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Le (bon) sens des achats

Publié par Aude Guesnon le - mis à jour à
Le (bon) sens des achats
© scandinaviastock - Fotolia

Baisse de l'empreinte carbone, économie de l'usage, économie circulaire, relocalisation... les achats ont de nombreuses révolutions à mener qui enrichissent diablement leur mission. Tour d'horizon à l'occasion des plénières des Universités des Achats, ce 7 décembre.

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Avec cette crise, "les acheteurs ont gagné leurs lettres de noblesses". Ils sont "plus affutés sur la création de valeur". "Ils savent gagner des points de BFR, faire du portage de stocks...", a commenté Jean-Philippe Riehl, directeur des risques et du contrôle d'audit interne de Spie, aussitôt contredit gentiment mais fermement, par Jean-Luc Baras, CPO de Orange et Nicolas Payer, CPO de Total, qui ont expliqué que la crise n'a fait que mettre au jour ce que la fonction est devenue depuis quelques années. Sa véritable mue est ailleurs et encore en cours, selon Nicolas Payer. Elle se joue sur le front de la RSE, notamment dans sa contribution à la réduction de l'empreinte carbone des entreprises. Si elle n'en abandonnera pas pour autant sa quête des économies "une base nécessaire", en convient Nicolas Payer, "elle doit acheter différemment pour que tout l'écosystème - l'entreprise et ses fournisseurs -, "soient plus résilients". Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable de Bouygues et président du C3D a posé le cadre de façon un rien abrupte: "Il va falloir faire un choix entre les coûts sociaux et le climat. Et ceux qui croient qu'ils peuvent continuer à faire du business sans se préoccuper du climat sont des fous".

Pour Bouygues, il s'agit de diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre, puis par trois. Une révolution. "Mais le sourcing ne nous permettra pas d'atteindre cet objectif", a-t-il commenté : "il faut que l'on arrête d'acheter. Il faut passer de l'économie linéaire du "j'achète, j'utilise et je jette", pour aller vers une économie de l'usage". Les acheteurs vont acheter des produits mais leurs entreprises n'en seront plus propriétaires. "Les fournisseurs en resteront propriétaires: à charge pour eux de les récupérer ensuite, de les reconfigurer et de les remettre dans le circuit". Et l'économie d'usage sera associée à l'économie circulaire, pensée très en amont. Dans le bâtiment, "il existe des technologies d'éco-conception qui intègrent une logique de démontage pour remettre ensuite les éléments en état et les remettre sur le marché." Une voie plus que nécessaire dans le bâtiment qui produit chaque année 40 tonnes de déchets dont seul 1% est réemployé, a précisé Fabrice Bonnifet. C'est pourquoi "il convient d'impliquer les acheteurs dans les processus de R&D pour éco-construire des solutions avec les fournisseurs", a pointé Laurent Tardiff, p-dg de Prysmian.

Jean-Luc Baras a abondé "on touche ici au changement de métier des acheteurs". Un changement qui "donne du sens à ce que l'on fait". Voilà bien le fondement de tout. "C'est passionnant et nos équipes sont très engagés dans cette voie", a d'ailleurs souligné Nicolas Payer. L'économie de l'usage mise en avant par Bouygues est extrapolable à tous les secteurs qui adoptent ou adopteront, à plus ou moins grande échelle, le modèle de l'abonnement, comme en a témoigné Claude Monnier, DRH de Sony Music pour qui l'abonnement, le streaming et devenu le coeur de métier. Streaming qui s'accompagne d'un changement d'offre: les abonnés ont accès à un catalogue qui leur permet d'écouter plus de musique qu'avant, même si la qualité d'écoute est moindre. Un changement qui, a-t-il reconnu, s'est accompagné d'une perte de valeur. "Notre industrie a mis trop de temps à comprendre, elle a été trop lente et trop lourde; elle a manqué de créativité."

"Oui, il faut le courage de dire à nos patrons que l'on va gagner moins", a commenté Fabrice Bonnifet. Mais la préservation de notre planète vaut bien quelques euros en moins.

La RSE passe aussi par a relocalisation

Améliorer la démarche RSE de l'entreprise - ou son impact ESG - est incontestablement une mission qui donne du sens au travail des acheteurs mais elle en a aussi pour l'entreprise, ne serait-ce que pour la notation extra-financière dont il fut question sur la seconde plénière de ces Universités des Achats organisées le 7 décembre par le CNA. A Olivia Grégoire, secrétaire d'Etat chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable auprès du ministre de l'Économie, des Finances, qui expliquait que les petites entreprises vont bientôt devoir s'engager elles aussi dans la publication des données extra financières, Valérie David, directrice du développement durable chez Eiffage, a demandé d'imposer "la publication du scope 3 (émissions indirectes liées à l'usage des biens et services produits - pour comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre à l'amont et à l'aval de la production) aux entreprises.

La RSE intègre à présent une donnée incontournable qu'est le développement de son écosystème et de son territoire. La fameuse relocalisation ne pouvait donc être absente du débat, d'autant que l'on connaît les engagements du CNA sur le sujet. Jean-Luc Baras, qui a convenu que "les acheteurs, qui ont été des acteurs essentiels de la mondialisation" veut croire que, depuis la crise de 2008 et encore plus depuis celle de la covid", "ils ont pris conscience de leurs responsabilités" et veulent se désengager de cette voie. Reste à obtenir une délégation sur le sujet. Etre autorisés à acheter français, dont plus cher, est déjà une gageure pour les achats.

A la Région Ile-de-France, par exemple, Marc Sauvage bénéficie d'un sponsor de taille. "Nous sommes prêtes à acheter de la valeur", a commenté la présidente de la Région, Valérie Pécresse."Un masque acheté en France, par exemple, a plus de valeur car il contribue à faire fonctionner notre industrie". Elle aussi en a profité pour solliciter la secrétaire d'Etat sur "quelques évolutions" à apporter à la commande publique. Afin de permettre aux acheteurs publics de pouvoir opter pour "le mieux disant environnemental", elle a notamment demandé la "mise en place de critères de préférence locale, de critères circuits courts" et "d'introduire le critère inclusion".

Mais relocaliser ses achats n'est pas seulement acheter français. C'est aussi et surtout s'engager sur le long terme pour contribuer à la ré-industialisation. Et là, le bât blesse encore. "Il faut que les entreprises s'engagent sur plusieurs années pour que les fournisseurs envisagent d'investir dans des outils de production, ce qui est très compliqué", a commenté Christophe Jan, CPO de Orange France. "C'est la perspective qui manque aujourd'hui." Il faudra pourtant en passer par là pour "assurer la robustesse opérationnelle des entreprises" dont a parlé Jean-Philippe Collin car la "localisation est un moyen d'atteindre cette robustesse. Mais il faut qu'elle ait un sens social, environnemental et en termes de gouvernance. C'est cet ensemble de critères que l'acheteur doit activer". Et comme l'union fait la force, Christophe Gourlay, CPO de Alstom, met en avant le travail mené par les entreprises du ferroviaire, engagées dans une démarche de filière pour soutenir leurs PME - le programme Care.

Le plan de bataille est connu. Il faut à présent développer les stratégies achats ad-hoc, mobiliser les forces vives en interne et en externe pour tirer tous dans le même sens. La mission n'en donnera que plus d'intérêt et de sens à la fonction.

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