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Un premier colloque des acheteurs de l'industrie pharmaceutique

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Polepharma, cluster français de la production pharmaceutique, a organisé le 10 juillet son premier colloque des acheteurs de cette filière. Compte rendu et retour en images sur une journée qui a réuni 72 participants.

Un premier colloque des acheteurs de l'industrie pharmaceutique

Regroupant pas moins de 145 membres (industriels, façonniers, PME et grands groupes, organismes académiques), Polepharma est le cluster français de la production pharmaceutique. Il s’étend sur quatre régions (Centre, Haute et Basse-Normandie, Île-de-France) et représente 53 % de la production pharmaceutique française, soit un écosystème de 27 000 emplois...

Le colloque du 10 juillet s'est articulé autour d'une séance plénière qui a permis de balayer les grands enjeux de la fonction achats dans la filière pharmaceutique (mutations des pratiques achats, nouvelle gestion du sourcing et de la relation fournisseur, création de valeur par les achats et charte des bonnes pratiques achats), suivie d'un après-midi d'ateliers.

Les grands enjeux de la fonction achats dans la filière pharmaceutique

Après le discours d'accueil et de présentation de la journée exposés par Fabien Riolet, Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de la recherche de l'Irima (Institut de recherche et d'innovation en management des achats), a été invité à retracer les grandes étapes de l'évolution de la fonction achats au sein de l'entreprise et à définir les contours d'une fonction achats "idéale". Il a notamment évoqué la reconnaissance du rôle stratégique des achats qui a coïncidé avec la transformation de l'économie de production à une économie de marché « où les entreprises sont passées d'un statut de price maker à un statut de price taker » où la part croissante de la sous-traitance entraîne une hausse mécanique des achats qui dans de nombreuses entreprises avoisine les 60-70 % du CA (95 % du CA chez Acer). L'émergence relativement récente de la fonction achats, encore décrite comme une fonction support par Michael Porter dans les années 1980, est liée au rôle des achats comme principal levier de réduction des coûts. Mais loin de se cantonner à la seule augmentation de la marge par le bas (réduction des coûts), la fonction est appelée à gagner ses lettres de noblesse au travers de l'augmentation de la marge par le haut (augmentation du prix de vente ou des quantités vendues). Selon le chercheur, de meilleures qualités sociales, environnementale et technique peuvent aussi être valorisées par le consommateur. Des freins au changement subsistent sur lesquels il est possible d’agir : le double complexe de l’acheteur (complexe de supériorité à l'extérieur de l'entreprise et complexe d'infériorité à l'intérieur), les résistances parfois fortes en interne vis-à-vis de l'action et des préconisations des achats et le rôle central de la maîtrise des outils de pilotage des performances achats.

Dans certains cas, « l'achat de pure négociation peut s'avérer le seul driver du sourcing », reconnaît Hugues Poissonnier en citant une enseigne d'habillement low cost où les taux de change et les quotas sont plus importants que dans une autre entreprise du même secteur plutôt positionnée sur le milieu de gamme, où « les acheteurs sont plutôt des stylistes devenus acheteurs et dont le turnover est plus faible que celui de leurs homologues du low cost ». Les obstacles qui se dressent devant l'acheteur ne sont pas rédhibitoires pour autant : qu'il apprenne à être de plus en plus stratège et devienne un "chef de projet" en jouant à plein la carte de la véritable double compétence tout en s'assurant d'une pleine et entière collaboration à tous les niveaux de l'entreprise, et notamment celui du middle management, et tous les espoirs sont permis....

Interview vidéo de Christophe Saboureau, directeur achats et supply chain chez Isochem.

