En ce moment En ce moment

Publié par le | Mis à jour le

Je m'abonne
  • Imprimer

Parlons gestion de risques. Comment sécurisez-vous vos approvisionnements et comment vous assurez-vous de l'intégrité de vos tiers ?

C'est un enjeu majeur. Nous avons 700 000 fournisseurs... et les risques sont multiples : risques qualité, capacitaires, financiers, environnementaux, sociaux, sociétaux, etc. Sécuriser les chaînes d'approvisionnement est donc une priorité absolue et la gestion des risques fait partie intégrante de notre responsabilité.

L'Oréal s'était vraiment saisi de façon extrêmement sérieuse du sujet, et depuis longtemps. Notre action repose sur deux grands piliers : bien connaître nos fournisseurs, d'un côté, et avoir un cadre d'engagement très clair sur les aspects éthiques, environnementaux et sociaux. Mais cela ne suffit pas. Pour vous donner un exemple, depuis 2010, nous menons une politique très spécifique : à chaque fois que nous référençons des fournisseurs situés dans des zones identifiées à risques, nous missionnons un tiers pour mener des audits sociaux. Ces partenaires externes et indépendants scrutent notamment les conditions de travail sur site. Quand un cas de dysfonctionnement est détecté, la direction des achats et la direction de l'éthique sont systématiquement impliquées. Nous avons une politique clairement définie et partagée avec tous nos fournisseurs. La priorité, c'est l'éthique. Nous menons plus de 1 200 audits sociaux par an sur le périmètre monde, nous les renouvelons régulièrement et mettons en place des suivis de ces audits.

En quoi consiste Solidarity Sourcing et comment les achats sont-ils un levier d'inclusion sociale ?

Nous avons mis en place depuis quelques années un programme innovant d'inclusion sociale : le Solidarity Sourcing. C'est une manière de combiner le contrôle des filières à notre engagement sociétal. Nous nous sommes donnés l'ambition de fournir du travail à 70 000 personnes généralement exclues du marché du travail, d'ici à 2020, au travers de nos achats, à la fois avec nos grands partenaires et avec de plus petits fournisseurs. Pour le sourcing des matières premières naturelles, par exemple, notre démarche d'approvisionnement permet de faire travailler des petits fermiers, dans de nombreuses régions du monde, comme pour la noix de karité utilisée dans la gamme Lipikar de La Roche-Posay. En général, nous coopérons avec un fournisseur ou avec une ONG pour mettre en place ces projets sociétaux. Nous signons alors des contrats tripartites à très long terme. Car nous ne faisons pas de "coup" . Nous nous engageons sur la durée.

Nous accompagnons aussi des fournisseurs locaux. Lorsque nous identifions un besoin d'aide spécifique, nous mandatons des spécialistes, comme des agronomes par exemple. La clef est le partenariat dans la durée, car ces petits fournisseurs ont besoin d'une visibilité économique et d'un apport technique.

Un gros acteur comme L'Oréal a-t-il besoin de devenir client cible ? Ne l'est-il pas naturellement ?

Nous avons l'ambition d'être un "customer of choice" pour nos fournisseurs. Il y a des industries dans lesquelles nous sommes leaders. Il y en a d'autres dans lesquelles nous sommes petits. Pour y parvenir, nous misons donc sur des relations à long terme et sur l'innovation. Nous les impliquons dans les projets en amont et misons sur le co-développement. Nous recherchons l'innovation qui servira au mieux les nouvelles attentes consommateurs. Il nous faut donc être très à l'écoute de nos fournisseurs, mais aussi des besoins de L'Oréal et de ses marques. Nous signons des contrats de co-développement, de co-industrialisation qui sont établis par nos experts. Nous avons par exemple travaillé pendant sept ans avec un de nos grand partenaire packaging sur une innovation majeure sur le marché des tubes capillaires. Auparavant, il n'y avait que les tubes en aluminium qui pouvaient supporter la coloration. Nous avons mis au point, ensemble, un tube laminé adapté à la coloration. Nous nous sommes mis d'accord sur les investissements et le déploiement mondial. En ce qui concerne la propriété intellectuelle, nous avons élaboré une solution pour que ce contrat soit win-win.

Comment les achats portent-ils l'engagement responsable de L'Oréal ?

Notre engagement responsable est valable sur toute la chaîne de valeur, depuis l'élaboration des formules et la conception packaging, du sourcing à la production jusqu'à la supply chain. Nous accompagnons toutes les équipes expertes du groupe dans son engagement environnemental, social et sociétal. L'Oréal a décidé de mesurer l'impact environnemental de tous nos lancements et nous nous sommes engagés, en 2015, à réduire notre empreinte environnementale. Le groupe a mis en place un outil spécifique pour mesurer et améliorer tous nos produits. Les achats contribuent à trouver des solutions innovantes dans ce domaine, en créant des partenariats ou contractant avec des sociétés expertes. Nous travaillons par exemple sur l'emploi de matériaux recyclables et sur le cycle de vie global de nos produits. Nous travaillons également avec une société qui fait du recyclage enzymatique, qui dégrade la matière. Notre action va aussi sur l'utilisation d'énergies renouvelables. Par exemple, nous avons conclu aux US un contrat de 15 ans avec Biogaz US pour livrer du biogaz à nos usines.

Nous cherchons à élargir l'impact de notre démarche environnementale en impliquant notre écosystème et en l'engageant à prendre ce chemin du développement durable. Nous le faisons notamment à travers le projet CDP (organisation internationale à but non lucratif, anciennement appelée "Carbon Disclosure Project " qui encourage les investisseurs, les entreprises et les villes à prendre des mesures afin de construire une économie réellement durable, en mesurant et comprenant leur impact sur l'environnement) dans lequel nous sommes fortement contributeurs. Nos acheteurs partagent avec nos fournisseurs cette démarche pour les engager à nos côtés. Nous fixons nos objectifs ensemble. L'idée est qu'ils s'approprient ce type de projet, au-delà de ce qui est livré à L'Oréal, pour entraîner un effet boule de neige.

Lire la suite en page 3 : Mesurer la valeur des achats...

Je m'abonne

Aude Guesnon

Aude Guesnon,<br/>rédactrice en chef Aude Guesnon,
rédactrice en chef

La Lettre de la Rédac

Chaque semaine, l'essentiel de l'actu

La rédaction vous recommande

Par Synertrade

premiere vue cette loi peut representer de nouvelles contraintes pour les entreprises ainsi que des risques reputationnels et financiers Mais [...]

Sur le même sujet