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Renforcer les liens avec ses fournisseurs

"La relation clients / fournisseurs doit être renforcée pour avoir accès à davantage d'informations, notamment d'ordre opérationnel", insiste Isabelle Catry Martin. Elle recommande par exemple de regarder si les fournisseurs ont mis en place des éléments de résistance à la crise comme le PGE, un dispositif RH en cas de contamination, etc. Frédéric Thielen enjoint à adjoindre aux audits traditionnels des aspects liés à la sécurité, comme la sécurité sanitaire ou encore la cybersécurité.

D'après l'étude AgileBuyer / CNA, 86% des entreprises ont ainsi renforcé le suivi de leur relation fournisseur. "De nombreuses entreprises ont mis en place dès le premier jour du confinement des cellules de crise avec leurs fournisseurs. Cela est utile pour suivre ce qui se passe", analyse Olivier Wajnsztok. Ces cellules de crise ont permis d'identifier mieux et plus rapidement à quels risques étaient exposés les fournisseurs. Mais aussi de les aider dans leurs recherches de solutions. Les donneurs d'ordres peuvent ainsi, dans la limite où cela ne les met pas à leur tour dans une situation difficile, payer leurs fournisseurs en avance. Surtout, davantage de visibilité peut leur être donnée afin qu'ils puissent établir des plans de trésorerie plus précis.

Au-delà de faciliter la gestion des risques, cette relation plus en proximité avec ses fournisseurs va apporter d'autres avantages. "Les fournisseurs vont favoriser les clients qui ont été attentifs à leurs difficultés, ceux qui les ont aidés", estime Annie Sorel, fondatrice et présidente de l'agence d'éco-achats A.S.E.A et vice-présidente de l'ObsAR. Isabelle Cautry Martin souligne, quant à elle, que cela va permettre de mieux connaître ses fournisseurs et, donc, de mieux constituer ses panels.

Détecter les signaux faibles

Au-delà des informations puisées auprès des fournisseurs, il est important de glaner des données externes. Frédéric Thielen pense qu'il est indispensable de s'intéresser aux signaux faibles, qu'ils soient sectoriels, climatiques, géopolitiques... "La gestion du risque fournisseurs va devenir de plus en plus dynamique pour gagner en efficacité : les informations analysées ne proviendront plus uniquement des fournisseurs et des bases traditionnelles", indique-t-il. Pour effectuer cette veille, des outils digitaux existent comme le web crawling. Cela ne veut pas dire qu'il faut repartir de zéro quant à l'analyse de ses risques fournisseurs. "Il s'agit de mettre à jour les informations fournisseurs ou de les compléter sur les aspects les plus critiques", précise Isabelle Cautry Martin.

Pour Annie Sorel, raisonner en coût global, permet de mieux gérer les risques : "La notion de coût global, contrairement au TCO, intègre les risques encourus par l'entreprise, mais aussi les opportunités. L'idéal est de réfléchir en coût du cycle de vie en prenant en compte les externalités comme l'impact environnemental ou la création d'emplois locaux". Elle parle également du risque d'image ou de réputation, donnant l'exemple du Rana Plaza ou de l'affaire Spanghero. "Si les risques de défaillance fournisseurs ou de rupture de supply chain sont pris en compte, d'autres comme les risques de pollution ou de conflits sociaux ne sont pas étudiés. Acheter responsable c'est intégrer ces risques et créer de la valeur", poursuit-elle. En effet, les consommateurs sont de plus en plus soucieux de savoir où les produits qu'ils achètent ont été fabriqués, d'où proviennent chacun des éléments qui les composent. Se soucier des risques, c'est donc aussi créer des opportunités.

Une fois l'ensemble de ces risques analysés, il s'agit bien sûr de mettre en place des actions de sécurisation. "Celles-ci passent à la fois par des plans de soutien (prise en charge des achats matières, soutien financier, allègement des conditions de paiement, soutien opérationnel) et également par l'identification rapide de sources alternatives, moins exposées et de préférence à proximité", explique Alain Galloni, associé, Operations Strategy & Digital chez PwC Strategy&. En effet, il faut penser à la régénération de son panel. Sans être indifférent au sort de ses fournisseurs, il est évident que tous ne pourront pas être soutenus et qu'il faut en parallèle construire des solutions de remplacement, préparer la réversibilité, explique Isabelle Catry Martin. C'est ainsi qu'il est beaucoup question de relocalisation ces dernières temps : il s'agit de l'aboutissement d'une réflexion autour du risque fournisseurs.

Isabelle Catry Martin reconnaît cependant que cela n'est pas simple : "Réallouer les besoins capacitaires sur un autre fournisseur peut prendre entre 6 et 24 mois selon le secteur et l'imbrication entre processus clients et fournisseurs". Raison de plus pour s'en préoccuper le plus rapidement possible ! Alain Galloni expose un autre levier : adapter la définition et les spécifications techniques du produit acheté pour permettre à d'autres fournisseurs de le réaliser. "La crise Covid-19 a montré comment certains industriels étaient capables de reconvertir leurs moyens de production pour basculer sur des fabrications de produit en situation de pénurie", observe-t-il. Fournisseurs et donneurs d'ordres doivent donc avant tout faire preuve d'agilité pour gérer au mieux les risques.

Les outils prédictifs, plébiscités

D'après l'étude AgileBuyer / CNA, seules 10% des entreprises utilisent un outil prédictif complet d'identification et d'élimination des risques pour toutes les familles d'achats et secteurs d'activité. Mais 46 % des départements achats envisagent de mettre en place un tel outil. Pour Frédéric Thielen, directeur chez KPMG France, les outils prédictifs seront adoptés par les directions achats à l'heure du bilan, une fois l'urgence passée. KPMG France a d'ailleurs organisé avec le CNA Nouvelle Aquitaine un webinaire consacré aux risques fournisseurs qui a fait la part belle à ces outils prédictifs. "On passe d'une analyse statique, à froid, des situations présentes à l'utilisation d'outils statistiques qui permettent de suspecter l'arrivée d'un risque en croisant un faisceau d'informations internes et externes, comportant des signaux faibles", a décrit Michael Soussan, directeur chez KPMG France. Et ce, sur l'ensemble de la supply chain. Cela permet d'être plus réactif et donc de réduire l'impact de la crise.

KPMG France donne l'exemple d'un client qui utilise un tel outil et qui a pu identifier un risque d'inondation... qui a bel et bien eu lieu 40 jours plus tard ! Ce qui a laissé le temps à la direction achats de prendre les mesures nécessaires. Attention, cependant, de tels outils ne sont pas magiques et nécessitent une bonne organisation en interne afin d'établir le niveau de risque acceptable, et surtout de prendre rapidement les décisions en réponse aux risques identifiés.

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Eve Mennesson

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