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8 millions de protections hygiéniques par mois: un marché inédit pour le CROUS

Publié par Aude Guesnon le - mis à jour à
8 millions de protections hygiéniques par mois: un marché inédit pour le CROUS

Toute la difficulté, pour le directeur d'achats, Jean-Marc David, a été d'estimer le besoin pour ce marché inédit, mais aussi de s'assurer, comme l'a voulu la ministre, que les produits achetés soient "respectueux de l'environnement".

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Pour faire suite à l'engagement de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, qui a annoncé le 23 février 2021 la mise à disposition gratuite de protections hygiéniques, la centrale d'achat du réseau des Crous a lancé un appel d'offres pour acheter plus de 8 millions de protections périodiques par mois. L'objectif est de mettre à disposition gratuitement ces protections hygiéniques à la population étudiante qui loge dans les résidences universitaires des Crous et/ou fréquentent les lieux de restauration.

Deux principaux lots ont été constitués pour répondre à des besoins légèrement différents des 24 Crous métropolitains et des 2 Crous ultramarins. "Pour la partie "résidences", qui représente 1,5 million de protections périodiques par mois, nous avons besoin d'un prestataire qui fournisse les protections périodiques ainsi que les distributeurs (environ 800). Ce sont nos agents qui assureront le rechargement de ceux-ci. Pour la partie "restauration", en revanche, nous avons besoin d'un prestataire qui fournisse environ 6,8 millions de protections périodiques par mois, mais aussi qui soit susceptible, en option, de gérer le réapprovisionnement des distributeurs (environ 300) car nos équipes ne pourront pas systématiquement assumer cette mission", explique Jean-Marc David, directeur achats de la centrale d'achat.

Toute la difficulté de ce marché a été d'estimer le besoin. Jean-Marc David et son équipe se sont notamment appuyés sur l'expérience de certains Crous qui ont déjà mis des protections hygiéniques à disposition de la population étudiante.

Jean-MArc David

"Suite à la déclaration de la ministre, afin de répondre au plus vite aux attentes, les Crous se sont lancés sur ce marché à une échelle académique. Il était important que la centrale d'achat prenne en charge ce dossier compte tenu des volumes et de l'impact financier, commente Jean-Marc David. S'il est facile de connaître le nombre de personnes logées dans les résidences et relativement aisé d'estimer le nombre de personnes qui fréquentent les lieux de restauration, il est plus compliqué d'envisager le nombre d'étudiantes qui utiliseront ces protections périodiques et le taux de prise. "Nous logeons 180 000 étudiants, environ 54% sont des jeunes filles. Quant à la restauration, je connais le nombre de passages en caisse. J'ai là aussi jugé que 50% des tickets sont achetés par des jeunes filles", raconte Jean-Marc David. La calculatrice a fait le reste: 1,5 millions de protections par mois environ pour les résidences et 6,8 millions pour la partie restauration.

L'équipe achats a étudié le marché: les fabricants de protections périodiques sont légion, le risque est donc faible de voir l'appel d'offres infructueux sur la partie "résidence". Pour la partie "restauration", elle est dans l'incertitude car les acteurs identifiés n'intègrent pas la partie prestation de service dont elle a besoin. "Et comme nous n'avons pas recours à des sous-traitants type FMers, qui pourraient assurer cette partie, nous avons impérativement besoin d'ajouter cette prestation de "rechargement", précise le directeur achats. "Nous nous laissons donc la liberté de déclarer sans suite ce lot dans le cas où les prestataires ne répondent pas à ce besoin où y répondent de façon trop onéreuse."

Lorsque le marché sera déployé, les Crous qui ont lancé des démarches individuelles intégreront le marché national porté par la centrale d'achats du réseau.

Produits "vertueux"

Autre difficulté, répondre à la contrainte de la problématique développement durable. "Or il n'existe pas de réglementation officielle qui encadre la fabrication de ces produits puisque nous ne sommes pas sur des dispositifs médicaux", le directeur achats et son équipe ont planché le sujet. Ils ont sollicité les acteurs de ce marché pour obtenir le maximum d'informations quant à la composition des produits, à l'origine des matières premières et aux process de fabrication. "Au premier sourcing, nous nous sommes rendu compte que chacun assurait être plus vertueux que ses concurrents." L'équipe a donc creusé. Labels, rapports toxicologiques, fiches techniques, rapport ANSES. Ils ont tout épluché "et travaillé à livre ouvert avec les fabricants" pour comprendre la fabrication mais aussi pour étudier leur démarche RSE. "Dans les appels d'offres, nous avons signifié que 50% de la note finale sera sur la partie technique/qualité, qui intègre donc tout ce qui est RSE, et 30% sur le tarif. Les 20% restants seront sur la partie logistique et l'ensemble des ressources mises en oeuvre sur la partie communication; pour communiquer autour de la bonne utilisation de ces produits (syndrome du choc toxique) et de leur composition."

Les offres doivent être remises pour le 21 juin. "Nous avons laissé plus de temps que pour un appel d'offres classiques afin que les entreprises intéressées puissent étudier le dossier. Je pense que ce sera un marché très concurrentiel", commente Jean-Marc David, "parce qu'il est extrêmement important et sans commune mesure avec d'autres marchés passés par d'autres entités telles les conseils régionaux, qui ne sont pas sur de tels volumes." L'équipe de la centrale d'achat se laisse ensuite deux semaines pour étudier les propositions. "S'il n'y a pas de souci, nous devrions avoir attribué le marché à la mi-juillet pour un déploiement en septembre", précise Jean-Marc David.


"Le soutien aux étudiants doit se faire sous toutes ses formes"

Dans le cadre d'une rencontre avec des étudiants à Poitiers mardi 23 février 2021, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation a annoncé une nouvelle mesure de lutte contre les précarités : la gratuité des protections périodiques.

Cette annonce, avait alors précisé le ministère, faisait suite à "un travail de concertation entre la ministre et de nombreux acteurs investis sur le sujet : des parlementaires, les organisations étudiantes représentatives, ou encore l'association Règles élémentaires. Les travaux parlementaires menés ces derniers mois sur le sujet ont permis de mesurer l'ampleur du phénomène. Grâce à cette mobilisation, en touchant un large public, ces travaux permettent aussi de lever le tabou des règles et de rendre visible cette précarité trop longtemps sous-estimée ou méconnue."

Selon une étude réalisée par l'Association fédérative des étudiants de Poitiers et l'Association nationale des étudiants sages-femmes en février, dans l'enseignement supérieur, "1/3 des personnes aurait besoin d'aide pour pouvoir acheter des protections périodiques. La précarité menstruelle est un enjeu collectif et une véritable question de dignité, de solidarité et de santé". "Il est inacceptable qu'en 2021 on doive choisir entre se nourrir et pouvoir se protéger", avait déclaré Frédérique Vidal.

"Parce que le soutien aux étudiants doit se faire sous toutes ses formes", la ministre a annoncé que, dans les prochaines semaines "les résidences universitaires des CROUS et les services de santé universitaires seront équipés en distributeurs de protections hygiéniques gratuites et respectueuses de l'environnement". A partir de la rentrée de septembre, ces distributeurs seront déployés sur l'ensemble des campus universitaires.


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