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"Certaines huiles essentielles ont été sur-cultivées alors que le risque écologique était immense"

Publié par Lisa Henry le | Mis à jour le
'Certaines huiles essentielles ont été sur-cultivées alors que le risque écologique était immense'

A l'ère de la RSE et de la forte demande en produits respectueux de l'environnement, la marque d'aromathérapie Medene crée des huiles essentielles responsables et made in France. Des conditions de récolte à la livraison, Camille Pereira raconte le chemin de sa société vers le "responsable."

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Depuis le vote de la Loi Climat et résilience au Sénat, le 4 mai dernier, les entreprises vont devoir montrer patte verte dans leur production. Alors que certains industriels en sont encore au Greenwashing et que d'autres se concentrent sur leur propre empreinte écologique, et pas assez sur celle de leurs fournisseurs qui représente pourtant une grande partie de leur bilan carbone, Camille Pereira, fondatrice de la marque d'aromathérapie Medene, qui fabrique des huiles essentielles bios et équitables, démontre qu'il est possible de produire de façon plus responsable.

Camille Pereira, co-fondatrice de Medene

Où et auprès de qui achetez-vous les matières premières qui composent vos produits ? Est-il difficile de sourcer des producteurs qui répondent à vos cahiers des charges ?

Avant de lancer Medene, nous avons sillonné la France pour rencontrer des producteurs d'huiles essentielles. Nous voulions des produits bio, et savoir comment ils étaient produits, notamment en vérifiant le temps de distillation.

Il existe plus de 350 huiles essentielles mais certaines plantes ne poussent pas en France. Nous essayons de favoriser au maximum celles cultivées en France. Nous travaillons avec deux producteurs qui sont dans le sud, l'un à Clermont-Ferrand, l'autre à Avignon. Nous avons eu beaucoup de difficultés, nous en avons rencontré énormément avant de nous décider. Beaucoup refusent d'être transparents sur tout leur processus.... C'est sûrement qu'il y a quelque chose derrière. Nous ne prenons pas le risque de travailler avec eux.

Nous nous sommes aussi inquiétés des conditions de récolte de nos producteurs, afin qu'elles répondent à des critères écologiques et sociaux strictes. Certaines huiles essentielles ont été sur-cultivées alors que le risque écologique était immense, mettant en danger la biodiversité, comme le bois de rose car il coûte très cher. Nous voulons à tout prix éviter cela, car les ressources naturelles ne sont pas inépuisables et nous ne sommes pas à l'abri que ce phénomène touche nos plantes.

Notre recherche de fournisseurs a eu lieu il y a trois ans. A l'époque, il était compliqué de trouver des producteurs 100% bio alors que pour nous, c'était obligatoire. Nous ne voulions pas courir le risque d'avoir la présence de pesticides dans nos huiles essentielles; cela ne correspond par à un produit naturel.

En travaillant avec différents fournisseurs, comment être sûr de pouvoir afficher un 100% fabriqué en France ? Comment évaluez-vous vos fournisseurs ?

Nos produits sont 100% made in France quand ils sont faits de plantes qui poussent sur le territoire. Mais certaines ne peuvent être cultivées dans l'Hexagone. Dans ce cas, nos producteurs assurent le contrôle qualité nécessaire auprès de leurs fournisseurs pour être certains que la matière première soit correctement produite. C'est le cas de l'huile d'argan, qui ne pousse qu'au Maroc.

Il en va de même pour les autres prestataires : pour le packaging et les étiquettes, nous n'avons sourcé que des entreprises françaises. Nous avons fait la même démarche d'audit que pour les producteurs locaux.

Afin de nous assurer de pouvoir nous définir comme made in France, nous avons passé énormément de temps à auditer nos fournisseurs du commencement à la fin de leur process.

Comment préservez-vous la biodiversité ?

