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La question de la fin de vie des emballages

Si la co-construction avec ses fournisseurs existant peut s'avérer fructueuse et aboutir à des innovations, il est parfois nécessaire de travailler avec de nouveaux fournisseurs. "Quand on change de matière première, que l'on passe par exemple du plastique au maïs, on est souvent obligé de changer de fournisseurs. Ce qui veut dire qu'il faut revoir son panel fournisseurs, mais aussi repenser toute sa filière achats afin de s'assurer que ses fournisseurs auront, eux, bien accès à des matériaux autres que le plastique. Car ce n'est pas toujours évident, notamment pour les petits fournisseurs", met en garde Christophe Durcudoy (Argon & Co). Jérôme Tarting, p-dg de Up'n Biz, société qui accompagne les entrepreneurs, conseille, pour changer sa chaîne d'approvisionnement, de découper la chaîne en petits projets au lieu de tout faire en même temps.

Il propose par ailleurs d'alléger les cahiers des charges afin de toucher des petites entreprises de niche innovantes. "Des guides de bonnes pratiques dans lesquels de petites structures peuvent s'insérer sont même préférables à un cahier des charges classique", recommande Jérôme Tarting. Les achats ont donc plus qu'un petit rôle à jouer dans cette révolution autour du plastique : ils doivent mettre en place une toute nouvelle stratégie d'achats. La crise actuelle, qui oblige bien souvent à repenser son sourcing, peut être l'occasion d'inclure dans ses critères la question du plastique.

C'est également à la direction achats qu'incombe le devoir de se poser la question de la fin de vie des emballages, de la gestion des déchets. Cette question doit en effet se poser en amont pour pouvoir être bien traitée en aval. "Si l'on opte pour le recyclage, les emballages doivent pouvoir l'être facilement. Il faut par exemple que les différentes parties puissent être séparées pour être triées", prévient Christophe Durcudoy. C'est ce que fait, par exemple, Rainett pour les recharges de lessive sur lesquelles un film avec le nom de la marque peut se détacher pour faciliter le tri et le recyclage.

Nathalie Paillon (ObsAR) pense d'ailleurs que la démarche de réduction du plastique doit partir des déchets : "Il faut aller voir quels déchets sont produits par l'activité de l'entreprise et remonter toute la chaîne pour comprendre lesquels auraient pu être évités", conseille-t-elle. Ce qui permettra de se poser la question des emballages utilisés, mais aussi de la conception des produits en eux-mêmes pour qu'ils puissent être réparés, réutilisés, recyclés et non plus seulement jetés. Christophe Durcudoy invite aussi à se poser la question des stocks, qu'il s'agit également de ne pas jeter. "Il est préférable de bien prévoir pour acheter au minimum et d'être agile et réactif", pense-t-il. Jeter les invendus devrait d'ailleurs devenir interdit d'ici à fin 2021, selon un souhait du gouvernement.

La réflexion autour du plastique ne doit cependant pas être vue comme une contrainte, mais comme une opportunité. Une opportunité de renouer le dialogue avec ses fournisseurs sur des sujets d'avenir. Une opportunité, aussi, d'innover. Jérôme Tarting (Up'n Biz) cite The Box, une boîte développée par la société nantaise LivingPackets et primée au CES de Las Vegas en janvier dernier : conçue en matériau recyclé, elle est réutilisable 1 000 fois et intègre des technologies pour être géolocalisée et savoir si tout se passe bien en termes de chocs, d'humidité... De quoi révolutionner l'envoi et la réception de colis, tout en préservant l'environnement.

"Nous choisissons la meilleure technologie, en nous préoccupant en priorité de la question de la sécurité alimentaire"

Rémi Rocca

Rémi Rocca, directeur achats, environnement, qualité et logistique de McDonald's France

McDonald's France ne cesse de chercher des solutions alternatives au plastique. Après l'arrêt emblématique des boîtes en polystyrène pour emballer ses sandwichs (qui sont désormais en carton 100% certifié), la chaîne de restauration rapide a remplacé les bols de ses grandes salades (désormais en fibres moulées), a adopté des couverts en bois et supprimé les couvercles de ses glaces McFlurry. "Un de nos fournisseurs a eu l'idée de nous proposer quatre ailettes sur une boîte en carton qui font office de couvercle", décrit Rémi Rocca, directeur achats, environnement, qualité et logistique de McDonald's France.

Dernière innovation en date : la suppression des pailles et des couvercles pour les gobelets de boissons froides, remplacés en novembre 2019 par un couvercle avec paille intégrée. "Les alternatives au plastique existaient pour les pailles, mais pas pour les couvercles. Nous nous sommes inspirés de ce qui existe pour les boissons chaudes, mais en fibres. Il s'agit de la même technologie que la boîte à oeufs", explique Rémi Rocca.

Ces nouvelles innovations sont co-construites avec les fournisseurs du groupe, qui proposent des prototypes en fonction des demandes de McDonald's France. "Nous choisissons la meilleure technologie, en nous préoccupant en priorité de la question de la sécurité alimentaire. Nous nous soucions également de la durabilité du sourcing : nous ne souhaitons pas qu'il y ait davantage d'arbres coupés que plantés. Enfin, la rapidité de la mise à disposition est également importante", indique Rémi Rocca. Les fournisseurs sont également proactifs et proposent parfois eux-mêmes des alternatives efficaces.

Avec de telles innovations, McDonald's France, dont les emballages sont déjà constitués à 90% de fibres naturelles, espère supprimer les 10% restant en 2020. "Nos emballages représentent 1 200 tonnes de plastique par an. Avec l'adoption de ces nouveaux couvercles, nous serons à moins de 4 000 tonnes de plastique par an", rapporte Rémi Rocca. Pour atteindre l'objectif de 0 plastique dans ses emballages, le groupe devra s'attaquer aux gobelets à glace et aux couvercles de boissons chaudes. "Il faudra trouver une technologie permettant de résister à la vapeur et à la chaleur", souligne Rémi Rocca.

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Eve Mennesson

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