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Maîtrise des risques professionnels : osez investir

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Maîtrise des risques professionnels : osez investir

Légalement tenues de veiller sur la santé et la sécurité des employés, les entreprises sont, pourtant, souvent sous-équipées en solutions de maîtrise des risques professionnels. Raisons et solutions.

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Risques techniques, technologiques, psychosociaux, biologiques... Les risques guettent le salarié en entreprise. S'ils varient selon le secteur d'activité, il n'en existe pas moins un "socle commun" de risques ordinaires partagé par l'ensemble des entreprises, d'autant plus dangereux qu'ils sont souvent "ignorés".

"Le fait de se mouvoir et d'être tout simplement en activité constitue une menace", souligne, Philippe Spach, responsable du pôle management et ressources humaines à l'École de management de La Défense (EMLV). Face à cette menace constante, ce spécialiste de la gestion des risques rappelle que le Code du travail oblige les entreprises à prendre des mesures, tant organisationnelles qu'informationnelles, concrètes. Objectif : supprimer purement et simplement les risques ou, dans la mesure où ces derniers sont inévitables, en protéger au maximum le salarié. Une distinction qui structure le marché des solutions de maîtrise du risque professionnel. Regroupant équipements de protection individuelle, solutions technologiques et humaines, ce dernier devrait représenter une des lignes achats les plus stratégiques des entreprises. Et pourtant.

"Un coût subi"

De la théorie à la pratique, il y a un fossé que les entreprises ont depuis longtemps creusé, parfois au péril de la vie de leurs salariés. "Nous sommes un coût subi", commente Frédéric Sabatier. L'aveu, étonnant, du directeur de Securitas Corporate, spécialiste de la sécurité en entreprise, est de fait en phase avec la tendance générale du marché. Seules 64 % des entreprises de sécurité ont affiché des bénéfices en 2014, selon les chiffres dévoilés dans l'Atlas 2015 - une étude reconduite chaque année depuis 1991 par l'expert de l'information stratégique En Toute Sécurité. Un résultat en chute de 9 % par rapport à 2013. Si les drones, dont le succès est attesté par une croissance "verticale" - dixit l'étude - dynamisent le marché, ils ne suffisent pas, pour autant, à le sauver de la morosité. Pour preuve, en ayant fait gonfler leur chiffre d'affaires de 3,2 % entre 2013 et 2014, les acteurs de la sûreté/sécurité constituent la "famille" la plus performante du secteur. Les deux autres familles recensées par l'étude - la protection de l'homme au travail et la sécurité incendie - signent de moins bonnes performance en ayant, sur la même période, fait croître leur chiffre d'affaires de respectivement 1,7 % et... 0 %. Autant de chiffres dans lesquels il est difficile de ne pas lire un certain désintérêt de la part des entreprises. Jusqu'à nouvel ordre. Les solutions de maîtrise des risques représentent, en effet, une famille d'achats "émotionnels", explique Philippe Spach (EMLV). Comprendre : une source de dépenses jugées inutiles jusqu'à ce qu'un événement, traumatisant, apporte la preuve du contraire.

Frédéric Sabatier, qui a pris de plein fouet ce qu'il appelle " l'effet post-Charlie " - pour Charlie Hebdo -, se souvient de demandes irrationnelles de la part des entreprises au lendemain des attentats qui ont secoué le pays en début d'année. Exemple : " Pouvez-vous mettre 20 agents de sécurité devant une porte ? " Une réaction violente à une pénurie sécuritaire qui pointe du doigt les limites du cost-cutting.

Faillite morale

"Il en va des achats de maîtrise des risques comme de la mutuelle, avance le directeur de Securitas Corporate. Tant que tout va bien, on ne voit aucune justification pour payer tous les mois." Sauf qu'à rechigner à la dépense en ce qui concerne la maîtrise des risques, on risque d'en payer le prix... " L'entreprise, en général, est toujours tenue pour responsable", confirme le président de l'Association française des travel managers (AFTM), Michel Dieleman [lire l'interview en page suivante]. Spécialiste des questions de sécurité des employés en déplacement, il rappelle que le montant éventuel d'économies réalisées par l'entreprise au détriment de mesures sécuritaires auxquelles elle est tenue doit être pesé contre le coût, global, de sa faillite morale. "L'entreprise peut être passible de recours juridiques qui pénalisent dramatiquement son image. "

Contre le bad buzz, Frédéric Sabatier préconise un rapprochement entre services achats et directions sécuritaires, pour un pilotage de la sécurité stratégique, pensé sur du long terme et au global.

Inutile, cependant, de basculer dans l'attitude inverse - dépenser sans compter ou, pire encore, sans réfléchir. Un principe qu'Éric Davoine, le président de l'association des professionnels de la sécurité Asis France, illustre, non sans ironie, d'une anecdote.

"Il m'a été demandé, un jour, d'installer des sas de détection d'armes à l'entrée de l'ensemble des sites d'une entreprise. Je n'ai rien contre, c'est une grosse commande qui fera du bien à l'industrie, mais une fois que je détecte que quelqu'un a une arme, que puis-je faire ?"

