L'innovation, une priorité sous-évaluée par les organisations achats

Publié le par

Pour la septième édition de leur observatoire des achats, BearingPoint, Essec Business School et Novamétrie ont choisi de se pencher sur le thème de l'innovation et du second souffle qu'elle peut apporter aux achats. Quelques conclusions surprenantes parmi quelques confirmations. Revue de détails.

L'innovation, une priorité sous-évaluée par les organisations achats

En collaboration avec le comité prospectif de l’observatoire des achats, réunissant une dizaine de directeurs achats de sociétés privées et organisations publiques (lire ci-dessous), BearingPoint, Essec Business School et Novamétrie ont décidé de consacrer leur 7e opus à l’innovation comme second souffle pour les achats. Ils l'ont étudié, à travers le prisme des relations entre achats et directions générales, les rapports des acheteurs avec leurs clients internes mais aussi du travail fait par les achats avec leurs fournisseurs et équipiers achats.

Parmi les confirmations données par cette étude, il apparaît nettement que, dans un contexte de stagnation des ressources, les priorités restent de réduire les coûts et de développer la relation fournisseurs. En termes de management de la fonction achats, les directeurs achats semblent plus disposés à recruter des acheteurs spécialisés (2/3) plutôt que des généralistes (1/3) pour relever ces défis. 48 % des acheteurs associent naturellement innovation et développement commercial. C’est la règle d’or de nombre d’acheteurs : « Mieux acheter, c’est mieux vendre. » Mais, donnée plus stratégique, l’innovation apparaît comme un facteur d’intégration des achats et de développement de leur influence au sein de l’entreprise.

Priorités achats : back to basics !

« L’innovation est un enjeu partagé, mais paradoxalement en retrait sur l’axe fournisseurs », souligne Patrice Pourchet, responsable pédagogique à Essec Business School. C’est un sujet prioritaire pour 92 % des directions générales interrogées. 83 % des clients internes se disent ouverts à l’innovation. Les équipes achats se disent actives et proactives à 88 % sur le sujet, mais seuls 37 % des directeurs achats disent faire de l’innovation une de leurs priorités quand 57 % des organisations interrogées1 considèrent l’innovation comme un facteur-clé de leur réussite. Cherchez l’erreur… De plus, 70 % seulement des directeurs achats pensent trouver dans les relations stratégiques avec leurs fournisseurs-clés des relais d’innovation.

Les achats indirects, parent pauvre de l’innovation ?

« Quand on leur demande s’ils associent les achats indirects à l’innovation, les directeurs achats interrogés répondent “oui” à 6 % seulement », indique Arnaud Lethrosne de BearingPoint. Ils sont 57 % à l’associer plutôt aux achats de production et aux achats technologiques. De quoi faire s'étrangler plus d’un directeur achats hors prod.

Présent lors de la restitution de l'étude à un aréopage de directeurs achats réunis pour l'occasion à Paris, Julien Barthelemy, procurement group manager chez Microsoft, déclare : « Je suis étonné par le faible pourcentage relatif à l’association entre innovation et achats indirects. Pour ma part, chez Microsoft, l’innovation est une des six propositions de valeurs de la direction des achats du groupe. En effet, une fois la négociation de conditions cadres et la constitution de panel fournisseurs préférentiels réalisés, l’impact, la valeur ajoutée des achats doit passer par l’innovation. Par innovation, surtout sur les prestations intellectuelles, j’entends, par exemple, l’identification d’indicateurs permettant de mesurer la performance du service délivré/attendu et son intégration dans le modèle financier. »

Si l’on considère que 62 % des répondants à l’étude sont employés dans des entreprises du secteur industriel, où les achats directs et technologiques sont souvent plus facilement associés à la notion d’innovation, c’est peut-être aussi un début de réponse…

Types des achats associés spontanément à l'innovation

Des projets d’innovation poursuivis malgré un environnement contraint

« En dépit de la crise sévère traversée actuellement par les économies matures d’Europe occidentale, les directeurs achats ne sont que 22 % à stopper les projets d’innovation, quand ils sont 63 % à les poursuivre », rassure Patrice Pourchet. En France, 94 % de leurs clients internes sont prêts à favoriser l’innovation. Les directeurs achats ont décidé à 33 % de poursuivre leurs projets d’innovation, voire de les accélérer (30 %) et 78 % d’entre eux souhaitent développer la relation fournisseurs. Ce pourcentage monte à 100 % au Japon, mais après les bouleversements liés notamment à la catastrophe de Fukushima, rien de très surprenant à cela. Parmi les répondants, 59 % d’entre eux affirment être impliqués dans la stratégie de développement des produits.

