Recherche
Mag Décision Achats
S'abonner à la newsletter S'abonner au magazine

Recours au secteur adapté: la co-traitance est-elle l'eldorado?

Publié par Aude Guesnon le | Mis à jour le
Recours au secteur adapté: la co-traitance est-elle l'eldorado?

Quel est l'intérêt de la co-traitance pour le donneur d'ordre qui veut travailler avec le STPA? Comment contractualiser? Quel intérêt pour le fournisseur de rang 1? Témoignage d'un quatuor très engagé sur ce sujet au sein des équipes BNP Paribas.

Je m'abonne
  • Imprimer

Au cours du Salon du Handicap et des Achats Responsables qui s'est tenu à Paris en cette fin mai, nombre d'acteurs sont venus promouvoir la co-traitance comme LE moyen de développer les achats avec les entreprises du secteur du travail adapté et protégé (STPA), pilier, ou "composante- clef d'une bonne politique RSE".

Ce fut notamment le cas de BNP Paribas, représentée par Véronique Cassou, référente handicap à la direction des achats de BNP Paribas ; Delphine Grespinet, Global lead buyer; Fabrice Belaïch, juriste, et Laurent Devigne, pour le compte du sourcing informatique du groupe BNP Paribas, réunis sur un atelier "co-traitance". Tous les quatre sont venus expliquer comment ils travaillent de façon complémentaire, ou conjointement, à développer les achats avec le STPA : "un parcours semé d'embûches", comme l'a souligné Véronique Cassou,"mais nous trouvons des solutions, et notamment la co-traitance".

Car tous les acteurs sont encore unanimes sur le fait que beaucoup d'acheteurs et de prescripteurs ont des appréhensions à choisir des fournisseurs STPA. Au chapitre des freins, on trouve toujours la sempiternelle crainte d'une qualité moindre de service, comme l'a rappelé Laurent Devigne. Dans ce contexte, l'avantage de la co-traitance est notamment que, dans le cadre des appels d'offre, ce sont les soumissionnaires qui répondent en partenariat avec des EA ou ESAT, accompagnés dans leur démarche par le donneur d'ordre si besoin. "Au niveau des prescripteurs et des opérationnels de l'informatique, notamment, les ESN (entreprise de services du numérique) issues du STPA ne sont pas encore assez connues. Or il y en a de plus en plus sur ce créneau", a souligné Laurent Devigne. "Presque toutes les EA ou ESAT avec lesquelles nous avons un contrat de sous-traitance ont été amenées par nos fournisseurs. Nous avons une question spécifique dans nos appels d'offres qui interroge sur la capacité des soumissionnaires à proposer une offre en co-traitance / Groupement momentané d'entreprises (GME) avec une EA et/ou un ESAT. Et c'est ainsi qu'elles viennent à nous."

"La moyenne des prix est la même que celle des entreprises classiques "

Autre frein pour nombre d'acheteurs et prescripteurs, selon Laurent Devigne: la crainte d'un coût supérieur de la prestation délivrée par une EA ou un ESAT. "Or le coût moyen est le même que pour des entreprises classiques", a-t-il spécifié, "pour des prestations de même qualité, voire mieux certaines fois pour le cas des entreprises dans le domaine de l'IT qui fournissent des prestations d'exception (profils autistes asperger par exemple)".

Communiquer. Communiquer. Et encore communiquer pour expliquer, prouver et rassurer. Tel est le secret pour parvenir à lever les freins, a insisté Véronique Cassou. "On les traite les uns après les autres", a abondé Delphine Grespinet, qui investit dans la communication en interne pour faire évoluer les mentalités. "A chaque référencement d'une entreprise du STPA, nous fournissons un pack de déploiement aux acheteurs et aux équipes de sourcing qui explique, entre autres éléments, que la moyenne des prix est la même que celle des entreprises classiques, que la qualité des prestations est au rendez vous, etc." La communication porte aussi auprès des fournisseurs qu'il faut convaincre d'adopter la co-traitance. "Nous communiquons auprès de nos fournisseurs sur les entreprises du STPA que nous avons référencées et leur donnons des contacts."

