Les achats en zone dollar, une figure de style imposée pour l'acheteur ?

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Olivier Wajnsztok, directeur associé d'AgileBuyer.
Olivier Wajnsztok, directeur associé d'AgileBuyer.

Depuis son lancement, l'euro n'est pas parvenu à s'imposer dans les transactions internationales. Le billet vert demeure ainsi une devise incontournable pour les acheteurs, a fortiori quand le groupe dont dépend le service achats réalise une bonne partie de son chiffre d'affaires en dollars.

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L’achat en zone dollar ne serait pas une simple question de coût mais de compensation des ventes faites elles aussi en dollars. Depuis son lancement le 1er janvier 2002, l’euro n’est pas parvenu à s’imposer dans les transactions internationales, restant loin derrière la monnaie de “l’Oncle Sam”. De plus, les fluctuations permanentes des marchés financiers sur le taux de change euro/dollar rendent utopique le retour à une parité entre les deux devises. Ce qui oblige les entreprises et leurs acheteurs à adapter leurs stratégies et à s’intéresser à la zone dollar pour rester compétitif dans la course aux marchés. Pour rappel, la zone dollar ne se limite pas uniquement aux États-Unis, mais compte également les pays d’Amérique du Sud, d’Asie et plus généralement les pays ayant une monnaie corrélée avec le dollar.

Tout d’abord, ces dix dernières années ont été marquées par un “effondrement” du dollar par rapport aux autres devises, et notamment l’euro. À l’instar de votre shopping new-yorkais sur Madison Avenue où le change extrêmement favorable booste littéralement votre pouvoir d’achat. Le même principe est observable pour les achats professionnels, avec des gains de 20 à 50 % immédiats uniquement dus au taux de change.

La seconde raison est plus politique et s’impose à l’acheteur via sa direction. En effet, il est crucial pour une société générant une partie de son chiffre d’affaires en dollars de réaliser un maximum de ses achats dans cette même devise afin de réduire son risque de change et de gagner en compétitivité.


Les stratégies à adopter

L’acheteur a le choix entre plusieurs solutions. La première consiste à délocaliser totalement ses achats en zone dollar, ce qui implique naturellement de revoir totalement son panel fournisseurs et son sourcing. L’acheteur peut également inviter ses fournisseurs stratégiques à se délocaliser en zone dollar. Il conserve ainsi intact son panel fournisseurs. Une troisième solution consiste, via des montages pas “très propres”, à imposer à l’ensemble de ses fournisseurs – qu’ils soient français ou étrangers – d’être payés en dollars. Airbus, pour faire face à la concurrence internationale sur son marché, a choisi la délocalisation d’une partie de sa production au plus près de ses clients et l’achat systématique en dollars (exemple de l’usine Airbus de Tianjin). Le plus difficile est alors pour l’acheteur de faire accepter de tels changements, aussi bien en interne qu’en externe.


Les écueils à éviter

Ne pas perdre de vue que la valeur des devises se décide sur les marchés financiers. Ainsi, un basculement peut très vite s’opérer et transformer une bonne opération au moment du passage de la commande en catastrophe au moment du paiement. Cependant, compte tenu des annonces faites en mai 2012 par la Réserve fédérale américaine (FED), il est peu probable qu’un renversement brutal s’opère avant fin 2014.

En tant qu'acheteur, vous devez conserver à l’esprit ce qu’impliquent les achats internationaux avant de transférer l’ensemble de votre portefeuille hors de la zone euro. La gestion logistique est plus lourde, plus complexe et les incoterms deviendront des outils du quotidien pour vous. Cela implique également une modification de vos processus achats afin de mieux anticiper les demandes en provenance de vos prescripteurs. Enfin, avant d’expatrier votre service achats à l’étranger ou d’imposer le règlement en dollars à vos fournisseurs, même français, pour des produits à livrer en France, vous devez être conscient qu’il s’agit là de mauvaises pratiques achats pouvant vous conduire devant les tribunaux.


Les points-clés à retenir

– La valeur des devises se décide sur les marchés financiers. Savoir réagir à des basculements qui peuvent être très rapides.

– En cas de délocalisation totale des achats en zone dollar, il faut revoir totalement son panel fournisseurs et son sourcing.

– Savoir faire accepter les changements aussi bien en interne qu’en externe.

– Avant d’expatrier votre service achats à l’étranger ou d’imposer le règlement en dollars à vos fournisseurs, même français, pour des produits à livrer en France, sachez qu’il s’agit là de mauvaises pratiques achats pouvant vous conduire devant les tribunaux.

Olivier Wajnsztok, directeur associé d'AgileBuyer

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