François Collineau, directeur de L2S, a ensuite souligné la complexification croissante des achats (passage du critère de respect de la qualité, du coût et du délai à une performance achat complexe), toutes filières confondues, et la nécessaire implication en amont des acheteurs (challenger l'expression du besoin) combinée à une culture du développement fournisseur et de plans de progrès conjoints (faire progresser les sous-traitants et partager les gains induits). Quant à la part croissante des excipients et principes actifs (API) sourcés dans les pays d'Asie (Inde et Chine principalement), la principale difficulté tient à la fiabilisation de la production dans le temps (lots de qualité continue) qui ne peut être obtenue que grâce à une analyse des variations de qualité et du système de traçabilité.

Christophe Carissimo, directeur du site industriel Norgine Pharma de Dreux, a mis l'accent sur la mondialisation du sourcing. Une matière première alimentant plusieurs sites à travers le monde est achetée par un acquéreur américain à partir du siège social du groupe en Inde pour alimenter les sites du groupe, celui de Dreux, par exemple, situé dans la zone du cluster Polepharma. Cette stratégie a favorisé l'essor du category management qui ne répond plus à une logique géographique mais à une logique métier. Le portefeuille de fournisseurs se rationalisant, les leviers de négociation deviennent plus importants. Quelles conséquences en termes de gestion RH de la fonction achats ? Le profil s'internationalise, il faut être apte à comprendre les différences culturelles et pouvoir "benchmarker" son activité. Le pool des fournisseurs se raréfiant, le mono ou le dual sourcing est devenu la règle et nécessite un travail quotidien en profondeur avec les fournisseurs. Pour les laboratoires, cette évolution a entraîné une perte de proximité et l'obligation de gagner en flexibilité et en réactivité (gestion des risques fournisseurs) mais aussi en fiabilité (rédaction des contrats et prescriptions contenues dans les cahiers des charges).

Jean-Jacques Bancel, en charge de la direction financière et des achats chez Ethypharm, a expliqué qu'à son arrivée en 2009, il a instauré une mise en concurrence systématique des fournisseurs de façon équilibrée pour qu'il y ait au moins deux fournisseurs sur chaque produit. « Nous veillons à la sécurité des appro, au respect des contraintes réglementaires et à la limitation des coûts. » Ethypharm réalise aussi une grande partie de son sourcing en Chine et en Inde. Elle présente la particularité d'avoir une usine à Shanghai, première usine chinoise à s’être spécialisée dans les systèmes de libération contrôlée des médicaments. « 150 personnes y travaillent et peuvent nous apporter leur aide sur le sourcing en pays LCC, précise Jean-Jacques Bancel. Et sur le sous-continent indien, nous avons aussi quelqu'un sur place qui comprend la culture indienne. »

La matinée s'est poursuivie avec la présentation de la charte de la médiation du crédit et de celle la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France, par Manuel de Oliveira, président régional de la Cdaf Normandie ; Stéphanie Kerbarh, membre du comité directeur de la Cdaf Normandie et Alain Chatenet, délégué général de l'obsAR. Puis, Fabien Riolet (Polepharma) et Géraud Papon (SH Consulting) ont présenté Polepharmamarketplace.com, la première plateforme d'achats dédiée à l'industrie pharmaceutique qui, au bout de trois mois d'existence, rassemble déjà une cinquantaine d'abonnés.

L'après-midi a été dédié à des ateliers où des thématiques spécifiquesont été abordées : emballages primaires et secondaires (réglementation, éco-conception et supply chain), la sous-traitance (quels achats, quelles limites ?) et au sourcing de matières premières, notamment dans les pays LCC. Ce dernier atelier a permis de mesurer à quel point les business model de la filière pharmaceutique ont eux aussi été bousculés par l'économie de marché où la globalisation des échanges et les tensions sur la supply chain (sourcing dans les pays LCC) rendent parfois la sécurisation des appro périlleuse et délicate à gérer, sans parler des lourdeurs et des arcanes des audits et agréments divers et variés, où les pays LCC sont eux aussi passés maîtres...

Interview vidéo de Zoé Sebbag, acheteur usine, Leo Pharma