Nous travaillons main dans la main avec nos producteurs, ils sont les seuls qui peuvent savoir si une plante est en danger. Ils ont pour consigne de nous alerter au moindre signe de risque et de ne pas exploiter une biodiversité qui se perd, d'ailleurs c'est aussi dans leurs valeurs c'est pour cela que nous les avons choisis.

Comment minimisez-vous votre propre empreinte carbone, ainsi que le Bilan scope 3 de vos produits finis ?

Pour commencer, nos producteurs et fournisseurs sont tous installés en France, donc au plus proche de notre activité. Ainsi nous réduisons au maximum les émissions carbones dues au transport de marchandises. En termes de livraisons, nous ne travaillons qu'avec La Poste qui propose le bilan carbone le plus intéressant, selon nous.

Au-delà du transport, notre ambition, à terme, est d'utiliser des packaging réutilisables et rechargeables. C'est très compliqué avec l'huile essentielle, car pour le contrôle qualité il faut que ce soit "clean" donc pas de trace microbiologique. Ce qui ajoute des difficultés supplémentaires que nous travaillons à résoudre.

Qu'est-ce que le label Ecocert que vous affichez sur vos produits ?

C'est un label équivalent au label Cosmebio. Un label qui certifie que les matières premières utilisées sont biologiques, et que les producteurs suivent bien une logique de vérification des bulletins d'analyse de chaque huile essentielle. Ce label repose sur un nombre conséquent de processus de vérifications opérées tout au long de la chaîne, tant chez nous que chez nos producteurs, et valide que les produits sont bien naturels et écologiques.

Dans une industrie comme celle du cosmétique, comment éviter le greenwashing ?

Il suffit de ne pas en faire ! Il n'y a pas de secret, il faut juste communiquer de la manière la plus honnête et transparente possible.

Reste qu'il est difficile, pour le consommateur, de se repérer entre les vraies mesures mises en place par certains acteurs et le greenwashing pratiqué par d'autres. Cette méthode n'existera plus le jour où le grand public aura les clefs pour faire la différence. Il faut juste bien lire les étiquettes, la liste des ingrédients, regarder le pourcentage de produits bios. De même, vérifier les labels qui récompensent une marque. Se renseigner représente du travail, mais, à terme, cela permet de déceler le vrai du faux.

La crise des matières premières affecte-t-elle votre secteur ?

Nous sommes en train de l'analyser. Nous venons de recevoir les nouveaux tarifs de nos producteurs et nous constatons une hausse des prix des matières premières. Jusqu'alors nous n'avions pas été impactés. Nous n'avons pas été confrontés à des ruptures ou difficultés particulières d'approvisionnement.

Est-il plus difficile d'être compétitif lorsqu'on a une démarche comme la vôtre face à d'autres marques moins "respectueuses de l'environnement" ?

Nous sommes effectivement en concurrence avec d'autres marques plus connues mais qui n'ont pas forcément une démarche respectueuse de l'environnement. C'est compliqué. Même si le consommateur est de plus en plus au courant, il achète souvent des marques qu'il connaît, sans forcément s'interroger sur leur démarche. Un produit qui n'a pas les mêmes contraintes que celles que nous nous imposons sera moins cher... Et les clients ne comprennent pas toujours la différence de prix.

Le processus de fabrication

Le processus de création d'huile essentielle commence par une plante, une fleur ou une racine. Elles sont alors chauffées et dès lors il y a des vapeurs d'eau qui émanent, elles passent dans un condensateur et deviennent liquides. S'observe alors deux phases : l'eau florale qui a une densité plus importante donc qui est moins concentrée, et la deuxième, hautement chargée en concentré de molécules chimiques qui ont les propriétés thérapeutiques que nous recherchons.

Pour que cette distillation soit bien réalisée, il faut qu'elle dure en moyenne 45 minutes. Selon les producteurs, ce n'est pas toujours le cas. Avec l'engouement autour des huiles essentielles, beaucoup réfléchissent en "business first" et non en qualité.

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