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[Avis d'expert] Réorganiser ses chaînes de production : l'Europe centrale et de l'est

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[Avis d'expert] Réorganiser ses chaînes de production : l'Europe centrale et de l'est
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De nombreuses entreprises n'ont pas attendu les mesures gouvernementales du plan de relance pour réfléchir à une réorganisation de leurs chaînes d'approvisionnement. En effet, si la tendance est à la relocalisation, il s'agit encore de bien la choisir.

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Suite aux confinements à travers le monde, les entreprises se sont rendu compte combien leur production était dépendante des conditions sanitaires et politiques des pays de leurs fournisseurs. Face à ce constat, le baromètre Sourcing Europages du 3e trimestre 2020 révèle une tendance à la réorganisation des chaînes d'approvisionnement de plusieurs secteurs : les recherches de fournisseurs intra-pays ont augmenté de 19 % par rapport 2019, tandis que les recherches inter-pays sont stables. Ceci révèle une volonté de rapprochement géographique des fournisseurs.

Une relocalisation française est-elle préférable ?

De manière générale, de plus en plus de secteurs souhaitent réorganiser leurs chaînes d'approvisionnement. La crise épidémique a démontré des dépendances internationales qu'aucune entreprise ne peut ignorer : lorsqu'un pays cesse de fonctionner, ou se confine, c'est toute la chaîne de production qui en pâtit. Si le gouvernement a prévu 15 milliards d'euros pour accompagner les entreprises dans la relocalisation, la tendance est plutôt à la diversification des chaînes d'approvisionnement et fournisseurs ou des lieux d'implantation, qu'à la relocalisation sur le territoire national. La stratégie est simple : se fournir et produire dans plusieurs pays différents afin de diminuer sa dépendance à une situation de crise locale.

La raison est évidente : tout n'est pas relocalisable, pour des raisons géographique, technologique ou économique. Ainsi, la relocalisation française est impossible pour de nombreux secteurs. Par exemple, le coût de la main-d'oeuvre, ou le manque de qualifications spécifiques (souvent manuelles) des salariés français, sont des freins à la relocalisation française de certaines chaînes de production.

Cependant, nombre d'entreprises cherchent aujourd'hui à rapprocher géographiquement les chaînes d'approvisionnement. La pandémie, mais aussi l'évolution des consciences en matière d'écologie encouragent les décideurs à repenser leur business models, à se tourner vers une croissance plus vertueuse et plus respectueuse (RSE), à réfléchir à des circuits de distribution plus courts, à élaborer des stratégies d'approvisionnement alternatives.... Si le trafic aérien mondial a été réduit de 80 % en mars-avril 2020, la circulation de camions s'en est mieux tirée, avec une réduction de "seulement" 50 %. Ces chiffres démontrent l'intérêt de relocaliser ses chaînes d'approvisionnement, et c'est là que l'Europe centrale et de l'est révèlent leur potentiel : la proximité géographique avec la France, mais aussi l'appartenance à l'UE sont des atouts indéniables.

L'Europe centrale et de l'est : une opportunité de production

Relocaliser sa production dans un pays géographiquement proche a de nombreux avantages. En effet, rapprocher sa chaîne d'approvisionnement permet de réduire les délais de livraison de matières premières et produits finis et de limiter les coûts associés, mais également de réaliser des commandes en plus petites quantités. L'appartenance commune de la France et des pays d'Europe centrale et de l'est à l'Union européenne favorise également les procédures légales, les cadres juridiques étant relativement similaires (brevets) ou les harmonisations fiscales (TVA).

L'Union européenne garantit des normes techniques qui peuvent avoir un impact direct sur le consommateur final (gage de qualité, conscience écologique et éthique - de nombreux sous-traitants de l'automobile et de l'aéronautique offrent ainsi des gages de qualité de production). Plus largement, la proximité culturelle facilite les échanges entre les partenaires et le management y est plus aisé que dans des pays aux racines culturelles lointaines.

A ces avantages, on peut ajouter les infrastructures industrielles récentes de ces pays (usines neuves, infrastructures routières et télécom de qualité offrant une large palette de choix d'implantation), ainsi qu'une réelle expertise dans certaines activités et dans certains secteurs (l'injection de plastique, la chaudronnerie, l'assemblage et l'usinage, dans l'informatique, le textile et l'ameublement...).

Pour relocaliser, il faut également s'assurer de la structure la plus adaptée à l'activité : faut-il acquérir une usine en partie ou entièrement ? Ou créer une entité locale ?

Dans le cas d'un recours à un, ou plusieurs, sous-traitant, il convient de vérifier la santé financière de la société et ses dépendances vis-à-vis du marché, de ses clients et fournisseurs et son accès à des matières premières. Il est également recommandé de réaliser un audit RSE et Qualité. Si l'on préfère se tourner vers une prise de parts dans une société partenaire, des problématiques de gouvernance et de due diligence se posent. Un suivi régulier, de préférence en local, est également à prévoir pour favoriser la fluidité des échanges tout en privilégiant la co-organisation. Si la relocalisation doit également répondre à des enjeux de confidentialité ou nécessite un savoir-faire spécifique, il est possible de s'engager dans la création d'une société. Pour cela, il est essentiel de s'entourer d'un expert dans le pays d'implantation, seul à même de maîtriser les process et le cadre légal de cette création. D'une manière générale, il est toujours préférable d'avoir un interlocuteur sur place, qui connaît les usages et la langue nationale.

Une chose est claire, entre l'éveil des consciences sur l'écologie, et la crise épidémique et inédite que nous traversons, les modes de délocalisation et de relocalisation sont amenés à évoluer. Au sein de l'Europe, nous avons des opportunités que nous ne devons pas ignorer. L'espace Schengen ainsi que le cadre légal fourni par l'Union européenne permet une densité d'échanges commerciaux qui a vocation à s'intensifier à l'avenir. Le développement d'une politique européenne de production en amont pourrait utilement voir le jour, et provoquerait sans doute une mutation des rapports de dépendance entre clients et fournisseurs.

Par Laurent Le Pajolec est un des gérants -associés d'Exco A2A Polska, l'un des plus importants cabinets d'experts comptables de Pologne. Sa société conseille et accompagne les entreprises qui cherchent à s'implanter dans le pays, PME, mais aussi de grands groupes internationaux côtés en Bourse essentiellement français, polonais, américains et belges.

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Laurent Le Pajolec, Exco A2A Polska

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