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[ITW ] "Innover pour innover ne sert à rien" - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

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[ITW ] 'Innover pour innover ne sert à rien' - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

D.A : CICE, CIR... toutes ces mesures du Gouvernement en faveur de l'innovation sont-elles une bonne chose ?

Jean-Lou Blachier : Le CIR est une bonne mesure. Il entraîne des réductions de charges, de même que le CICE, mais ne faudrait-il pas réserver ces mesures à l'investissement industriel ? D'une façon générale, il faudrait simplifier les choses. Susciter la confiance et le dialogue me paraît nécessaire.

D.A : Quels types de financement peut-on imaginer pour développer l'innovation ?

Jean-Lou Blachier : Beaucoup a été fait dans ce domaine. Aujourd'hui, avec le PIA (programme d'investissement d'avenir), avec la BPI, avec les fonds régionaux, avec la croissance des financements privés qu'on observe depuis deux ou trois ans, il n'y a pas vraiment de problème de financement. La plupart des acteurs rencontrés estiment qu'un bon projet trouve toujours son financement. Le problème est celui de l'accès aux nombreux dispositifs et outils de financement. Cet accès reste complexe pour les PME, qui perdent du temps à s'orienter dans le maquis des aides et des structures d'appui et ne savent pas toujours à qui s'adresser. Il faudrait rationaliser et mieux organiser tout cela. Peut-être les nouvelles régions y parviendront-elles. Je le souhaite.

D.A : Quel est le rôle des acheteurs dans l'innovation ?

Jean-Lou Blachier : Le rôle de l'acheteur est majeur : il a besoin de produits performants et a donc tout intérêt à regarder les pôles innovation, car il lui faut renouveler son offre. Le rôle de la commande publique est également important par le fait qu'elle peut soutenir les entreprises innovantes de proximité. Pour cela, il faut bien réfléchir à la façon dont on bâtit le cahier des charges.

D.A : Faisons un point d'étape de votre mission. Quelles sont vos premières conclusions ?

Jean-Lou Blachier : Les entreprises ont besoin de davantage de stabilité. Les règles qui changent tout le temps rendent les choses plus complexes et coûteuses, pour les PME. Il faut aussi aller beaucoup plus loin dans la simplification et la rationalisation. Dans le domaine de la formation, il y a une grande urgence à revaloriser les formations techniques et l'apprentissage. Nombre d'entreprises ont du mal à recruter en France ce qui, compte tenu du niveau de chômage, est inadmissible.

Le détail de la mission : La lettre de mission datée du 6 mai 2016, signée par Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, précise "que le rapport remis par Monsieur Louis Gallois au Gouvernement en 2012 fait le constat du phénomène de désindustrialisation qui frappe la France depuis plusieurs décennies et de manière plus accentuée depuis les années 2000. Les origines sont multiples : perte de la compétitivité-coût, développement relatif plus important des marchés dans les pays émergents, positionnement stratégique en entrée de gamme... Le gouvernement a conduit une politique ambitieuse de redressement de la compétitivité-coût (CICE, pacte de responsabilité) et de montée en gamme (sanctuarisation du CIR, nouvelle France industrielle et notamment industrie du futur). Il reste à enclencher une dynamique microéconomique sur les territoires pour lancer le mouvement de réindustrialisation. Le gouvernement mène par ailleurs une politique active en matière d'innovation qui s'incarne notamment par le développement de l'action de Bpifrance en ce domaine. Les collectivités locales et les réseaux consulaires ont, eux aussi, développé des outils de financement et d'accompagnement des écosystèmes d'innovation. Ma conviction est que le développement de ces écosystèmes peut constituer un levier puissant de réindustrialisation ".