Recherche

L’effet rebond : comprendre et agir face à ce phénomène paradoxal

Quand les gains d’efficacité entraînent une surconsommation Les avancées technologiques ne cessent d’améliorer notre quotidien, en proposant des solutions toujours plus performantes et économes en énergie.

Publié par le | mis à jour à
Lecture
3 min
  • Imprimer

Pourtant, ces gains d’efficacité s’accompagnent souvent d’une augmentation de la consommation, réduisant voire annulant les bénéfices attendus. 

Qu’est-ce que l’effet rebond ?

L’effet rebond désigne l’augmentation de la consommation d’un bien ou d’un service suite à l’amélioration de son efficacité. En d’autres termes, lorsqu’une technologie devient plus performante, son utilisation tend à se multiplier, annulant ainsi les économies initialement prévues.

Ce phénomène a été décrit pour la première fois au XIXe siècle par William Stanley Jevons, économiste britannique. Il avait constaté que l’amélioration de l’efficacité des machines à vapeur n’avait pas réduit la consommation de charbon, mais l’avait au contraire augmentée. L’efficacité accrue avait rendu cette source d’énergie plus accessible, généralisant son utilisation.

Appliqué aux enjeux environnementaux actuels, l’effet rebond est particulièrement préoccupant. Comme l’explique Louis Daumas, spécialiste en économie écologique :
« En améliorant l’efficacité énergétique des machines, des véhicules ou des bâtiments, on risque paradoxalement d’accroître notre consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Si cet effet n’est pas maîtrisé, la transition écologique pourrait devenir encore plus complexe, voire compromise. »

 

Les différentes formes de l’effet rebond

L’effet rebond peut se manifester sous plusieurs formes, à différents niveaux de l’économie :

? L’effet rebond direct : Un gain d’efficacité incite à une plus grande consommation du produit concerné. Par exemple, une voiture consommant moins de carburant peut pousser son propriétaire à rouler davantage.

? L’effet rebond indirect : Les économies réalisées sur un bien permettent d’acheter d’autres produits, dont la fabrication génère des impacts environnementaux. C’est le cas lorsqu’une réduction des dépenses en carburant se traduit par l’achat d’un billet d’avion.

? L’effet de marché : À grande échelle, la baisse de la demande énergétique entraîne une réduction des prix, rendant certaines activités plus attractives. Par exemple, si le transport routier devient moins coûteux grâce à une meilleure efficacité énergétique, il pourrait concurrencer le fret ferroviaire, pourtant plus écologique.

? L’effet de croissance : L’amélioration de l’efficacité stimule l’activité économique et encourage les investissements, augmentant ainsi la consommation globale d’énergie et de ressources. Le secteur numérique illustre parfaitement cette dynamique.

 

Comment limiter l’effet rebond ?

Bien que son impact environnemental soit considérable, l’effet rebond reste peu connu du grand public et des décideurs. Fabrice Bonnifet, Président du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D), met en garde :
« Tant que l’effet rebond ne sera pas pris en compte, les engagements de neutralité carbone et de sobriété énergétique risquent d’être inefficaces. »

 

Pour agir face à ce phénomène, plusieurs leviers peuvent être activés :

1. Sensibiliser et responsabiliser les consommateurs

Le comportement des individus joue un rôle clé dans l’effet rebond. Adopter des écogestes et promouvoir une culture d’entreprise responsable peut permettre de limiter les excès de consommation.

2. Mesurer l’effet rebond pour mieux l’anticiper

Les entreprises peuvent utiliser des outils comme l’analyse du cycle de vie (ACV) ou les modèles économétriques pour évaluer l’impact réel des innovations technologiques sur la consommation.

3. Intégrer la sobriété dans les stratégies d’achat

Les directions achats ont un rôle clé à jouer en favorisant des solutions réellement durables et en intégrant l’effet rebond dans leur prise de décision.

À lire aussi

S'abonner
au magazine
Se connecter
Retour haut de page