"Nos partenaires stratégiques, ESN, PME et ETI sont entrés dans cette mécanique", a relaté Delphine Grespinet. "Nous avons mis en place un comité de suivi au sein duquel se trouvent les responsables RSE des différentes entités, et nous suivons tous les achats réalisés auprès du STPA. Voire anticipons les projets pour mieux intégrer le STPA. Ce comité permet aussi de débloquer des situations..."


Lire la suite en page 2 : Quel intérêt pour le fournisseur classique ? et Comment contractualiser ?


Quel intérêt pour le fournisseur classique ?

Si l'intérêt, pour de grands comptes donneurs d'ordre, est évidemment de favoriser la co-traitance au nom de l'amélioration de l'emploi et l'employabilité des personnes en situation de handicap, l'intérêt du fournisseur/partenaire classique n'est pas aussi évident à première vue. Il doit identifier des entreprises du STPA pour les amener à son donneur d'ordre sans avoir le bénéfice de la remontée des UB. Mais les fournisseurs l'acceptent pour "décrocher le business" et s'en servent, aussi, comme élément différenciant dans leur offre, voire pour leur propre compte, en achetant des prestations en direct au STPA ce qui améliore leur taux d'emploi dans le cadre de leur propre politique RSE. D'ailleurs, "la question pour nous, est à présent de réfléchir à comment pérenniser les achats faits auprès du STPA", a précisé Véronique Cassou.

En cas de clause de solidarité (prévue dans le cadre de GME avec mandataire solidaire), l'entreprise co-traitante devient garante de son partenaire EA ESAT. BNP Paribas valorise ce modèle."Nous le demandons aux fournisseurs, nous ne l'imposons pas", assure Fabrice Belaïch, "et certains refusent. D'autres l'ont acceptée mais aucun n'a jamais eu à en pâtir puisqu'elle n'a jamais été actionnée chez nous. Les problèmes- si problèmes il y a - se résolvent en comité de pilotage, comme n'importe quelle prestation."

Pour permettre le recours à la co-traitance, BNP Paribas a travaillé sur ses appels d'offres et modèles contractuels, auxquels ont été ajoutées des clauses spécifiques, a indiqué Fabrice Belaïch. "Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y en a pas tant que cela. Il y a une clause d'attestation annuelle de remontée des UB et des clauses plus génériques, par exemple celle qui consiste à demander à l'entreprise du STPA de bien veiller à ce que les conditions matérielles permettant à la personne en situation de handicap de travailler soient réunies" et de détailler le fonctionnement : un contrat tripartite qui passe par la mise en place d'une convention de Groupement Momentané d'Entreprises réunissant l'entreprise classique et l'EA ou l'Esat

Le mécanisme des GME "définit les rôles de chacun". "L'entreprise classique", a-t-il précisé "assure l'interface entre nous et l'EA ou ESAT". Dans le cas d'IBM, a-t-il spécifié, "plutôt que de renégocier chaque strate du contrat et de re-signer chacune, nous avons prévu une lettre d'adhésion qui prévoit que l'entreprise du STPA intègre le schéma contractuel qui nous lie à IBM".

BNP Paribas s'est lancée dans la co-traitance en 2013 avec un projet de traitement de fin de vie de son matériel IT et en a conclu d'autres depuis, notamment dans le domaine de l'accueil et des prestations informatiques. En 2017, les achats auprès du STPA pour le Groupe BNP Paribas dans son ensemble, ont représenté environ 4.3 millions d'euros... "et nous comptons sur la co-traitance pour encore améliorer ce chiffre", a souligné Véronique Cassou.

Je m'abonne

NEWSLETTER | Abonnez-vous pour recevoir nos meilleurs articles

La rédaction vous recommande

Retour haut de page