importants du contrat proposé : la souplesse du contrat (en fonction de l'évolution de la société, du nombre de filiales, de bâtiments, etc.), les conditions de sortie... Mais aussi la possibilité de renégocier un prix ou un index en cours de contrat. Alexandre Malric invite également à se méfier d'options exotiques, qui coûtent cher et couvrent des situations complexes qui ont peu de chances d'arriver. Enfin, Frédéric Catherin invite à vérifier chaque facture et à actualiser régulièrement son contrat. "Il faut le retravailler au moins tous les six mois", recommande-t-il.


Attention aussi à la spécialité de chacun des fournisseurs. En effet, si la grande majorité dit pouvoir tout faire, ce n'est pas exactement le cas et chacun est plus compétitif sur l'un ou l'autre des segments. "Certains acteurs répondent uniquement sur les segments C3/C4/C5 et d'autres acteurs vont être au contraire compétitifs sur les C1/C2", pointe Laurent Hornez. Il conseille donc d'avoir au moins deux fournisseurs, par segments. Par ailleurs, certains fournisseurs proposent de l'énergie verte et d'autres non. Ainsi, selon l'énergie que l'on souhaite acheter, les fournisseurs choisis ne seront pas les mêmes. Il s'agit donc de bien décortiquer leur offre.

Cet attachement aux détails est d'autant plus important que comparer les fournisseurs sur le seul critère prix est difficilement réalisable. Comme le souligne Laurent Hornez, ils ont tous une structure de prix différente : "Selon les offres, les prix peuvent être différents en fonction de l'année, des segments, certains fournisseurs proposent un abonnement, d'autres des prix saisonnalisés...", énumère-t-il. En matière d'optimisation de ses achats d'énergie, il s'agit donc d'être pointilleux, d'acheter au bon moment, pour ses besoins réels et à travers un contrat adapté à sa consommation. Plus que jamais, c'est dans les détails que se cache le diable.

Énergie verte : attention à l'origine !

Les acheteurs sont de plus en plus soucieux de la dimension RSE de leur fonction. Et cela concerne également les achats d'énergie. En la matière, les possibilités sont nombreuses : éolien, photovoltaïque, biogaz... À condition d'être sûr que c'est véritablement de l'énergie verte que l'on achète. Alexandre Malric, senior manager énergie chez Colombus Consulting, met en garde : "S'il n'y a pas de précision, l'énergie vendue comme verte peut être de l'hydraulique non produit en France." Si l'acheteur souhaite vraiment s'investir dans la RSE et soutenir la filière photovoltaïque française, elle devra donc faire préciser l'origine de l'énergie verte à son fournisseur à travers un certificat d'origine garantie qui prouve que l'électricité achetée est bien renouvelable. "Cela coûte environ 30 à 40 centimes le MWh mais témoigne d'une réelle envie de s'engager", indique Laurent Hornez, manager énergie et environnement chez Ayming. Des certificats d'origine d'autant plus importants que tous les producteurs ne savent pas faire de l'énergie renouvelable française.

 
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