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Témoignage

"Nous avons des plans de contrôle rigoureux de nos fournisseurs et produits" - Claudine Banzet, vice-présidente achats Europe de Wessanen.

Wessanen est un groupe néerlandais qui distribue 40 marques dont Bjorg, Bonneterre ou encore Alter Eco. Des marques bio, mais pas uniquement : par exemple, Alter Eco est également engagée pour le commerce équitable et Bjorg se positionne sur la qualité nutritionnelle. Concernant les fournisseurs, le groupe est très exigeant. "Nous avons des exigences spécifiques et des plans de contrôle rigoureux de nos fournisseurs et produits", explique Claudine Banzet. Des audits sont effectués avant la collaboration, mais aussi au cours du partenariat. Et, selon les marques, les exigences peuvent aller encore plus loin. Pour la marque Alter Eco, par exemple, des filières sont développées avec des coopératives et visitées régulièrement. "Nous connaissons les coopératives dont sont issues nos matières premières, nous les accompagnons et nous assurons que la prime "air trade" sert à des projets de développement", explique-t-elle.

La vice-présidente achats Europe de Wessanen précise cependant que le groupe n'est pas une ONG : "Comme tout acheteur, nous devons créer de la valeur. Le sourcing est stratégique pour soutenir le développement de nos marques, via l'innovation, la sécurisation et la compétitivité assurée par des négociations annuelles et un plan de productivité", énumère Claudine Banzet. Elle précise que des partenariats long terme sont également établis, notamment pour sécuriser les approvisionnements. "Pour l'avoine par exemple, cette vision long terme nous permet de nous assurer que les agriculteurs privilégient cette céréale lors des rotations de cultures", indique Claudine Banzet.

Enfin, les acheteurs managent leurs fournisseurs avec proximité : "L'équipe organise quatre rendez-vous par an avec ses fournisseurs stratégiques au cours desquels ils déterminent et suivent des plans d'actions communs en fonction des enjeux", rapporte Claudine Banzet. Si les négociations peuvent être dures, elles se font quoi qu'il en soit dans un contexte de collaboration.

La rareté des produits bio made in France

Mais bien connaître ses fournisseurs n'est pas toujours facile : le site de produits bio et écologiques Greenweez, avec 500 fournisseurs, ne peut pas se rendre régulièrement chez tous. "D'autant plus que leurs matières premières viennent du monde entier : nous rendre sur place exigerait d'y consacrer un service dédié", explique Christelle Brimbeuf, directrice achats de Greenweez. Des questions détaillées sont donc posées en rendez-vous. Pour bien connaître ses fournisseurs, le mieux est de favoriser des prestataires locaux.

D'autant plus que se fournir localement apporte de nombreux avantages : réduction du nombre d'intermédiaires, de l'impact carbone... "Privilégier un produit fabriqué près de chez soi assure de meilleurs critères sociaux", ajoute Florent Guhl, directeur de l'Agence Bio. Il constate par ailleurs que les consommateurs demandent de plus en plus de produits locaux. Certaines marques se positionnent donc sur le créneau du bio local, comme Carrefourou encore la marque de croquettes pour chiens et chats Préférence qui privilégie du soja européen.

Or, se fournir localement n'est pas toujours possible. Il y les produits "exotiques" comme le chocolat, le café ou encore les bananes. Mais même pour les matières premières qui pourraient venir de France, acheter français n'est pas toujours simple. D'après une étude Coface, 6 % seulement des terres agricoles françaises sont engagées en bio, contre 9 % en Espagne et 21 % en Autriche. La moyenne européenne est de 8 %. "La France importe beaucoup de produits bio, surtout en provenance de l'Union européenne et plus particulièrement des pays de l'Est" , précise Bruno de Moura Fernandes, économiste chez Coface. Selon lui, les importations vont continuer à augmenter. Même si les producteurs bio français sont plus nombreux chaque année, de l'ordre de 15 % par an depuis 3 ans (Agence Bio).

Cette pénurie de terres agricoles bio crée également des problématiques d'approvisionnement. "Pour le lait de chèvre bio, par exemple, il manque des producteurs : la demande est bien plus élevée que l'offre", rapporte Christelle Brimbeuf. Par ailleurs, chaque année, des produits sont plus difficiles à sourcer. "En 2019, il y aura des problèmes sur les fruits secs, le blé et le maïs" , nous apprend Christelle Brimbeuf, qui tente de prévoir les ruptures d'approvisionnement grâce aux alertes de ses fournisseurs. Léa Nature, qui a connu des problèmes d'approvisionnement en pommes l'année dernière et en haricots verts il y a deux ans, n'hésite pas à s'approvisionner un peu plus loin, en Europe, lors de ces épisodes. "Et notre catalogue, large, nous permet de pousser tel ou tel produit", indique Julie Morihain, directrice achats de Léa Nature.

C'est cette stratégie qu'a adoptée le réseau de magasins Les Hameaux Bio (qui fait partie de Biocoop) lors de la pénurie de beurre de Noël 2016 : des alternatives ont été proposées aux clients telles que le beurre de coco ou la margarine végétale. "Nous souhaitions continuer à respecter notre cahier des charges et nos valeurs et ne pas nous approvisionner à l'étranger", précise Quentin Allonville, co-dirigeant.

Carrefour se met au bio français

Personne n'a pu passer à côté de la dernière publicité de Carrefour, "Act for Food". Le groupe y présente ses engagements pour permettre à ses clients de mieux manger. Et le premier point est consacré au bio : le distributeur dit garantir des produits bio 100 % français sur tous les fruits et légumes frais, la volaille, la viande bovine et porcine, le lait et les oeufs. "Le consommateur ne veut pas d'un produit bio qui a fait le tour du monde. Il veut de plus soutenir le monde agricole français, qu'il sent en souffrance", observe Benoît Soury, directeur du marché bio chez Carrefour. Cet ancien de La Vie Claire a été débauché par Carrefour qui montre ainsi son véritable désir de faire de l'alimentation biologique un de ses axes stratégiques.

Même si Benoît Soury se défend d'être la seule personne engagée en faveur du bio chez Carrefour. D'après lui, le groupe possédait déjà un terreau favorable. Notamment en termes de traitement des fournisseurs. "Une des personnes de l'équipe achats est en relation depuis 12 ans avec le monde agricole bio et une autre avec les acteurs des produits transformés. Un relationnel est déjà construit avec les producteurs bio. Ce que nous allons poursuivre : nous devons traiter nos fournisseurs bio aussi bien que nos meilleurs clients et nous adapter à leurs demandes et à leurs inquiétudes", déclare Benoît Soury.

Cela passe par des contrats longue durée qui accompagnent les partenaires agricoles dès leur conversion. "Nous assurons aux producteurs un écoulement des marchandises dans un cadre tarifaire prédéfini", précise Benoît Soury. Le groupe a ainsi noué des accords avec un producteur de carottes dans le Nord de la France et avec un autre, de clémentines, en Corse. Carrefour souhaite également monter des filières bio dans toutes les régions françaises, à l'image de ce que le distributeur a déjà mis en oeuvre dans l'agriculture traditionnelle, créant 100 filières.

Lire la suite en page 3 : Créer ses propres fournisseurs

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Eve Mennesson

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