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Crise Russie-Ukraine : quelles conséquences pour les achats d'énergie ?

Publié par Audrey Fréel le - mis à jour à
Crise Russie-Ukraine : quelles conséquences pour les achats d'énergie ?

Les prix de l'énergie atteignent des sommets sur le Vieux-Continent. Des inquiétudes pèsent fortement sur le gaz, dont les approvisionnements sont très dépendants de la Russie. Pour les acheteurs, il est indispensable de mettre en oeuvre des stratégies adéquates, pour maîtriser au mieux ce risque.

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Déjà fortement perturbés par la crise sanitaire, les prix de l'énergie font actuellement face à une volatilité extrême, en lien avec le conflit russo-ukrainien. "La volatilité que nous percevons depuis mi-2021 est sans commune mesure avec ce que nous connaissions auparavant. La conjoncture était déjà difficile en sortie de Covid mais, aujourd'hui, toutes les planètes sont alignées dans le mauvais sens", s'inquiète Thérèse Sliva Marion, consultante énergie et fiscalité énergétique, fondatrice d'Alambre Energies et membre du Codir CNA Hauts-de-France.

Selon l'experte, le gaz est aujourd'hui la matière la plus à risque en Europe. Le fournisseur russe Gazprom livre plus de 50 % du gaz en Allemagne et un peu moins de 20 % du gaz français. Cet approvisionnement est réalisé via des gazoducs.

Par ailleurs, Gazprom a annoncé le 26 avril 2022 qu'il allait cesser ses livraisons de gaz en Pologne et en Bulgarie. " Un arrêt de livraison plus large aurait des conséquences majeures en Europe. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous passer du gaz russe, sauf si nous diminuons drastiquement notre consommation ce qui est techniquement très difficile", affirme Thérèse Sliva Marion.

Une autre alternative serait de s'approvisionner en gaz naturel liquéfié (GNL), auprès d'autres fournisseurs. "Mais l'Europe n'est actuellement pas en capacité de remplacer l'ensemble des approvisionnements russes par des approvisionnements en GNL, d'un point de vue capacitaire", déclare la consultante.

Résultat : la guerre entre la Russie et l'Ukraine pèse actuellement fortement sur les cours, déjà très élevés, du gaz. "Cela provoque, du même coup, une destruction de la demande en Europe du fait de prix de gaz trop élevé pour certaines industries", observe Thérèse Sliva Marion.

En cas d'arrêt des livraisons de gaz russe, on peut s'attendre à voir les prix flamber encore plus. "L'Europe a désormais le prix du gaz le plus élevé dans le monde", constate Thérèse Sliva Marion. Cette hausse du prix du gaz impacte également, par ricochet, celui de l'électricité puisque son prix marginal est fixé en fonction de la dernière centrale de production appelée qui est souvent une centrale gaz.

Quelle stratégie d'achat adopter ?

La conjoncture actuelle, et à venir, risque de donner des sueurs froides aux acheteurs d'énergie. "Nous sommes actuellement dans une grande incertitude, il est important que les acheteurs se forment et se fassent accompagner sur ces problématiques", souligne la consultante.

Les acheteurs doivent adopter une stratégie de gestion du risque, dans un contexte de volatilité excessivement forte. "Cette stratégie doit être en ligne avec celle de l'entreprise", commente Thérèse Sliva Marion.

Par ailleurs, il ne semble pas opportun d'attendre une hypothétique baisse de prix en fin d'année avant d'effectuer une prise de position pour l'année suivante. "Plusieurs acheteurs se sont laissés "piéger" fin 2021 par la hausse fulgurante et inattendue des prix de l'électricité et du gaz, payant un prix beaucoup plus élevé que s'ils avaient opéré des prises de position régulières en cours d'année. Nous n'avons aucune visibilité sur les fluctuations à venir", rappelle l'experte.

Elle conseille également de mettre en place une stratégie intégrée, en impliquant les directions générale et financière dans les questions énergétiques. "Dans ce contexte, la direction des achats ne peut pas prendre de décision seule. Il faut également être très agile dans la prise de décision et étaler le risque de manière pluriannuelle", détaille Thérèse Sliva Marion. L'acheteur d'énergie doit aujourd'hui apprendre à évoluer dans un environnement hautement inflationniste et très incertain.

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