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Quels leviers demain pour les achats responsables ?

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Difficile d'engager une démarche achats responsables dans un contexte tendu favorisant la réduction des coûts. Pourtant, certains services achats innovent en menant un panel de petites (ou grandes) actions en la matière. Retours d'expériences lors d'une table ronde organisée à la CCI de Grenoble.

Quels leviers demain pour les achats responsables ?

Comment engager une démarche d'achats durables dans son entreprise? Tel était le thème pour le moins complexe de la table ronde organisée à la CCI de Grenoble le 23 octobre dernier par le Pôle R (Pôle de consommation responsable en Rhône-Alpes), adossé à l'association Equi'sol. « Au-delà de l'achat ça et là de produits socialement et écologiquement responsables, les entreprises doivent aller plus loin en mettant en place des politiques dédiées en la matière. C'est la condition sine qua non pour faire émerger sur notre territoire, une vraie dynamique d'achats responsables », a rappelé en ouverture, Bity Dieng, conseillère municipale déléguée à l’économie sociale et solidaire à la ville de Grenoble.

Car en effet, un certain nombre d’obstacles freinent encore à la généralisation de telles démarches au sein des services achats. L'association Equi'Sol, chargée de la promotion du commerce équitable et de l'économie solidaire, en a recensé six d’après une étude réalisée en mai dernier auprès de 155 entreprises: « le manque de volonté de la direction générale, d'expériences fructueuses existantes, de savoir faire interne, de reconnaissance des fournisseurs et de temps. Sans oublier la peur du greenwashing », relate Franck Legrigeois, directeur de l’association. Si ce constat a largement été partagé par les acheteurs assistant à la table ronde, il n'en a pas empêché certains de mener des actions honorables dans ce domaine.

Questionnaires d’auto-évaluation

À l'instar de la société Soitec, qui a introduit plusieurs critères verts lors d'un appel d'offre sur la restauration collective lancé cette année. « Nous avons profité du changement de prestataire pour bénéficier d'une prestation plus respectueuse de l'environnement, et ce, via le recours à des produits bio et issus de circuits courts », explique Anne Goudard, responsable du développement durable de la société. Anne Servet, responsable qualité supply chain au sein de Soitec, complète: « Si une telle démarche est amenée à être dupliquée dans d'autres familles, dans les faits, c'est plus complexe. Car tout plan d'action en la matière doit d'abord satisfaire une condition: la maîtrise des coûts ». Aussi, en parallèle, l'entreprise se consacre à d'autres actions comme la mise en place de questionnaires d'auto-évaluation de ses principaux fournisseurs. « C'est un moyen d'avoir une vision plus précise des démarches achats responsables développées par nos partenaires et par segment d'achats ».

Autre entreprise locale qui s'investit largement dans l'achat de prestations vertes: la Compagnie du Chauffage qui a misé, l'année dernière, sur l'achat de distributeurs automatiques écolo. « Nous avons travaillé en amont sur le cycle de vie et la traçabilité des machines, pour privilégier des produits 100% recyclables », indique Marion Caratelli, à la direction des achats et Systèmes d’Information de la société. Et d'ajouter: « Nos prestations de propreté ont aussi fait l'objet d'une réflexion en matière de développement durable. Et ce, en misant sur des produits de nettoyage eco-labellisés, en planchant sur le recyclage des eaux usées et surtout en développant la formation des agents. Et pour cause: le personnel de propreté est une catégorie très vulnérable socialement. D'où le déploiement d'actions pour favoriser leur alphabétisation et professionnalisation ».

Produits certifiés commerce équitable

Parmi les retours d'expériences dévoilés lors la matinée, celui de La Poste, l'un des grands comptes français les plus engagés en terme de développement durable, mérite d'être souligné. « Avec un volume d'achats de 3,4 milliards d'euros et un panel fournisseurs fort de 26 000 références, nous avons de quoi mener des actions d'envergure en matière d'achats responsables », reconnaît Brigitte Combal, déléguée au développement territorial et durable de La Poste. Parmi lesquelles l'achat de vêtements éco-conçus pour les facteurs et les guichetiers. « Depuis 2004, nous collaborons avec Armor Lux, une grosse PME bretonne, pour favoriser la conception de produits textiles avec du coton issu du commerce équitable », rappelle Brigitte Combal. Un dossier complexe, tant la filière était inexistante en France à l'époque. La Poste a donc été l'initiateur de ce marché pour l'Hexagone.

« Pour bien sécuriser le dossier, il a fallu piloter correctement notre fournisseur afin qu'il puisse mettre au point une chaîne logistique 100 % sécurisée en identifiant les producteurs adaptés dans tel ou tel pays du sud ». Résultat : depuis près de dix ans maintenant, La Poste ne propose dans son catalogue que des t-shirt et gilets fabriqués à partir de coton certifié Max Havelaar. « Mieux encore, dans le cadre d’un deuxième appel d'offres lancé en 2009, nous avons introduit des produits avec du coton certifié bio-équitable». Le surcoût de tels vêtements ? Environ 5 %. « C'est une hausse substantielle, mais elle était motivée par un vrai engagement de la direction en faveur des achats responsables qui s’est notamment traduit par… : formation des acheteurs à une telle démarche, création de référentiels d'auto-évaluation sur les achats responsables pour mieux guider les équipes achats, etc.».

Audit des fournisseurs

Brigitte Combal rappelle toutefois les difficultés liées à la mise en place de telles démarches. « Parfois, il est primordial d'effectuer des contrôles dans les usines de nos partenaires pour nous assurer que la prestation est conforme ». Un travail chronophage que la Poste ne peut évidemment pas mener auprès de tous ses fournisseurs. « Nous devons alors prioriser en ciblant des marchés stratégiques. Comme le groupement d'achats sur les véhicules électriques, piloté par l'Ugap, auquel nous avons pris part pour satisfaire un objectif de taille: intégrer pas moins de 10 000 véhicules électriques dans notre parc, raconte Brigitte Combal, Aussi, quand un retard dans la construction des batteries s'est posé, nous avons pris le temps d'aller dans les usines pour effectuer un contrôle ».

Autre tâche complexe qui se pose au groupe La Poste: l'introduction de clauses d'insertion. « C'est un sujet que nous découvrons aujourd’hui encore. En effet, de telles clauses ne figurent pas encore dans nos appels d'offres par manque d'expertise en la matière ». Un dispositif qui permet pourtant aux donneurs d'ordres de confier la réalisation de tel ou tel lot à des structures de l'insertion par l'activité économique (SIAE). Jean-Jérôme Calvier, directeur général adjoint d'Ulisse, une SIAE locale commente: « Nous-mêmes rencontrons des difficultés à collaborer avec des grands comptes tant il est difficile d'entrer en contact avec eux ». Pour favoriser une meilleure connaissance mutuelle, le patron d'Ulisse note la nécessité de mieux faire valoir son offre de service tout en favorisant davantage les partenariats de co-traitance. Des arguments qui ont largement interpellé Brigitte Combal. Un échange prouvant que la mise en œuvre des achats responsables passe d'abord par l’instauration d’une relation partenariale et de confiance entre client et fournisseur.