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Publié par Aude Guesnon le | Mis à jour le

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Qu'est ce qui fait que certains constructeurs ont été moins impactés que d'autres dans un premier temps?

Sans doute parce qu'ils ont réagi plus vite ou parce que qu'ils ont une supply chain géographiquement plus proche. Ford a pour sa part eu une réponse plus inattendue. Le constructeur a décidé d'enlever des cartes électroniques de certains de ses véhicules aux Etats-Unis, pour continuer à en produire au même rythme. Il a ôté des cartes qui permettaient d'optimiser la consommation d'essence, et l'a publiquement assumé.

Il y aura probablement une amélioration de cette pénurie en fin d'année parce qu'il y a une saisonnalité de la production des appareils électroniques grand public, très gourmands en semi-conducteurs. Les stocks se font deux à trois mois avant les fêtes de fin d'année. Pour autant, la constitution de capacités de production adéquates sera de plus longue haleine, de l'ordre de 2 ans.

Vous anticipez d'autres risques... quels devraient être les autres points de vigilance actuels?

Les matières plastiques, mais sans doute pas toutes. Elles présentent aussi des difficultés de remplacement, dans le sens où la multiplication des copolymères utilisés rend leur remplacement plus complexe. Le cas du plastique est intéressant car une partie de l'industrie plastique est située au Texas qui vient d'essuyer des conditions météorologiques difficiles. Il y a eu un effet domino. Les prix des matières plastiques ont alors augmenté. Nous ne sommes pas à l'abri d'autres événements de ce genre.

Un problème va certainement se poser aussi pour les cartes électroniques nues. Le circuit est pré-imprimé avec un feuillard de cuivre et ce feuillard est similaire à celui qui est utilisé pour les batteries lithium-ion. On risque d'avoir un souci d'arbitrage des capacités de production entre les cartes et les batteries....

Savez-vous s'il y a des projets de relocalisation qui concernent la production de semi-conducteurs?

Les semi-conducteurs s'obtiennent par un procédé de photolithographie et la difficulté consiste à imprimer avec la bonne résolution. Les procédés les plus à la pointe ne sont pas en Europe. Les Coréens ou les Japonais ont des procédés d'une précision de l'ordre de 5 nanomètres. En Europe, nous ne passons pas en-dessous des 26 nanomètres actuellement. Il faut faire venir la production à nous. Il s'agit donc plus de transfert de compétences que de relocalisation.

La relocalisation est un concept séduisant mais on va se heurter à trois problèmes que sont l'expertise - on vient d'en parler -, les délais - il faut un à deux ans pour monter une usine - et les investissements, qui sont conséquents.

Les constructeurs européens pourraient-ils envisager de créer une JV pour financer la création d'une usine de semi-conducteurs?

Pour certains composants, je dirais pourquoi pas, mais pour les semi-conducteurs, je réponds, sans doute pas. L'industrie automobile est une industrie manufacturière de gros volumes mais pas nécessairement avec de fortes marges unitaires. L'industrie des semi-conducteurs fonctionne à l'inverse, elle est très capitalistique avec des tickets d'entrée élevés et des temps d'amortissement longs. Les Taiwanais veulent faire une nouvelle usine : ils mettent 20 milliards de dollars sur la table... un chiffre à mettre en relation avec le montant des bénéfices qu'un constructeur peut dégager. C'est un scenario intellectuellement intéressant mais il y a une vraie dissonance entre les deux industries. L'industrie automobile est aujourd'hui très centrée sur l'électrification, qui consomme déjà beaucoup de ses ressources. Intégrer verticalement de nouveaux composants poserait un problème d'arbitrage, pas impossible mais improbable.

Que conseillez-vous actuellement à vos clients impactés par la crise des semi-conducteurs ou autre pénurie?

Au premier chef, de travailler sur la nomenclature de leurs produits. Actuellement, l'analyse des risques achats est souvent faite sous l'angle d'une analyse par famille d'achats, en provenance soit de Pareto, soit d'analyse de risques basées sur les commodités. Je pense que ce n'est pas un angle approprié. Il faut d'avantage s'interroger sur les produits sur lesquels l'entreprise a le plus d'enjeux. Il est moins "gênant" d'être en rupture de stock sur un produit qui apporte peu de marge et d'image que sur un produit plus impactant pour l'activité de l'entreprise. Il faut descendre tout en bas de la nomenclature du produit et non de la nomenclature achat.

Si vous voulez tirer une conclusion de cette crise, peut-être que l'angle d'approche est de mieux rendre visible le lien entre ce que je veux vendre et ce que je dois acheter, et de rendre cette gestion plus dynamique ?

Lire l'étude KPMG, cliquer ici

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Aude Guesnon

Rédactrice en chef de décision-achats.fr et de Décision Achats

Après avoir exercé plus de dix ans en tant que réactrice en presse quotidienne, j’ai voulu découvrir un autre pan du métier : je suis devenue secrétaire [...]...

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