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L'écotaxe, un gâchis monumental ?

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Après les points de vue de Nicolas Lemeunier, expert chez Euklead et Alain Borri, directeur associés chez BP2R, il était important d'obtenir les impressions d'un directeur logistique. Mission accomplie avec Gabriel Schumacher, le directeur logistique France de BSH Electroménager (Bosch).

L'écotaxe, un gâchis monumental ?

En tant que directeur de la logistique de BSH Electroménager (Bosch), quel est votre point de vue sur l'écotaxe ?

Travaillant dans une société d'origine Allemande, je précise que je dispose d'un miroir déformant par rapport à la taxe similaire installée en 2005 dans ce pays. Or, la façon dont l'écotaxe allemande a été dupliquée sur la France se heurte à de réelles difficultés. D'une part, ne pas mettre en pratique des échéances prévues depuis de longues dates (en raison du report annoncé) nous pose de sérieux problèmes, puisque nos budgets ont été calculés et évalués en fonction de l'écotaxe. En conséquence, 100% des entreprises françaises qui utilisent le transport ne disposent pas d'un budget 2014 juste et correct. Autrement dit, notre vision financière est totalement remise en cause en raison de ces errements et de ces reports.

En outre, les transporteurs ont été transformés en collecteurs de taxes... ce qui n'est pas vraiment le métier originel. Aussi, en raison de ce nouveau "rôle" de collecteur, la relation de confiance entre le transporteur et le chargeur est susceptible d'être mise à mal, en créant de la méfiance. En réalité, ce système de fonctionnement a dénaturé la vision de l'écotaxe telle qu'elle a été prévue dans le cadre du Grenelle de l'Environnement. En effet, le principe était de dire : ce qui est transporté sur la route doit être systématiquement sur taxé de manière à orienter les chargeurs vers du transport alternatif (bi-modalité, multi-modals, voir maritime, etc.). Finalement, cette écotaxe se révèle être un gâchis monumental.

Comment expliquez-vous la différence entre le projet écotaxe initial et ce qu'elle est devenue ?

Lorsque vous confiez des missions à des technocrates, il y a de fortes chances que cela se termine par des échecs. Non seulement ces personnes ont une très faible connaissance du domaine du transport avec toutes ses spécificités, mais ils ont du mal à analyser la situation parfois désastreuse dans laquelle se trouvent bon nombre d'entreprises de transport.

Par ailleurs, différents intervenants se sont engouffrés dans cette écotaxe, et qui ne sont pas vraiment des sources de production d'emplois, au sens industriel du terme. A commencer par Ecomove qui va probablement mettre des personnes au chômage.

Autre effet pervers de cette écotaxe telle qu'elle est prévue actuellement : certains transporteurs, pour contourner cette taxe, seront tentés de prendre le réseau départemental pour faire circuler les poids lourds. Un réseau non adapté qui risque de souffrir de leurs passages, avec à la clé, de nouveaux investissements à prévoir pour réparer les dégâts.

Quelle alternative proposez-vous ?

Il faut simplifier le processus, ou plutôt l'usine à gaz qu'est devenu le fonctionnement de l'écotaxe. Il y a d'autres alternatives à la voie prise par l'Allemagne. Il aurait fallu reprendre le principe de la vignette automobile créée il y a bien longtemps. A partir de l'existant du modèle allemand, on aurait pu estimer combien coûte un camion sur la route et mette en place une vignette-taxe correspondante, en fonction de son niveau de pollution. Un système qui pourrait s'étendre en excluant, pourquoi pas, les véhicules agricoles, les ambulances, etc. On aurait pu ainsi éviter une dépense de plusieurs centaines de millions d'euros pour créer un organisme qui va se nourrir d'un tiers, voire de la moitié, de la collecte.

Quelles seraient les conséquences pour vous si jamais l'écotaxe était mise en pratique dans l'état actuel ?

Historiquement, nous essayons de prendre soin de nos transporteurs en évitant d'aller systématiquement sur la négociation ou la bataille des prix. Avant même l'arrivée de cette écotaxe, nous avions intégré dans notre budget une taxe supplémentaire qui n'est pas refacturée à nos clients. Certes, notre marge est impactée. C'est à nous de retrouver de la productivité en revoyant, pourquoi pas, nos achats de matières premières, ou d'être le plus vertueux possible sur nos transports entre nos usines et notre entrepôt national.

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