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Publié par Aude Guesnon le | Mis à jour le

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"Soyons humbles sur ce que l'on essaie d'imposer aux autres"

Les élèves ont ensuite emmené nos intervenants sur le sujet du sourcing à l'international. "Quels sont les outils permettant de vérifier la fiabilité d'un fournisseur dans un pays étranger qui n'impose pas les mêmes normes et règlementations?"- Quels sont les risques et les opportunité - "Comment s'assurer qu'un pays dit à risque présente des opportunités qui justifient de prendre des risques?", etc. Là aussi, les réponses ne furent pas aussi tranchées que l'auraient sans doute souhaité ces jeunes professionnels. Car tout est affaire d'appréciation et de mesure. "Il n'y a pas de réponse universelle. il n'y a que des réponses sur mesure sur des sujets particuliers", a souligné Eric Seassaud, directeur juridique de Vinci Construction. D'autant que, comme l'a indiqué Stéphane Baillargeau, il existe des cas de figure différents de sourcing qui n'induisent pas la même appréciation et gestion des risques: "soit vous sourcez dans un pays étrangers pour faire utilisation de cet approvisionnement en France, soit vous sourcez à l'international car vous faites du business en local. L'acceptation des risques et la gestion fournisseurs ne seront, de fait, pas les mêmes."

S'il s'agit d'un sourcing pour approvisionner la France, "Vous devez être en mesure de vérifier votre chaîne logistique fournisseurs jusqu'au bout du monde et vous en portez la responsabilité juridique. Le risque peut conduire à ne pas faire appel à certains fournisseurs mais ce sujet est managérial; c'est la direction générale qui doit s'en saisir", a précisé Eric Seassaud. S'il s'agit de s'implanter en local pour y créer une activité économique, il faudra considérer des risques autres que ceux liés à la RSE ou à la sécurisation des approvisionnements: "Quel que soit le pays, vous allez être confrontés à des environnements normatifs qui vont créer des contraintes. Il faudra aussi considérer les environnements locaux car, pour y travailler, il vous faudra, par exemple, déployer une série de mesures de sécurité dont le coût doit être identifié avant la passation de contrat", a commenté l'avocat. Et Christophe Marie, consultant achats chez Nicestha, de rappeler les basiques :"Il faut bien partir du besoin, aller chercher l'ensemble des contraintes, pour vérifier la faisabilité d'un projet et savoir s'entourer d'experts du pays; de tiers de confiance", a t-il conseillé. En plus d'experts, il ne faut pas hésiter à utiliser le réseau des ambassades, les acteurs économiques déjà implantés dans le pays, a commenté Stéphane Paillot, "et solliciter les fournisseurs que vous avez dans d'autres pays et qui connaissent ce territoire".

Une chose est sûre: à l'international, les acheteurs seront des caméléons, - "ce sera à vous de vous adapter et pas aux autres à s'adapter à vous" - qui ne devront jamais perdre de vue le fait que "la perception occidentale des choses est minoritaire dans le monde", a précisé Bertrand Duviquet. "L'international rend humble", a abondé Stéphane Baillargeau. Il ne faut pas arriver avec trop de certitudes. Soyons humbles sur ce que l'on essaie d'imposer aux autres. Si vous tentez d'appliquer in extenso les clauses habituelles, vous risquez de repartir avec zéro fournisseur. Ce n'est pas pour autant qu'il faut tout accepter". Lui préfère nettement la démarche consistant à accompagner un fournisseur local dans le cadre d'une démarche d'amélioration continue. Et mieux vaut, dans ce cas avoir des équipes en local pour suivre cette évolution, ont souligné nos décideurs.

A l'international, le risque est, par essence protéiforme. L'acheteur, ont conseillé nos décideurs, a intérêt à ouvrir grand les yeux et l'esprit pour comprendre le monde et tenter d'anticiper les crises. "L'acheteur doit être un observateur. Il doit lire, s'informer pour avoir un niveau d'information suffisant sur les zones où il opère. Pour envisager les risques potentiels et comment s'en arranger", a souligné Guy Elien, professeur de stratégie achats à l'Université Paris-Saclay. Tout en restant humble, là aussi. Car bien malin celui qui anticipera les crises météorologiques ou géopolitiques qui, a minima, joueront sur les échanges commerciaux, et au pire, mettront toutes les stratégies à bas. Et si crise il y a, "L'acheteur participe à la recherche de solutions, légales, mais pas simples. C'est rarement manichéen, mais c'est ce qui fait la beauté du métier", selon Stéphane Paillot.

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Aude Guesnon

Rédactrice en chef de décision-achats.fr et de Décision Achats

Après avoir exercé plus de dix ans en tant que réactrice en presse quotidienne, j’ai voulu découvrir un autre pan du métier : je suis devenue secrétaire [...]...

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