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Publié par Aude Guesnon le | Mis à jour le
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Comment les achats travaillent-ils sur le projet EPR dont on connaît les difficultés ?

D'une façon générale, sur tous nos achats (d'équipements, de prestations, de services, d'IT, etc.), nous avons l'objectif d'être davantage force de proposition auprès des métiers en leur fournissant une bonne vision du marché et des offres de marché, pour qu'ils puissent, avec leurs connaissances et leurs exigences, faire leurs choix industriels. L'organisation que nous souhaitons mettre en place cet automne doit répondre à ce besoin.

Depuis plus d'un an, nous avons élaboré des dispositifs d'ingénierie contractuelle pour être capable de travailler différemment les consultations avec nos métiers, de ne plus lancer des consultations systématiquement sur des cahiers des charges très spécifiques et d'être en mesure de travailler en dialogue compétitif, i.e sur la base d'un cahier des charges fonctionnel. Nous demandons à nos fournisseurs quelles réponses ils peuvent apporter à nos besoins fonctionnels. Nous l'avons fait, par exemple, pour la construction des futurs centres de crise locaux sur les centrales nucléaires. C'est plus long à l'achat, mais cela permet d'avoir un vrai dialogue avec nos fournisseurs, d'échanger sur leur capacité à faire, sur les technologies et façons de procéder, et donc d'être beaucoup moins prescriptifs dans le besoin, dans la façon dont ils allaient répondre à ce besoin. Nous prévoyons une indemnisation financière pour les acteurs non retenus à l'issue des procédures de dialogue compétitif. D'une manière générale, nous devons construire une relation partenariale avec nos fournisseurs pour être en mesure de chercher l'innovation chez nos fournisseurs afin de "driver" notre propre innovation et de créer une situation pérenne et apaisée.

Nous avons également travaillé à la révision de notre modèle contractuel.Nos CGA et CPA s'étaient complexifiées avec le temps en raison des négociations successives avec les fournisseurs et les organisations professionnelles. Certains fournisseurs considéraient que notre modèle contractuel sortait des standards pratiqués dans le monde industriel et s'estimaient exposés à des niveaux de risques inacceptables au regard de leurs choix industriels, du fait notamment du cumul des plafonds de responsabilités contractuelles prévu. La révision du modèle contractuel, déployé en juin 2020, vise à un meilleur équilibre des risques entre EDF et ses fournisseurs. C'est clé pour la bonne exécution des marchés et la construction d'une relation de confiance.

Aujourd'hui, le tandem acheteur / prescripteur conduit en amont des consultations une analyse de risques, pour identifier les enjeux, les difficultés, les risques et les parades à mettre en oeuvre pendant la durée de vie du contrat. Ainsi cette analyse, partagée avec les compétiteurs, nous permet d'adapter nos clauses contractuelles (dont notamment les plafonds de responsabilités de nos fournisseurs) à la réalité à laquelle nous allons être confrontés. S'il s'agit d'un marché standard, c'est-à-dire sans risque particulier, nous avons un modèle contractuel prédéfini avec un niveau d'exposition plus léger de nos fournisseurs en termes de pénalités. Si nous sommes sur un marché à enjeux, avec des risques spécifiques, dans ce cas nous modulons le plafond d'exposition de nos fournisseurs dans un souci de construire une relation équilibrée en termes de partage du risque et pour s'assurer d'une exécution apaisée du contrat.

Comment mesurez-vous la performance achats de votre service ?

Sur le plan quantitatif, c'est évidemment très simple. Lorsque nous mettons en place un nouveau marché, nous comparons le coût avec celui du marché précédent. Sur le plan qualitatif, nous réfléchissons actuellement à des indicateurs que nous pourrions appliquer pour mesurer la valeur ajoutée apportée aux métiers au travers de l'organisation que nous voulons mettre en place. Comme toute fonction achat, nous travaillons pour la performance d'autrui, à savoir les métiers. Sur la mesure qualitative, nous sommes sur une démarche de mesure du temps de l'acte d'achat. Jusqu'il y a deux ans, les métiers percevaient l'acte d'achat comme quelque chose d'extrêmement lent. La direction des achats avait alors mis en place des gabarits en fonction du montant acheté (la direction des achats Groupe n'intervient qu'à partir d'achats à hauteur de 20 000 euros) avec des délais maximum dans lesquels nos achats doivent être réalisés.

Cette approche a été positive pour rationaliser les processus, mais notre travail est aujourd'hui rentré dans une forme d'automatisme, sans réflexion sur la pertinence de la durée de l'acte d'achat concerné. Or, s'il existe des choses très simples ou standards à acheter pour lesquels nous pouvons appliquer un gabarit, il y a aussi des achats complexes qui prennent du temps, et les gabarits nous empêchent de nous interroger sur la pertinence de nos gestes du fait de la pression temporelle. Nous travaillons à faire évoluer ces indicateurs de gabarit de délai vers une logique de délai répondant au besoin du métier.

Par ailleurs, nous avons mis en place une démarche de partenariat productivité. En cours d'exécution des contrats, nous travaillons avec nos fournisseurs sur une façon différente d'opérer le contrat dans un souci de moindre dépense.

Nous sommes ainsi conjointement dans une démarche d'amélioration continue, avec un gain partagé entre nos fournisseurs et EDF. Nous mesurons ce gain selon trois dimensions : la dimension financière pure (montant restitué), le coût évité et la mesure gain de temps de la réalisation de la prestation. Même si nous travaillons avec la direction financière sur la mesure de la performance achats, à travers l'évolution des indices de prix, les coûts évités, etc., cette performance achats reste dans l'absolu toujours difficile à mesurer et à retrouver in fine dans le compte de résultat du groupe. Je souhaite donc que l'on porte cette performance achats auprès de nos interlocuteurs (métiers, direction financière, etc.) avec beaucoup d'humilité et que l'on mette en avant uniquement la performance que l'on retrouve dans le compte de résultat.


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Aude Guesnon

Rédactrice en chef de décision-achats.fr et de Décision Achats

Après avoir exercé plus de dix ans en tant que réactrice en presse quotidienne, j’ai voulu découvrir un autre pan du métier : je suis devenue secrétaire [...]...

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