Mon compte Devenir membre Newsletters

Seuls 14% des acheteurs ont des objectifs d'achats "made in France"

Publié le par

L'intérêt pour les achats "made in France", qui présente, aux dires mêmes des acteurs du secteur, de nombreux avantages (qualité, normes, flexibilité, proximité) varie fortement selon l'activité et les contraintes propres. Reste que c'est souvent le consommateur final qui donne l'input...

Seuls 14% des acheteurs ont des objectifs d'achats 'made in France'

Malgré l'action médiatique des promoteurs du "made in France", cette tendance peine à prendre de l'essor. Selon une étude AgileBuyer / Groupement achats et supply chain de HEC (1), seuls 14% des acheteurs ont des objectifs d'achats "made in France" en 2015 contre... 13% en 2014. Et même si "définir précisément ce qu'est le made in France représente en soi une gageure", comme le souligne Marc-Antoine Selaquet, président du Groupement achats et supply chain de HEC,"reste que ce déficit d'intérêt pour le made in France est difficile à expliquer".

"La marinière n'a jamais été à la mode chez les acheteurs. Et ne semble pas près de l'être alors que le soufflé médiatique retombe en ayant perdu son principal pourvoyeur en la personne de Arnaud Montebourg", commente, ironique, Olivier Wajnsztok, directeur associé de AgileBuyer. Et de relever que "La France présente deux visages concernant les achats "made in France" : Le patriotisme de l'entreprise est très faible ; le patriotisme du consommateur est fort. En France, mieux vaut mettre une étiquette "Made In France" sur un produit de grande consommation que sur une pièce mécanique ou une machine industrielle. C'est exactement l'inverse du comportement de nos voisins Allemands. Leur fonctionnement en écosystème les poussent à acheter local dans les affaires inter-professionnels. Mais ils ne voient pas l'intérêt d'acheter allemand en supermarché."

Prioriser les achats "made In France" est un objectif secondaire depuis plusieurs années pour l'ensemble des services achats.

Le "made in France" a portant moult qualités

Seuls 14% des acheteurs ont donc des objectifs d'achats "Made in France". Et ce n'est pas parce qu'ils éprouvent des difficultés à acheter français, puisque plus des 2/3 de la population achats ne voient aucune contrainte à acheter français": ils avouent que ce n'est ni difficile, ni trop cher. Selon l'étude, seuls 13% des professionnels des achats perçoivent le made in France comme trop cher. Loin d'avoir été une mode en 2014, l'achat Made in France présente pourtant aux yeux des achats de nombreux avantages: qualité, normes, flexibilité, proximité.

Qu'est-ce qui empêche alors les acheteurs français d'acheter français ? En 2014, 14% des professionnels achats interrogés expliquaient que les services et produits qu'ils recherchaient n'étaient pas disponibles en France. Ils ne sont plus que 10% en 2015.

Les réglementations françaises, les lois sur la sous-traitance et la complexité de désengagement avec les fournisseurs français peuvent amener les professionnels achats à penser qu'il est trop compliqué d'acheter "made in France".

Le secteur qui fait face à moins de contraintes pour acheter "Made in France" est le secteur de la mécanique-métalurgie. C'est paradoxalement l'un de ceux qui cherchent le moins à acheter en France. "Sans surprise, presque un quart des professionnels du secteur des télécommunications renoncent aux achats en France en raison de prix non compétitifs : nous aurions pu nous attendre à pire. Sachant que c'est un des secteurs où la pression sur les coûts est la plus forte", souligne Olivier Wajnsztok.

Par ailleurs, le secteur de l'hôtellerie est l'un des plus impactés par les contraintes de localisation liées à la provenance des achats. Pour 33% des personnes interrogées du secteur, il existe de fortes contraintes à acheter en France. Certains pays imposent aux entreprises qui remportent des marchés qu'elles produisent tout ou partie sur place ; cela limite mécaniquement la possibilité d'acheter en France.

Les plus attirés par le "made in France" sont...

Selon l'étude, le secteur de l'ingénierie et R&D est en tête des secteurs attirés par le "made in France". Sur le panel interrogé, 43% des acheteurs de l'ingénierie ont répondu avoir des objectifs de ce type. Ce qui s'explique sans doute par le fait que les prestations sont réalisées principalement en France du fait même de l'activité.

Un secteur est en très forte amélioration sur le sujet du "made in France" est l'agroalimentaire. Entre 2014 et 2015, les acheteurs ayant des objectifs tricolores sont passés de 4% à 24%. Il y a fort à parier que ce secteur a vu ses pratiques industrielles directement influencées par les choix des consommateurs finaux. "Quand vous préférez les biscuits à base de farine et d'oeufs français, les industriels doivent suivre la demande et cela se traduit en objectifs concrets pour les achats. Nous pouvons aussi nous demander si le scandale concernant les "Lasagne à la viande de cheval" n'est pas une cause de ces nouvelles priorités. Le "made In France" est gage de qualité et sécurité pour le consommateur, les achats "made in France" sont donc jugés rentables par les entreprises du secteur", commente Olivier Wajnsztok.

Grâce aux normes françaises, à la qualité des produits et à une production agricole importante, le secteur de l'agroalimentaire avoue n'avoir que très peu de contraintes à acheter en France. Les professionnels achat du secteur de l'agroalimentaire indiquent même à 74% qu'ils ne font face à aucune contrainte en la matière. "Ce ratio est à contrebalancer avec les obligations européennes concernant l'affichage de l'origine de la viande sur les plats préparés. Cette obligation contraint les acheteurs du secteur de l'agroalimentaire à trouver les cochons tricolores et les poules françaises encore plus sexy."

Les nouvelles contraintes, qu'elles soient issues de réglementation ou dictées par les choix du consommateur final, peuvent faire bouger les lignes et augmenter les achats "made in France", bien plus que les manoeuvres politiques pour convertir les entreprises aux achats locaux.


(1) Cette étude AgileBuyer / Groupement achats et supply chain de HEC sur "Les priorités des services achats en 2015 - ou la manière dont seront gérés les sous-traitants en 2015" a été menée du 1er au 8 décembre 2014 auprès de 542 professionnels des achats. 482 réponses ont été exploitées. 33% des répondants sont des acheteurs, 24% des directeurs achat, 33% des responsables achat, 4% des coordinateurs acheteurs et 6% des profils autres. Si la plupart des secteurs économiques sont représentés, il est à noter une forte représentativité des secteurs de l'automobile, aéronautique et autres matériels de transport (21%) parmi les répondants.