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Interview du directeur achat de Bouygues Construction : "Les achats ne doivent pas manquer le train du numérique"

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Interview du directeur achat de Bouygues Construction : 'Les achats ne doivent pas manquer le train du numérique'

Maquette numérique, standardisation, réduction du panel fournisseurs, vous accélérez votre processus d'industrialisation ?

À l'évidence, oui, nous sommes à un tournant. Et je pense qu'il est fondamental que nos acheteurs soient proactifs et regardent ce qui se passe autour pour relever les best practices.

Ne craignez-vous pas que cette course à la standardisation ne soit incompatible avec votre recherche constante d'innovation ?

Absolument pas. Nos confrères de l'industrie nous ont montré la voie. Le secteur de l'automobile, par exemple, standardise, en permanence et depuis longtemps, des pièces ou des équipements innovants sur leurs modèles. Le bâtiment ou l'ouvrage de demain, tout comme les véhicules, ne seront plus les bâtiments d'il y a dix ans. Les produits standards que nous commençons à intégrer dans la maquette numérique seront "remis en cause" techniquement par nos directions techniques et achats de manière récurrente, et cela en lien avec nos fournisseurs référencés. L'une des valeurs premières des achats n'est-elle pas la remise en question permanente ?

Travaillez-vous également à simplifier les process pour vos fournisseurs ?

Mon objectif est d'industrialiser. À défaut de pouvoir simplifier, ce qui n'est pas toujours évident, j'espère, en tout cas, ne pas complexifier les choses pour nos fournisseurs. Par exemple, quand nous avons mis en place notre ERP achats, il y a trois ans, nous avons demandé à nos fournisseurs de nous suivre en ligne et beaucoup ont refusé, percevant cela comme une contrainte administrative supplémentaire. Après en avoir discuté de visu avec eux pour voir où était réellement le problème, ils se sont aperçus qu'il n'y en avait pas. Cela signifie que nous devons nous améliorer en matière de communication vis-à-vis de nos fournisseurs. Mais ce qui est certain, c'est qu'une seule procédure est préférable à dix et qu'il vaut mieux, sur une même famille d'achats, un acheteur en central plutôt que dix sur le terrain.

L'industrialisation a, ainsi, un sens, pour l'entreprise, mais aussi pour les fournisseurs, car ils n'ont, alors, qu'un seul interlocuteur qui leur permet de toucher le monde entier. C'était encore impensable il y a quatre ans.

Quels sont vos challenges, pour 2015 ?

Le chantier sur l'innovation que l'on doit maintenant déployer à l'échelle du groupe. C'est un travail considérable et il faudra compter au moins deux à trois ans pour y parvenir. Mais je suis confiant, car les outils sont déjà en place. Avec notre base de données "Innov'action", par exemple, qui recense les innovations, nous les suivons et, en cas de succès, les déployons. Nous organiserons la prochaine convention fournisseurs en 2016. D'ici là, nos acheteurs vont déployer les trois grands axes de notre stratégie. En matière d'internationalisation, les fournisseurs français qui étaient présents le 25 novembre savent que nous les attendons. À eux, maintenant, de nous montrer qu'ils ont envie de partir avec nous !
Comme autres challenges, nous devons continuer à mailler les territoires et les métiers par la fonction achats. Notre filière manage, aujourd'hui, 50% des dépenses du groupe Bouygues Construction, et ce chiffre va augmenter, car il y a encore des métiers où nous ne sommes pas assez bien positionnés, c'est le cas des concessions, notamment. Pour cela, en tant qu'acheteurs, nous devons parfaire notre relationnel et notre communication pour aller nous vendre et participer à la conquête de nouveaux marchés.

Biographie
Franck Le Guillou, 47 ans, est diplômé du MAI de Bordeaux, mastère en management des achats industriels (ESC Bordeaux). Il a débuté sa carrière chez Danone et dans le groupe Roullier. En 2000, il a rejoint le groupe Saur, alors filiale du groupe Bouygues. De 2010 à 2012, il a été nommé directeur des achats du pôle énergies et services (Bouygues Énergies & Services) et du pôle concessions de Bouygues Construction. Il est, depuis novembre 2012, directeur des achats de Bouygues Construction.