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Achats internationaux : entre intérêts économiques et développement durable

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Comment décliner les principes de la RSE dans les achats internationaux? Telle était la vaste question soulevée lors de la quinzième conférence du master spécialisé centre de management des achats de l'ESC Saint-Étienne, le 20 novembre dernier.

Achats internationaux : entre intérêts économiques et développement durable

Comment décliner les principes de la RSE dans les achats internationaux? Tel était le vaste thème soulevé lors de la 15e conférence du master spécialisé centre de management des achats de l’ESC Saint-Étienne, le 20 novembre dernier. Pour y répondre, les étudiants ont mobilisé l’expertise académique d’économistes et les témoignages terrains de directeurs achats.

Pour sa conférence de fin d’études, la promotion 2012 du master achats de l’ESC Saint-Étienne s’est emparée d’un projet ambitieux: décortiquer les arbitrages auxquels sont soumis les achats internationaux entre intérêts économiques et enjeux de développement durable. Une équation complexe dans un contexte de crise mondiale et de bouleversement du paradigme des échanges internationaux.

Après un éclairage macro-économique sur les enjeux d’intégration régionale sur fond de crispations nationales, réalisé par le professeur Yann Echinard , docteur en sciences économiques officiant à Grenoble, la conférence a pu aborder le cœur du sujet développement durable avec le spécialiste de la RSE Frédéric Richard, enseignant-chercheur au sein de l’ESC Saint-Étienne. Ce dernier a scindé son intervention en deux parties pour aborder les deux différentes approches de développement durable: d’une part, la vision macro qui fait du développement durable un enjeu de pérennité du “genre humain”, et qui appelle des réponses politiques et sociétales radicales dépassant les marges de manœuvre d’une seule composante de la société, aussi motivée soit-elle. Et, d’autre part, l’approche micro qui décline le développement durable dans sa composante pragmatique et réalisable par les entreprises qui s’en saisissent en fonction de leurs priorités et des pressions qu’elles subissent de la part de leurs parties prenantes en privilégiant des actions sur le volet environnemental, social ou sociétal.

L’expérience terrain

Les exemples d’Andrée Ximenes, la directrice des achats de la PME spécialisée en textile médical Thuasne (1 200 salariés, 100 M€ de CA) et de Jean-Philippe Agassoussi, responsable achats produits du spécialiste des systèmes de ventilation Aldes (225 M€ de CA, 1 350 salariés) sont venus illustrer ces données théoriques. La direction des achats de Thuasne a ainsi passé en revue tous les questionnaires fournisseurs en 2010 pour y intégrer un volet RSE dans le cadre de son process de certification ISO 14001. Pour ses fournisseurs internationaux essentiellement basés en République Tchèque, en Roumanie, en Asie et au Maghreb, Thuasne réalise des audits sur sites, soit en direct, soit en mandatant des cabinets spécialisés. “Lesquels sont parfois mieux habilités à détecter des anomalies spécifiques aux pratiques de tel ou tel pays”, précise Andrée Ximenes.

De son côté, le groupe Aldes, fort d’un actionnariat familial stable, depuis 1925, a toujours placé les problématiques RSE au cœur de ses préoccupations, selon son responsable achats Jean-Philippe Agassousi. Persuadé de la compatibilité, voire de la complémentarité entre performance économique et enjeux de développement durable, Aldes a fait de l’éco-conception une marque de fabrique. D’ailleurs, il se veut acteur et force de proposition dans l’élaboration des nouvelles normes environnementales régissant son secteur (le bâtiment) et veille à se positionner en amont dans les concertations entre décideurs politiques et professionnels.

3 questions à...

Frédéric Richard, enseignant-chercheur, responsable du mastère spécialisé Management du développement durable et de la RSE à l’ESC Saint-Étienne.

Quelles sont les premières étapes de déploiement d’une politique RSE?

Le diagnostic RSE est le point de départ d´une démarche d’intégration du développement durable dans la gestion d’organisation. Il permet de comprendre où se situe l´entreprise à l’aune des enjeux du développement durable (pratiques responsables déjà à l’œuvre, pratiques à revoir…). Le diagnostic permet également de faire le point sur la cartographie des parties prenantes de l’entreprise, leurs attentes et les stratégies combinatoires possibles.

Comment voyez-vous le rôle des acheteurs dans l’application de la stratégie RSE de leur entreprise?

Les services achats ont un rôle moteur puisqu’ils sont les premiers ambassadeurs de la politique RSE de leur entreprise auprès des fournisseurs et des sous-traitants. Ils ont ainsi un rôle d’évangélisation et de diffusion des bonnes pratiques auprès d’acteurs qui ne sont pas sensibilisés à ces thématiques, soit du fait de leur petite taille ou de leur contexte géopolitique. Il ne faut pas oublier que la France est en avance au niveau des contraintes environnementales et des obligations de reporting grâce à la loi NRE et au Grenelle 2.

La RSE est-elle vraiment une priorité pour les achats dans le contexte de crise actuel?

La RSE dans les achats suppose une vision globale des cycles de vie des produits, ce qui rejoint aussi la vision économique du coût global qui conditionne la performance d’un service achats. Les logiques sont donc loin d’être antinomiques mais plutôt complémentaires.