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Emballages et conditionnement - des contraintes écologiques à la création de valeur

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Emballages et conditionnement - des contraintes écologiques à la création de valeur

Les critères écoresponsables bouleversent les chaînes d'approvisionnement. Même si le virage écologique reste souvent cantonné aux solutions de transport et d'énergie, les emballages évoluent à la faveur d'innovations prometteuses.

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Une étude publiée en avril dernier par la plateforme d'expédition Sendcloud indique que plus de la moitié des consommateurs français (56%) redoute les conséquences environnementales qui pourraient découler de l'essor important du e-commerce. Les emballages utilisés sont en tête de liste des préoccupations évoquées : 82% des personnes interrogées considèrent que ceux-ci devraient être entièrement recyclables. Et ils sont 67 % à penser que les e-commerçants les emploient en trop grande quantité lors de l'envoi des commandes. Des chiffres qui témoignent de temps qui changent et qui placent les problématiques des emballages et du conditionnement au coeur des nouveaux défis des chaînes d'approvisionnement.

Les initiatives en faveur de pratiques plus écoresponsables se multiplient d'ores et déjà, à l'image du partenariat qui a vu le jour il y a quelques mois entre La Poste et l'entreprise finlandaise RePack qui propose un service de colis réutilisables. L'objectif principal de ce rapprochement est d'optimiser la performance environnementale et l'efficacité du service, et de fournir une solution de livraison durable à un plus grand nombre d'acteurs français. L'emballage est en matériau 100 % recyclé, et peut être réutilisé au moins 20 fois. Il est de nouveau recyclé en fin de vie. Après réception du colis, le RePack doit simplement être plié et glissé dans une boîte aux lettres ou déposé dans un point de collecte. La solution prend à son compte les coûts de la logistique retour et de la remise en circulation de l'emballage.

Des innovations portées par les stratégies RSE

L'intégration de critères écoresponsables dans les chaînes d'approvisionnement est récente. Guillaume Delaval, directeur RSE chez ID Logistics, constate "une évolution forte depuis environ trois ans. Des pure players, des entreprises qui développent des branches d'e-commerce ou, encore, les livraisons à domicile ont ouvert la voie. Aujourd'hui, les priorités RSE s'étendent largement, mais il est vrai que les mesures prises concernent d'abord l'énergie et les transports, et assez peu l'emballage."

Pour autant, les usages et les décisions changent très vite. "Les demandes de remplacement d'emballages polluants ne sont plus rares. Un grand nombre d'emballages perdus concerne le plastique. On veut alors qu'il soit davantage recyclable, donner la possibilité d'une vie a posteriori plus acceptable. Le recours aux matières déjà issues du recyclage, ou le transfert souhaité par le client vers du carton, bien moins polluant en termes d'impact carbone, vont connaître rapidement une forte croissance", poursuit-il. Sur les emballages non perdus, qui sont renvoyés au logisticien, la demande de plastique réutilisable, pliable et empilable, affiche globalement une hausse. "Certains secteurs tels le textile ou la cosmétique sont décrits comme avant-gardistes. Ils consacrent davantage de moyens, de temps à l'emballage, et disposent souvent d'une réflexion plus aboutie, pour des raisons marketing", souligne Guillaume Delaval. La tendance semble désormais être à la généralisation.

"Les problématiques environnementales deviennent centrales pour tous les secteurs. Nous observons que l'urgence climatique convainc même les activités n'ayant pas d'enjeux d'image verte très forts vis-à-vis de leurs clients de franchir le pas vers les emballages écoresponsables", constate Katia Michieletto, qui pilote le groupe de travail Supply chain For Good au sein de l'association France Supply Chain.

Un levier d'efficacité

Ulrick Parfum, directeur achats et marketing produits, chez le spécialiste des solutions d'emballage Raja, est confronté à des attentes sur le plan RSE de plus en plus fortes : "86 % de nos produits actuels sont achetés en Europe. Et 95 % de nos fournisseurs sont européens. Notre politique achats est alignée sur notre politique de vente, et contribue aux développements RSE, ce qui n'est d'ailleurs pas antinomique avec la compétitivité des achats."

Raja a élaboré des emballages avec une deuxième bande adhésive intégrée, permettant de gérer le retour du colis, sans être obligé de récupérer un autre carton et un nouvel élément adhésif. Un atout environnemental qui représente aussi une source d'optimisation économique. "Le ROI peut tout à fait être positif avec des solutions d'emballage tournées vers l'avenir, ce qui est parfois méconnu. Il est intéressant, par exemple, d'investir dans les solutions de découpe permettant d'obtenir la bonne quantité de matière pour emballer le produit. L'élimination du vide se traduit par un gain de matière, puis, en aval, par un gain de transport", explique Paco Ribagnac, qui fait aussi partie du groupe de travail Supply chain For Good.