L’innovation, un facteur d’intégration et d’influence dans l’entreprise

L’étude montre qu’il y a trois principaux terreaux fertiles pour le développement de l’innovation :

– l’environnement où l’innovation est conduite par un seul département (50 % des répondants), celui de la R & D pour le secteur industriel ou celui du marketing pour le secteur des services non financiers. Ce modèle est le plus fréquent dans les sociétés scandinaves ;

– l’innovation menée de façon transversale (39 % des répondants) par la direction générale ou complètement intégrée dans les activités opérationnelles. On y retrouve beaucoup de sociétés russes et de sociétés dont le chiffre d’affaires est supérieur à 10 milliards d’euros ;

– le modèle où l’innovation est menée par les autres fonctions (9 % des répondants), comme la production ou les achats, que l’on identifie moins souvent comme des leaders de l’innovation.

Si on cherche à catégoriser les services achats suivant leur degré d’intégration dans le processus d’innovation, l’étude retient cinq catégories : les organisations achats passives (secteur public), celles qui ont le désir de contribuer à l’innovation (PME), les services achats qui réagissent à une contrainte réglementaire (industrie), les opportunistes qui y contribuent de façon proactive mais ponctuelle (secteurs financiers) et, crème de la crème, les visionnaires, ceux qui sont parfaitement intégrés dans le processus et affichent un fort taux de couverture (distribution, vente).

Les freins à la progression du spectateur passif à l’acteur visionnaire ? « Le manque d’expertise interne, de soutien de la direction générale, le non-alignement entre le service achats et la stratégie de l’entreprise », explique Patrice Pourchet, Ce à quoi on peut ajouter le manque de moyens financiers et de ressources humaines aussi, n’en déplaise aux myriades de “y a qu’à, faut qu’on…”.

Les cinq typologies achats : du suiveur au visionnaire

Seule planche de salut, la mise en place d’une méthodologie au niveau des achats pour sortir du cadre normalisateur et structurer l’innovation achats en s’appuyant sur les compétences softs des achats pour développer un état d’esprit innovant qui va “créer le buzz” et favoriser des passerelles entre fonctions. Car l’innovation, c’est aussi une tournure d’esprit et savoir se renouveler, comme la racine latine innovatio vous y invite…

Bon brainstorming !

1/ Méthodologie : 400 entreprises européennes et 15 sociétés japonaises ont été interrogées pour ce 7e baromètre. 50 entretiens de directeurs achats en face à face ont été réalisés en complément. Un Livre Blanc, auquel le comité prospectif travaille activement, est édité chaque année à l’issue de l’étude.

Le panel des 400 entreprises européennes (+ 15 Japonaises)

Le comité prospectif de l'observatoire des achats

• Julien Barthelemy, procurement group manager – Microsoft
• Jean Bouverot, purchasing responsible – Department of Defense
• Sylvain Fresnault, purchasing director of courier – La Poste
• Christian Galichon, purchasing director – LVMH
• Christian Jouan, purchasing manager – Bic Group, and president of Adra
• Régine Lucas, group procurement senior vice president – Axa
• Arnaud Minvielle, general director – BPCE Purchasing
• Patrice Pourchet, academic director MS GAI – Essec Business School
• Isabelle Quettier, purchasing VP – Suez Environnement
• Laurence Rolles, purchasing director – 3M
• Sylvain Rousseau, VP purchasing and supply chain – DCNS
• Thierry du Villard, VP purchasing and supply chain – Jarden Group EMEA