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L'énergie peut être verte et compétitive

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L'énergie peut être verte et compétitive

Le poste énergétique peut peser lourd, financièrement et environnementalement parlant. S'atteler à son optimisation et à son verdissement peut permettre aux achats de regagner de la visibilité tarifaire, tout en améliorant le bilan carbone.

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En avril 2021, les groupes EDF et SNCF signaient un contrat d'achat d'électricité renouvelable pour une durée de 20 ans, portant sur la construction et la production d'une centrale photovoltaïque de 20 mégawatts à compter de 2023. "Nous sommes fiers de contribuer à la création de capacités solaires photovoltaïques supplémentaires en France, qui participeront à la réduction des émissions de gaz à effet de serre", commentait Jean-Pierre Farandou, président-directeur général du groupe SNCF. La contractualisation récente entre Orange et Engie, prévue sur 15 ans, doit également aboutir au développement de deux nouveaux projets solaires dans les Hautes-Alpes, dont la mise en service est attendue au plus tard le 1er janvier 2023. Très répandu dans les pays anglo-saxons, ce type de contrat d'électricité, connu sous le nom anglais de Power Purchase Agreement, dit PPA, tend à se développer peu à peu en France. "Il devient une des composantes de la démarche RSE des entreprises, 100 % de l'énergie achetée via ces dispositifs étant produite par une installation renouvelable", considère Nicolas Leclerc, cofondateur d'Omnegy.

Le PPA : une réponse budgétaire et RSE

Liant sur une longue période, généralement de 10 à 25 ans, le contrat PPA s'adresse plutôt à des grands groupes. Pendant toute la durée du contrat, ils s'entendent avec un producteur d'énergie sur un prix fixe qui leur permet d'avoir une vision à long terme sur leurs dépenses énergétiques. Avec la diminution des coûts de production des énergies renouvelables ces dix dernières années, notamment du solaire et de l'éolien, des économies peuvent être dégagées assez rapidement, surtout dans un contexte de volatilité et de hausse des prix. "Si tous les éléments sont alignés, les prix peuvent être très nettement en dessous du marché, entre 10 et 50 %. Les business cases vont être particulièrement intéressants dans des pays comme l'Allemagne ou l'Italie, où les niveaux de taxes sont très élevés. Cela s'avère moins avantageux en France avec l'historique nucléaire. L'attractivité se joue alors sur la stabilité des prix et les effets d'échelle", commente Nicolas Leonetti, directeur opérations et stratégie de la performance au sein de KPMG.

Il existe différents types de contrats PPA, certains reposant sur un parc de production d'énergie renouvelable déjà existant par exemple. "À partir du moment où la centrale sort des tarifs subventionnés, les prix peuvent être très attractifs. L'engagement peut se conclure sur une courte durée, de 3 à 5 ans. Il sera au minimum de 15 ans lorsqu'il repose sur la construction d'un parc afin que le développeur puisse supporter l'investissement", rappelle Nicolas Leclerc. Ainsi, depuis janvier 2021, EDF fournit la production électrique de cinq parcs éoliens en France, détenus et exploités par EDF Renouvelables, à la RATP. "La mise en place de ce premier contrat d'électricité renouvelable illustre de manière concrète l'engagement du groupe RATP en faveur de la transition écologique et de la neutralité carbone. Notre ambition étant que d'ici 2025, 10 % de notre consommation annuelle soit produite à partir d'une électricité verte", commente Sophie Mazoué, responsable du développement durable à la RATP.

Certains groupes décident de franchir un cap supérieur, en participant activement à la création de centrales solaires ou de fermes d'éoliennes. "C'est un axe de communication fortement plébiscité par les investisseurs et les clients", souligne Nicolas Leonetti. En novembre 2020, Decathlon et Voltalia signaient ainsi un Corporate PPA, s'engageant sur la construction d'un parc photovoltaïque dans le sud-est de la France qui devrait être opérationnel d'ici à 2023 ; 16 mégawatts devant être alloués à l'alimentation des sites français de Décathlon. Consacrer du temps à la phase d'approche est capital pour parvenir à conclure un PPA. Tout dépend des ambitions RSE de l'entreprise, de ses besoins énergétiques et de ses contraintes. D'où la nécessité de réaliser un audit énergétique et un bilan carbone pour dresser un état des lieux complet et évaluer les pistes d'améliorations. "Il faut prendre le temps de comprendre ses besoins actuels et futurs, de décortiquer les réglementations dans chacun des pays d'implantation et d'étudier le marché pour appréhender la pluralité des acteurs qui y sont présents", détaille Nicolas Leonetti.

L'approche peut être progressive ou globale. L'important est qu'elle s'inscrive en conformité avec la volonté et la maturité de l'entreprise sur ce type d'achats. "Certaines entreprises vont préférer cibler en premier lieu les marchés les plus propices : en Angleterre ou aux États-Unis par exemple, pour les capacités en place, en Espagne pour le solaire, en Allemagne pour les taxes, etc.", illustre Nicolas Leonetti. Dans tous les cas, il faut se montrer ouvert aux propositions lors de la phase de cadrage, tant le marché se montre dynamique. "Au départ, votre entonnoir doit être suffisamment large pour évaluer les différents scenarii avec plusieurs catégories d'acteurs de technologies et de types de PPA. Vous l'affinerez ensuite au gré des analyses et des informations récoltées auprès des interlocuteurs clés en interne ou en externe", conseille Nicolas Leonetti. Aujourd'hui, les technologies sont suffisamment matures et les développeurs ne sont pas avares en propositions, surtout si la solvabilité et la réputation de votre entreprise sont efficientes.

Des alternatives tout aussi vertueuses ?

Toutefois, le PPA peut être un dispositif complexe à mettre en oeuvre, en particulier si l'équipe n'est pas suffisamment armée en interne. "Le mécanisme est en train de se rôder et va devenir de plus en plus accessible, surtout si l'ARENH continue de faire l'objet d'écrêtement", prévoit Nicolas Leclerc. La production pour l'autoconsommation peut également être un levier à étudier de près. La pertinence du projet va dépendre d'un certain nombre de critères, comme des zones d'implantation, des surfaces disponibles et de la météo locale, etc.

L'énergie produite peut être intégralement consommée sur place ou réinjectée au réseau. Inconvénient de cette solution : elle nécessite des capacités d'investissement non négligeables. Plus rapides à mettre en place, les garanties d'origine des producteurs d'électricité restent une des possibilités pour verdir son énergie. Le modèle reposant sur la loi de l'offre et de la demande, "il est toutefois délicat pour les entreprises de prévoir et d'anticiper le coût de l'électricité sur ces marchés", admet Nicolas Leonetti.

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