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Télétravail, bureaux partagés : économiser des mètres-carrés... pour quel gain ?

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Deuxième poste de dépense des entreprises, l'immobilier gagne à être optimisé. D'autant plus qu'à l'instar du télétravail et des bureaux partagés, les solutions réputées économes abondent. Décryptage de l'offre.

Télétravail, bureaux partagés : économiser des mètres-carrés... pour quel gain ?

"La question n'est plus de savoir s'il faut utiliser les outils numériques ou pas. Le fait est qu'ils ont gagné le monde du travail et qu'ils nous permettent - enfin ! - d'exercer notre activité en mobilité. Pierre Bouchet n'est pas du genre passéiste. Le directeur associé de Génie des Lieux - une société de conseils en organisation opérationnelle - fait de l'adaptabilité la pierre angulaire du bureau de demain... qu'il contribue à inventer.

Réunis au SIMI - le salon de l'immobilier d'entreprise qui s'est déroulé début décembre au Palais des Congrès, à Paris - prestataires et donneurs d'ordre ont fait montre de la même capacité à innover dans un contexte économique pourtant moribond. Un paradoxe ? Absolument pas. "'immobilier est le second poste de dépense d'une entreprise", rappelle Pierre Bouchet. Qui pointe ainsi du doigt l'intérêt, pour ces dernières, de s'engager dans une démarche d'optimisation immobilière. Un exercice qui, au vu des gains financiers en jeu, ne concerne pas que la direction immobilière mais l'ensemble des services - direction des achats en tête.

Des solutions en vogue

D'autant plus que la conjecture est favorable. Comme souligné Pierre Bouchet, la révolution technologique des dernières années en a amené une autre, sous-jacente, d'un ordre organisationnel. Télétravail, bureaux partagés (au sein de l'entreprise mais aussi dans des tiers-lieux) sont autant de solutions de plus en plus en vogue qui tendent à reléguer au passé l'équation classique selon laquelle un employé correspond à un poste de travail

Les raisons de l'engouement ? "Les bureaux partagés permettent de réduire le parc immobilier de 30 %", indique Pierre Bouchet. Autre solution, autre avantage : en réduisant les trajets domicile - travail, le télétravail comme le travail à l'extérieur tendent pour leur part à réduire le bilan carbone des entreprises. Moins immédiatement convertible en euros, le gain psychologique que représente l'autonomisation des employés dans le cadre de ces deux solutions n'est pas pour autant à sous-estimer. Selon une étude menée par le collectif allemand Office 21, c'est un levier puissant d'épanouissement personnel... qui se traduit, selon une logique éprouvée, par un gain de productivité.

"L'éloge de la mobilité interne et externe des employés"

Influencée par l'ensemble de ces données, la réponse imaginée par Génie des Lieux aux problématiques des entreprises liées à l'espace tient en une solution. Baptisée Bur@aulib, il s'agit, selon la formule de ses concepteurs, d'une "éloge à la mobilité interne et externe des employés". Sur le stand du prestataire au SIMI, le concept prend corps grâce notamment à des créations signées Bene, Forbo, Regent Lightnings, Humanscale ou encore Silvera. Pour un résultat qui allie espaces d'isolement, en nombre réduit, et espaces lounge, ou bien encore de réunions, plus nombreux. "Nous sommes passés de la notion de territoire individuel à celle de territoire collectif", souligne Pierre Bouchet, qui insiste par ailleurs sur la pluralité des expériences de travail ainsi offertes. "Cela permet de ne pas rester figer".

Le logo de bure@lib montre un utilisateur dans différentes expériences de travail (en entreprise, à la maison, à l'extérieur...).


De la nécessité d'être agile

Des employés qui poussent un canapé, d'autres qui s'agenouillent pour fixer, en un mouvement, leur bureau, qui soulèvent une dalle de moquette pour brancher leur ordinateur ou bien encore qui dessinent sur les murs... Dans une vidéo institutionnelle, SAP, le géant de l'informatique américain, exhibe fièrement l'App Haus. Un terrain de jeu ? Presque. Il s'agit du nouveau bureau du service R&D de Dublin, en Irlande.


Ce dernier a été développé avec l'agence de conseil en aménagement d'espace tertiaire Jones Lang LaSalle (JLL) qui, au SIMI, animait - justement - une conférence sur le thème "Aménagement transformant : jusqu'où peut on aller?" Difficile d'imaginer réponse plus paroxysmique que l'App Haus à cette question. Néanmoins, elle est exemplaire d'une volonté de plus en plus répandue des entreprises de se transformer. "Le paradoxe, indique Rémi Calvayrac, directeur workplace & design chez JLL, c'est que l'objet immobilier est rarement associé à ces transformations. Or, c'est un outil en or dans ce cadre". Philipp Skogstag, directeur du développement de l'App Haus chez SAP, confirme cette corrélation entre l'entreprise et ses locaux - le fond et la forme. "SAP était devenu une structure assez rigide. L'App Haus témoigne de la volonté contraire d'être complètement flexible." TK Ranga Rengarajan, EVP business analytics,chez SAP lui fait écho : "Notre nouveau cadre de travail nous permet de rester agile".

La fin de la reconnaissance par l'espace

Pour autant, pas toujours facile de franchir le pas entre le rêve et la réalité. La transformation de l'environnement de travail, même si elle est motivée par des objectifs financiers, doit pour atteindre ses objectifs faire l'objet d'un véritable projet d'entreprise. Et mettre en lien tous les décisionnaires... avec les employés. D'autant plus que la perte de repères spatiaux peut en bousculer certains. "C'est la fin de la reconnaissance par l'espace" admet Pierre Bouchet. Avant, la taille du bureau que l'on occupait dans l'entreprise permettait de mesurer l'importance qui nous était accordée. Mais ce modèle est en perte de vitesse. Ainsi, le taux d'occupation réelle des postes de travail en entreprise est de seulement 30%, rapporte JLL. Un chiffre qui pourrait encore chuter si la France devait se mettre au diapason de certains voisins européens. En Suède, seul un employé sur deux se rend dans un bureau tous les jours selon une enquête menée par l'institut CSA pour l'observatoire de la qualité de vie au bureau Actinéo.