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En 2012, les directeurs achats serreront un peu plus les cordons de la bourse

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La deuxième édition de l'étude réalisée par le cabinet AgileBuyer et le groupement achats d'HEC montre que la réduction des coûts continuera de figurer en bonne place dans les priorités des directions achats en 2012 avec un accent mis sur la gestion du risque fournisseur.

Marc-Antoine Selaquet, président du groupement achats HEC et Olivier Wajnsztok, directeur associé AgileBuyer

© Décision Achats

Marc-Antoine Selaquet, président du groupement achats HEC et Olivier Wajnsztok, directeur associé AgileBuyer

S’il ne fallait retenir qu’une idée-force de cette étude sur les priorités 2012 des directions achats, ce serait très certainement que les objectifs de réduction de coûts et la gestion du risque fournisseur feront l’objet d’efforts renouvelés de leur part. Par ailleurs, l’étude AgileBuyer-HEC souligne la stabilité des projets d’achats en pays bas coûts et des achats RSE. Côté évolution de la fonction achats, les équipes des services achats ne connaîtront pas la crise. Quant à l’outsourcing achats, il est promis à de beaux jours, le taux de couverture achats restant une priorité forte pour les acheteurs puisque ce dernier bondit entre 2011 et 2012. 62 % des sondés déclarent que ce sera un axe de travail pour 2012 contre 56 % en 2011. Le secteur de la construction se révèle particulièrement déterminé à faire progresser ce taux de couverture.

La peur d’une baisse de rentabilité liée à la crise explique en grande partie la pression continue sur la réduction des coûts. Ainsi, 82 % des professionnels des achats interrogés, soit 5 % de plus par rapport à 2011, affirment que la réduction des coûts restera leur leitmotiv en 2012. Cela sans lien direct avec les primes qu’ils sont susceptibles de toucher dans l’exercice de leur métier, puisqu’ils ne sont que 12 % sur l’échantillon passé au crible de l’étude1 à révéler être essentiellement récompensés sur le seul critère des gains d’achats. Parmi les secteurs les plus fortement soumis à cette réduction des coûts, l’automobile et de la chimie figurent en pole position, suivis de la filière informatique.

Les pays à bas coûts ne sont pas la panacée

Si la réduction des coûts est un objectif important, les gains recherchés ne passeront pas obligatoirement par l’accentuation du recours aux pays à bas coûts, même si les secteurs fortement liés à la production de produits manufacturés sont les plus intéressés par l’achat dans ces pays « LCC » (low cost countries), note Marc-Antoine Selaquet, président du groupement achats HEC. L’informatique est le secteur qui déclare le plus vouloir diminuer la part de ses achats dans les pays à bas coûts. Ce secteur “payerait-il” certains mauvais retours d’expérience sur les développements off-shore, en Asie notamment ?

La gestion des risques fournisseurs : en augmentation

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, les révolutions arabes ont mis en exergue l’importance de la gestion des risques fournisseurs. L’industrie automobile a été victime de ruptures approvisionnements tandis que, dans les services, les centres d’appels ont connu quelques semaines d’incertitude quant à la continuité de service. En 2012, 70 % des sondés ont des objectifs en termes de gestion de risque fournisseur. Lors de la crise de 2008, la gestion des risques fournisseurs avait été prise en compte trop tardivement. « Les entreprises n’ont pas envie que l’histoire se répète et veulent anticiper les risques », souligne Olivier Wajnsztok, directeur associé AgileBuyer.

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La crise ne fera pas passer la RSE à la trappe

Moins de la moitié (42 %) des « donneurs d’ordres » affirment qu’ils ont eu des objectifs RSE en 2011. La situation 2012 est sensiblement la même qu’en 2011. Cependant, vu les difficultés économiques auxquelles les entreprises vont sans doute faire face, la notion de RSE aux achats résiste bien, d’autant plus que ce sont aux directeurs achats que des objectifs RSE ont été le plus fixés (51 %), et ce, pour la deuxième année consécutive. En 2011, comme en 2012, environ 15 % des sondés déclarent avoir bénéficié de primes liées à la RSE. La communauté achats n’est finalement que très peu intéressée financièrement à la tenue d’objectifs RSE. Cela semble confirmer les difficultés managériales à concilier plusieurs objectifs : réduction des coûts et RSE. 20 ans en arrière, le management avait su concilier qualité et objectifs en termes de coûts. Ce nouveau défi devrait donc être relevé à terme.

La charte des bonnes pratiques achats : bien mais peut mieux faire…

Après deux ans d’existence, ils sont 66 % à connaître ce document et ce prioritairement au niveau des responsables et des directeurs (respectivement 70 % et 69 %) et de manière assez homogène. Il est intéressant de constater que la communication liée à cette charte a atteint sa cible. Seuls 30 % des sondés affirment que la charte des bonnes pratiques sera dans leurs objectifs 2012. Les achats responsables progressent mais il y a encore beaucoup à faire pour diffuser la bonne parole.

Faire plus avec moins de fournisseurs

Les usages des acheteurs n’ont pas évolué : faire plus avec moins de fournisseurs. Mais près de la moitié des sondés (49 %) ne projettent pas de réduire le nombre de leurs fournisseurs. Il n’y a pas d’évolution significative par rapport à l’an dernier. La réduction du nombre de fournisseurs, lorsqu’elle est appliquée, étant une véritable stratégie de fond plus qu’un levier opportuniste, on note néanmoins une certaine prudence vis-à-vis de ce puissant levier de réduction des coûts. Fait peu surprenant, les secteurs les plus intéressés par la réduction du nombre de fournisseurs sont les mêmes que ceux intéressés par les pays à bas coûts.

Des effectifs achats stables en 2012 avec un outsourcing en progrès

Une majorité des sondés pensent que les effectifs de leur service resteront stables l’an prochain. Tandis que 26 % imaginent une augmentation des effectifs et 16 % une diminution. La crise est plus une opportunité qu’un risque pour les départements Achats et leurs acteurs. L’outsourcing permet de se recentrer sur son cœur de métier mais surtout de disposer de plus de flexibilité. Plus des deux tiers des interrogés déclarent penser avoir recours à un appui externe pour gérer la charge de travail achats en 2012. Soulignons aussi que les organisations achats semblent être satisfaites de cet apport car seulement 8 % des sondés déclarent vouloir stopper cette pratique. 42 % des sondés du secteur énergie, eau et gestion des déchets déclarent avoir recours à l’externalisation achats, ce qui place le secteur en tête du classement.

1 / Étude réalisée à partir d’un questionnaire administré électroniquement à un panel ciblé entre le lundi 28 novembre 2011 et le vendredi 9 décembre 2011. Près de 405 personnes de tous les secteurs d’activités, dont 37 % de directeurs achats, ont répondu à ce questionnaire. 386 réponses ont été jugées “adaptées” ou “intégrables” du fait notamment que ces personnes étaient réellement liées au monde des achats. Les réponses aberrantes ont été écartées.

Mot clés : Rse

Charles Cohen et Emmanuelle Serrano