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[ITW ] "Innover pour innover ne sert à rien" - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

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[ITW ] 'Innover pour innover ne sert à rien' - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

D.A : Pourriez-vous vous inspirer des pays limitrophes européens ?

Jean-Lou Blachier : C'est ce que je veux faire, mais j'ai peur de manquer de temps. Je suis persuadé de l'intérêt d'un benchmark. Les autres pays ont des idées. Je pense qu'il faut aller voir en Allemagne, et pourquoi pas en Angleterre, qui a une véritable volonté de réindustrialisation. Il n'y a aucune raison que les autres n'aient pas des idées dont on pourrait s'inspirer. C'est aussi pourquoi j'ai sélectionné des régions limitrophes. Il faut surtout continuer à construire l'Europe. Nos entreprises ont besoin d'un grand marché intégré sur lequel s'appuyer, un marché où les règles fiscales et les normes ne changent pas à chaque fois que vous franchissez une frontière interne à l'Union européenne. La simplification, c'est aussi cela. Il faut aussi accélérer la mise en place du brevet communautaire. C'est essentiel pour toutes les entreprises, mais surtout pour nos PME-PMI, qui sont confrontées aujourd'hui à des surcoûts et des processus trop lents.

D.A : Quels échos avez-vous des entreprises ?

Jean-Lou Blachier : Très souvent, les entreprises me disent : vous voulez m'aider à réindustrialiser, eh bien, baissez les charges, pour que je sois plus compétitif. Je réponds que le CIR et le CICE ont été créés dans cet objectif, mais qu'elles doivent utiliser la totalité des outils qui sont à leur ­disposition pour être plus innovantes. Bien souvent, elles ne connaissent pas toutes les possibilités qui existent. Je pense d'ailleurs qu'il y a trop de dispositifs et que l'essentiel n'est de ce fait pas assez visible.

D.A : Y a-t-il un problème de communication et/ou de méconnaissance/de préjugés de ces deux mondes (l'innovation et l'industrie) ?

Jean-Lou Blachier : Il ne s'agit pas de deux mondes séparés. Le monde de l'industrie évolue très vite et intègre quantité d'innovations. Il n'est pas moins innovant que les autres secteurs, même si on parle plus souvent des start-up que des entreprises traditionnelles.

D.A : Comment l'industrie intègre-t-elle l'innovation ?

Jean-Lou Blachier : Il existe une grande différence entre les PME et les grands groupes, qui ont des laboratoires de recherche très développés. Le dynamisme des start-up doit profiter aux petites et moyennes entreprises industrielles. L'innovation ne permet pas uniquement des nouveaux produits, elle fait également gagner en rendement, en coût de fabrication...

D.A : Quid de l'innovation dans le secteur public ?

Jean-Lou Blachier : Il y a des avancées avec, par exemple, le marché public simplifié (MPS) et le programme "Dites-le-nous une fois", qui est une composante majeure du choc de simplification devant contribuer à la compétitivité des entreprises françaises. Mais on n'est qu'au début du processus. Il faut aboutir rapidement à des démarches moins lourdes pour les entreprises, grâce aux échanges de données entre administrations. La dématérialisation des procédures doit par ailleurs être poursuivie. Toutes celles qui ne peuvent être supprimées dans le cadre de la simplification doivent être dématérialisées. Le numérique doit très vite devenir le mode d'accès de droit commun aux démarches administratives.

Lire la suite en page 3 : "Quels types de financement peut-on imaginer pour développer l'innovation?"