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[Avis d'expert] Après la Covid-19, disparition ou évolution de l'open-space ?

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[Avis d'expert] Après la Covid-19, disparition ou évolution de l'open-space ?

Déjà décrié avant la crise sanitaire, l'open-space est devenu le cauchemar des entreprises, favorisant potentiellement la propagation du virus. Dans ce contexte, serait-il voué à disparaître ? Les entreprises semblent avoir tout intérêt à encourager la diversification des modes de travail.

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Les mesures d'urgence pour faire face au virus ne sont pas toutes vouées à perdurer, le gouvernement choisissant parfois d'assouplir certaines règles. C'est le cas par exemple celle des quatre mètres carrés par salarié. Alors que reproche-t-on précisément à l'open-space ? En quoi le Covid-19 entérinerait-il son arrêt de mort ?

Historique

L'apparition de l'open-space s'est faite grâce à l'essor du secteur tertiaire et l'application de principes tayloriens au début du 20è siècle, principalement aux États-Unis. Depuis, il a été plusieurs fois revisité. Dans les années 1930, l'architecte américain Frank Lloyd Wright a mis l'accent sur l'éclairage et l'acoustique. Dans les années 1950, les allemands Eberhard et Wolfgang Schnelle inventent le "bureau paysager", favorisant l'apparition des plantes vertes, et permettant une meilleure circulation de l'information. Puis, dans les années 1960, l'architecte Robert Probst a commercialisé "l'Action Office" 1 et 2. Le premier ajoute de la modularité aux espaces de travail, tandis que le second "Cubicle", celui qui aura le plus de succès, permet théoriquement aux salariés à la fois d'échanger librement et de retrouver un peu d'intimité en étant assis à leur poste, grâce à des cloisons basses.

Des années 1960 à nos jours, l'open-space a évolué au gré des besoins des entreprises. Globalement, il a séduit non seulement les spécialistes de l'immobilier d'entreprise qui y voyaient une aubaine pour réduire leurs coûts, mais aussi par le fait qu'il promettait plus de réactivité et de convivialité entre les équipes.

Remise en question pré et post Covid-19

Cependant, le ressenti des collaborateurs était partagé : promiscuité, contrôle managérial et manque d'intimité en sont les principaux inconvénients. Selon la même étude OpinionWay, seuls 39% des Français ont une image positive de l'open-space.

Alexandre des Isnards, aujourd'hui spécialiste des nouveaux comportements au travail et des réseaux sociaux, précise dans son roman paru en 2008, L'open-space m'a tuer : "Tout le monde surveille tout le monde. Tout le monde s'entend, se voit, s'épie."

Avant même la crise sanitaire, d'après le baromètre Actineo 2019, 59% des salariés interrogés opteraient pour un bureau individuel fermé avec un poste de travail dédié. Ces personnes sont-elles rétrogrades ? Pas vraiment, parce qu'il semble que les principes fondamentaux de l'open-space n'ont pas été vérifiés dans la pratique. Un article universitaire de Harvard rédigé par les professeurs Stephen Turban et Ethan Bernstein démontre que les discussions en face-à-face ont baissé de 67% dans cet environnement. En effet, les collaborateurs y favorisent les échanges électroniques.

Le Covid-19 a renforcé les craintes des salariés amenés à travailler en open-space. En effet, promiscuité, densité au mètre carré, circulation : toutes les conditions semblaient être réunies pour favoriser la contamination. La vague mortifère associée à la pandémie a certainement exacerbé ces peurs.

Evolution des open-spaces vers les multi-spaces et recours aux nouvelles technologies

La généralisation du télétravail suite au confinement va-t-elle mettre fin à la vie de bureau ? Visiblement, ce n'est pas pour tout de suite. Bien qu'une étude commandée en 2012 par la Direction Générale des Entreprises démontre que le télétravail permet de gagner 5 à 30% de productivité, contre toute attente, 76% des personnes interrogées pendant le confinement par l'entreprise Deskeo(1) regrettaient leurs bureaux. Leur reprise devra être envisagée dans le respect des règles sanitaires, certes, mais à plus long terme, "l'experience at work" devra être une source de motivation supplémentaire, impossible à reproduire à distance. Salariés et employeurs pourraient ainsi faire tomber les barrières entre présentiel et distanciel en structurant le travail à distance, en favorisant la rotation des équipes sur site, en généralisant le flex office, en investissant dans les technologies permettant de moderniser les espaces de travail (automatisation de l'éclairage, technologies sans contact), mais aussi en garantissant des conditions sanitaires optimales (climatiseurs assainissants, protocoles de nettoyage stricts, clean desk...).

L'open-space ne disparaîtrait donc pas, mais sa transformation serait accélérée

Ainsi, malgré le Covid-19, les Français semblent être attachés à leur vie de bureau, y compris les 42% d'entre eux travaillant en open-space. Le confinement a renforcé le désir de flexibilité et d'autonomie grâce au télétravail et la crise sanitaire imposera des changements à court, moyen et long terme pour éviter de remettre l'économie en pause en cas de nouvelle pandémie.

Si l'on s'en tient au sens strict du terme open space, c'est-à-dire un espace de travail collectif sans cloison, bien que moins fréquentés car associés à des modes de travail distanciels, les espaces de travail envisagés post-Covid n'en seront que des évolutions. Il devrait donc continuer d'évoluer, comme il l'a fait depuis un siècle.

Par Gilles-André Bellance, consultant senior chez Square, spécialisé en conseil en organisation et management, principalement dans le secteur financier.


(1) Opérateur immobilier spécialisé dans le Flex office

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