"Rien ne sert de dépenser des fortunes s'il n'y a pas de travail derrière"

Dialogue et innovation

Pour élaborer la bonne solution, celle adaptée à la problématique spécifique de l'entreprise, une seule voie : le travail en binôme donneur d'ordre-fournisseur. Et ce, quelle que soit la taille du fournisseur. 3M, le géant américain très présent sur le marché des protections individuelles (masques, protections auditives, respiratoires, des yeux et de la tête, du corps et, enfin, antichute), fait de ce travail de proximité une clé de son succès. "Nous travaillons beaucoup en amont sur l'éducation, la formation et l'information auprès de l'ensemble des décideurs et des prescripteurs de la chaîne de valeur", indique Frédérique Engel, responsable marketing de la division sécurité de la personne de 3M France. Un travail de sensibilisation qui porte ses fruits. Au coeur de la stratégie du groupe, l'innovation joue aussi un rôle dans l'amélioration de la sécurité des employés en favorisant, notamment, l'acceptation des équipements. Côté acheteurs, évidemment, mais aussi - chose non moins importante - côté utilisateurs. "Nos gammes de lunettes sont, par exemple, renouvelées très régulièrement pour intégrer de nouveaux designs. Les générations Y et Z, en particulier, y attachent une réelle importance", explique Frédérique Engel.

Un fait loin d'être anodin, comme le montre l'exemple édifiant rapporté par Philippe Spach, d'un site industriel où l'achat de chaussures de protection, guidé essentiellement par un principe d'optimisation des coûts, a conduit à plusieurs accidents de salariés qu'il aurait été facile d'éviter. La cause ? " Peu appréciées des salariés, elles n'étaient tout simplement pas portées."

Lire en page 2 : Que dit la loi ?

Amélioration de la santé et de la sécurité au travail : que dit la loi ?

La loi du 31 décembre 1991 modifie le Code du travail pour conférer aux entreprises un ensemble de responsabilités, dont notamment :

- éviter les risques ;

- -évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;

- -combattre les risques à la source ;

- --adapter le travail à l'homme en vue, en particulier, de limiter le travail monotone et cadencé ;

- -tenir compte de l'état d'évolution de la technique ;

- --remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ;

- --planifier la prévention en y intégrant la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants ;

- --prendre des mesures de protection collective et, prioritairement, de protection individuelle ;

- --donner les instructions appropriées aux travailleurs ;

- --évaluer les risques pour la sécurité et la santé des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication...

Lire en page 3 : 3 questions à Michel Dieleman (AFTM)

Trois questions à Michel Dieleman, président de l'AFTM

Quels peuvent être les risques encourus par le salarié en déplacement ?

Outre les menaces, directes, sur l'intégrité physique des salariés, les maladies ou bien encore la situation géopolitique peuvent être sources de dangers. Dans tous les cas de figure, l'entreprise n'échappe pas à sa responsabilité. Néanmoins, cette dernière peut être réduite dans la mesure où l'entreprise a mis en oeuvre des moyens d'information­ et de communication suffisants et traçables pour protéger son salarié. Cela veut dire, en premier lieu, que quelqu'un qui part dans une zone à risques doit être averti des risques encourus. Un objectif encore loin d'être atteint par de nombreuses entreprises. C'est traditionnellement d'autant plus vrai dans les petites structures, où les objectifs commerciaux prennent le pas sur ce genre de réflexion. Notre association a contribué à causer une prise de conscience en sensibilisant les acheteurs et les travel managers.

Comment répondre à la problématique du risque ?

L'entreprise doit pouvoir localiser et accompagner les salariés en cas de problème. C'est une chose facile dans une petite structure, mais beaucoup plus complexe dans un gros groupe, où le nombre de salariés en déplacement se compte en milliers. C'est pourquoi les politiques voyage passent de plus en plus par des outils officiels de gestion de type "door to door" ou s'appuient sur des listes de prestataires officiels. Il existe également des organismes spécialisés qui assurent la sécurité des voyageurs sur place. Il ne faut pas, pour autant, négliger, en amont, la mission d'information du salarié, qui doit être prévenu des risques encourus. C'est, d'ailleurs, la responsabilité du travel manager.

Que fait l'AFTM autour de cette problématique ?

L'AFTM a contribué à faire en sorte que, depuis une dizaine d'années, de plus en plus d'entreprises, en France, se dotent de moyens pour former et informer les collaborateurs en interne à la gestion de risques à l'étranger. Nous prodiguons, notamment, des formations, à destination des travel managers et des acheteurs, qui comportent un volet sûreté/sécurité. En outre, nous avons édité un guide, Pratique sûreté, qui donne de nombreux leviers d'action autour d'un message simple : entreprises, prenez conscience de la responsabilité que vous avez vis-à-vis de vos collaborateurs qui voyagent à l'étranger.

Lire en page 4 : Le phénomène des drones de surveillance

Le phénomène des drones de surveillance

92 %. Tel est le chiffre de la folle croissance enregistrée par le secteur des drones de surveillance entre 2014 et 2015, selon les chiffres rapportés par l'Atlas 2015 édité par l'expert en information stratégique En Toute Sécurité. Un chiffre qui ne laisse aucun doute quant au phénomène que représentent ces engins volants. Encore à ce jour le plus petit secteur du marché de la sûreté/sécurité, avec un chiffre d'affaires sous la barre des 20 M€ en 2014, il devrait peser 200 M€ d'ici à 2020, rapporte encore l'étude.

Une prévision qui attise, logiquement, la concurrence des acteurs existants du marché, de plus en plus nombreux à se positionner sur ce segment. À terme, l'étude prévient, ainsi, que le marché risque de se redessiner pour voir les drones devenir un outil de surveillance complémentaire des caméras vidéo au sol, des agents de sécurité et des robots terrestres. Leur spécialité ? Ces engins à tout faire peuvent d'ores et déjà, au choix, sillonner les airs pour faire de la détection d'intrusion, d'incendie, de pollution ou bien encore de la recherche d'anomalie (le long d'une barrière, par exemple). Une liste inévitablement appelée à grandir tant les domaines d'application semblent infinis.

 
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