Lire la suite en page 2 de cet article: Focus -Connecter les idées et savoir-faire - / - Des matériaux innovants qui cartonnent


Il existe désormais des solutions WMS (Warehouse Management System) qui permettent de sélectionner la taille appropriée de l'emballage au moment où une commande est constituée. En fonction de différents critères comme la taille, la volumétrie, on peut ainsi déterminer le packaging le plus approprié. "La boîte ajustée au produit a pour avantage de réduire le vide chez le transporteur. Nous développons aussi de l'emballage sur mesure qui s'adapte à la taille du produit, grâce à des machines spécifiques qui formatent le contenant en conséquence", souligne Guillaume Delaval.

De son côté, "Raja met aujourd'hui en avant 1 200 formats disponibles, et propose le bon conditionnement pour le bon produit. Même au-delà de ce vaste catalogue, la personnalisation et la conception sur mesure sont possibles", ajoute Henri Serre, directeur commercial grands comptes au sein de l'entreprise. Dans les stades intermédiaires de la chaîne d'approvisionnement, l'emballage a aussi une vocation de facilitation de manutention, d'optimisation des transports. En raison de leur épaisseur, certains cartons sont moins écologiques, mais ils permettent d'empiler davantage de couches, d'optimiser le chargement des camions, et donc de réduire les flux d'acheminement.

Une autre source de valeur se situe au niveau marketing. "L'emballage est la première image que l'on a du produit souhaité. C'est un point important à ne pas oublier. Il y a, en conséquence, un travail nécessaire à effectuer sur la mise en valeur : les cartons doivent être faciles à ouvrir, faciles à retourner, ne pas porter atteinte à leur contenu...", assure Guillaume Delaval.

Pour Ulrick Parfum, "l'effet "Whaou", l'impression, les propriétés écoresponsables des matériaux, c'est-à-dire leur caractère recyclé ou recyclable, l'utilisation de la juste quantité des emballages, sont un ensemble de critères devenus fondamentaux. Il faut les respecter et les faire évoluer de façon conjointe."

Focus - Des matériaux innovants qui cartonnent

Le groupe L'Occitane, spécialiste des cosmétiques, a banni le plastique au profit du carton. Pour l'intérieur de ses emballages, les papiers de type kraft ou nid d'abeilles sont devenus la règle, en plus d'une optimisation des volumes utilisés. Guillaume Delaval cite l'exemple "d'un acteur connu de l'alimentaire qui vient d'annoncer pour ses produits frais le remplacement du polystyrène par des matériaux d'emballage à base de bambou. On se tourne progressivement vers des solutions de moins en moins carbonées, si bien que l'emballage recyclé, recyclable, réutilisable, compostable est aujourd'hui au centre de nombreux projets."

L'un des enjeux consiste à recourir à matériaux aussi résistants que ceux utilisés jusque là, mais avec des épaisseurs moindres. L'un des produits phares à venir serait le paptic, une fibre innovante plus résistante que le papier, mais qui n'est pas du plastique. Certains fournisseurs d'emballages se positionnent sur des matières naturelles renouvelables, telles que l'amidon de maïs, la fibre de sucre de canne, la feuille de palmier. La pâte à papier, fabriquée à base de bois en provenance de coupes d'éclaircies nécessaires à l'entretien des forêts ou de chutes de bois et de copeaux récupérés dans les scieries, constitue une autre alternative parfaitement écoresponsable.

Les recherches sur la nature des matériaux s'accompagnent de projets d'ajustement des formats pour réduire les volumes tout en assurant la préservation des contenus. Les boîtes télescopiques, les étuis et solutions dotées de calage intégré ont ainsi le vent en poupe.

Focus - Connecter les idées et savoir-faire

Le groupe de travail intitulé Supply chain For Good a été créé par France Supply Chain pour faire avancer les projets dans ce domaine. Ce groupe rassemble des acteurs aux profils très diversifiés, tels qu'Orange, Louis Vuitton, ou des logisticiens comme FM Logisitic. "Concrètement, l'objectif est le partage de points de vue et d'expériences sur différents axes de travail complémentaires. L'éducation du consommateur à travers des messages écoresponsables, l'élimination du vide lors des transports, les types de matériaux utilisés, la qualité perçue de l'emballage qui ne doit pas faire oublier sa fonction première de protection du produit, sont autant de thématiques autour desquelles il s'agit de faire émerger de nouvelles idées", détaille Paco Ribagnac.

L'initiative intéresse déjà de nombreux acteurs qui semblent conscients de la nécessité de confronter les regards, les approches, les connaissances, pour mieux innover en matière. "À titre d'exemple, les logisticiens vont naturellement s'intéresser d'abord à l'optimisation des processus logistiques. D'autres membres se penchent plutôt sur la seconde de vie de l'emballage. Le témoignage de l'un peut être très utile à l'autre", illustre-t-il. Le groupe de travail a vocation à sortir des livrables, des POC, et à connecter des professionnels. "L'idée est de créer une communauté, en intégrant sans cesse de nouveaux acteurs ayant volonté d'innover sur ce terrain. Des fournisseurs de tous horizons se joignent à nous, y compris de petites start-up imaginatives", se réjouit Katia Michieletto.

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