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Innovation : osons échouer !

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Innovation : osons échouer !

La peur de l'échec empêcherait les entreprises d'innover. Pourtant, bien au contraire, elle pourrait les inciter à tenter, quitte à échouer... pour mieux rebondir.

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Si l'on en croit les chiffres, seuls 10% des projets d'innovation réussissent... ou pour dire les choses autrement, 90% se soldent par un échec. L'échec est intrinsèquement lié au processus d'innovation. Alors pourquoi est-il encore si craint par les entreprises françaises ?

Qu'est-ce que l'échec ?

Redouté avant qu'il ne se produise, caché lorsqu'il advient, voire durement puni, l'échec est la bête noire de nombre d'entreprises françaises. Il fait peur, il fait honte et n'a pas sa place parmi les valeurs "d'excellence à la française", encore largement véhiculées dans la société. Pourtant, il serait grand temps de dédramatiser : l'échec doit être appréhendé comme l'absence du résultat attendu à un instant donné. Ni plus, ni moins. Et cette absence de résultat ne définit pas ce que nous sommes ou ce que nous valons (en tant qu'individu ou qu'entreprise), ni ne présume de ce que nous réaliserons dans le futur.

Plus que l'échec, ce sont les causes et conséquences de l'échec qui sont à questionner. Lorsqu'une entreprise a pour ambition de se lancer dans un nouveau projet, deux types d'échec peuvent survenir :

  • L'échec par omission : par peur, par frilosité ou par immobilisme, elle ne fait rien et échoue de fait.
  • L'échec par action : elle a tenté et elle n'a pas atteint sa cible.

Dans ce dernier cas, les causes peuvent être multiples. Potentiellement, l'entreprise s'est trompée dans sa lecture du contexte : le public ciblé par son innovation n'était pas le bon, la proposition de valeur de son produit n'était pas suffisante, ou ce n'était pas le bon moment. Des causes plus structurelles peuvent également entrer en jeu : par exemple, le processus d'innovation mis en place dans l'entreprise n'est pas efficient, voire aucun processus n'a été implémenté, rendant l'activité d'innovation trop instable. Enfin, l'échec étant un résultat différent de celui envisagé au lancement du projet, il se peut que ce soit le résultat attendu lui-même qui soit à remettre en question. Si celui-ci est trop ambitieux, démesuré par rapport aux moyens, il devient alors tout simplement impossible à atteindre.

Tomber pour mieux rebondir : l'échec vertueux

Une fois le constat d'échec réalisé, l'enjeu est alors de réussir à en faire quelque chose de positif. Attention, il n'est pas question de simplement accueillir cet échec avec le sourire et une tape sur l'épaule, en se disant que ce n'est pas grave. Le tout sans en tirer la moindre conclusion. Au contraire, un véritable effort est à produire pour transformer cette expérience désagréable (quoi qu'on en dise) en une expérience enrichissante.

Cela peut sembler évident, mais la première étape dans cette démarche est tout d'abord de reconnaître et accepter l'échec, aussi déplaisant cela soit-il, et de prendre assez de distance pour comprendre qu'il ne nous définit pas. Cette prise de hauteur est nécessaire pour ensuite faire le bilan de l'échec avec lucidité.

En effet, l'étape d'analyse des causes qui ont amené à cette situation est incontournable : à l'issue de ce bilan, il faut être en capacité d'identifier les éléments que l'entreprise ne peut pas changer (pour ne pas lutter vainement contre eux), ceux sur lesquels elle peut avoir un effet, et connaître un peu mieux ses forces et ses faiblesses. Elle doit capitaliser sur cette expérience pour ne pas reproduire les mêmes erreurs lors de sa prochaine tentative... puisque prochaine tentative il doit y avoir ! L'échec n'a de caractère définitif que si nous ne persévérons pas dans notre but.

Limiter les pots cassés

Si l'échec est quasi inévitable dans le processus d'innovation, il est toutefois préférable de ne pas foncer dans le mur à toute vitesse, mais plutôt de faire une petite sortie de route.

Plusieurs méthodes existent pour maîtriser au mieux la portée de l'échec. Bien connue du milieu scientifique, la méthode " essai-erreur " consiste à faire des essais divers, sans viser de suite le succès, jusqu'à trouver la solution au problème.

D'autres préceptes ont également le vent en poupe : corolaire de l'agilité, le " fail fast ", ou échec accéléré, conseille d'échouer le plus tôt possible, pour identifier les problèmes rapidement, et recommencer autre chose tout aussi vite. Dans la même veine, le " fail cheap " met en garde sur la nécessité de ne pas mettre toute sa trésorerie dans un unique essai. Il faut avoir assez de fonds pour recommencer, encore et encore, jusqu'à atteindre son but.

Enfin, il peut être intéressant sur le long terme de miser sur la méthode d'amélioration continue, qui permettra d'infuser dans toute l'entreprise une culture des petits pas, et de la familiariser avec l'acceptation des problèmes pour mieux les résoudre, et en créer de la valeur.

L'essence même de l'innovation étant de tenter, de prendre des risques, il y a fort à parier que l'échec sera partie prenante de cette aventure. Plutôt que de ne rien faire, par peur, ou de s'effondrer à sa rencontre, apprenons à accueillir ce dernier avec bienveillance, mais sans complaisance. Loin d'être notre ennemi, il sera un guide plein d'enseignements dans notre poursuite du succès... à condition toutefois de savoir les écouter !

Pour en savoir plus

Chloé Marechal est chef de projet IT/MOA chez Square depuis février 2020. Titulaire d'un Master 2 en Sciences et Technologies de l'Information à la Sorbonne, elle est spécialisée dans les problématiques de data management et digitalisation des processus.



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