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[Jeune acheteur] "En école, l'aspect relationnel est peu enseigné"

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Âgé de 27 ans, Sébastien Baque est un tout jeune acheteur, actuellement en spécialisation dans les achats internationaux et innovations. En alternance, il travaille en tant qu'acheteur textile dans l'industrie du luxe. Rencontre.

[Jeune acheteur] 'En école, l'aspect relationnel est peu enseigné'

Quel a été votre parcours universitaire et professionnel ?

J'ai démarré mes études secondaires par un DUT techniques de commercialisation, puis un bachelor en management en Angleterre. J'ai ensuite intégré le programme Grande école de l'école de commerce de Bordeaux (anciennement BEM, nouvellement Kedge Business School), avant de poursuivre actuellement une spécialisation en achats internationaux et innovations (MAI).

Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les achats ?

Au départ, j'étais plutôt orienté chef de produit, mais lors de mon année césure je me suis dirigé vers les achats à la suite de conseils de mes professeurs. J'ai effectué trois stages de six mois chez Bouygues Construction, les hôtels du groupe Starwood et Chanel et cette fonction m'a plu. Le métier d'acheteur est en perpétuelle évolution et extrêmement transverse dans l'entreprise, c'est très stimulant.

Nous restons une fonction support mais qui accompagne les autres départements.

Il y a également beaucoup de relationnel avec les prescripteurs, les fournisseurs, etc. Ce sont les achats qui vont capter en grande partie l'innovation car nous sommes constamment en relation avec les fournisseurs du marché, c'est une véritable porte ouverte sur l'extérieur.

Quelles sont aujourd'hui vos missions ?

Je suis actuellement acheteur textile dans le secteur du luxe (NDLR : l'employeur, une grande maison, n'a pas souhaité apparaître). Mes missions sont variées, elles sont principalement opérationnelles, environ 70 à 80% de mon quotidien. Ce sont des projets sur lesquels nous travaillons en relation tri-partite : chef de projet, ingénieur matière et acheteur matière. Le chef de projet est garant de l'avancé du projet, il assure la synergie et l'ajustement des tâches de chacune des parties prenantes. L'ingénieur produit, quant à lui, apporte son expertise sur la technique de production et la matière elle-même, selon le projet sur lequel nous travaillons.

Enfin, en tant qu'acheteur, j'assure l'interface avec les fournisseurs avec tout ce que cela implique : négociation tarifaire, logistique, délais, etc. En rapportant de manière régulière les informations au chef de projet. Et j'ai également des missions transverses qui constituent environ 20 à 30% de mon quotidien : ce sont tous les indicateurs que nous suivons: le sourcing fournisseur, les missions portées sur l'innovation, la remise en forme de notre structure de travail...

Quels sont les défis que vous avez à relever ?

J'en vois principalement deux : des défis d'ordre relationnel. Il s'agit de savoir communiquer au plus juste avec tous les interlocuteurs avec lesquels je suis amené à travailler. Logiquement, les fournisseurs de mon panel sont les premiers concernés mais les prescripteurs internes (dans mon cas les chefs de projet) le sont également. Ces derniers doivent à juste titre être rassurés sur ma capacité à assurer l'interface avec les fournisseurs avec tout ce que cela implique.
Ces défis quotidiens permettent, une fois surmontés, de gagner en crédibilité auprès de ces deux interlocuteurs et de garantir ainsi une relation de confiance qui se pérennise au fil du temps. Et des défis d'ordre technique : même si l'acheteur n'est pas l'expert de la matière qu'il achète auprès de ses fournisseurs, il est fortement recommandé de s'intéresser au produit et au marché au sein duquel cette dernière évolue. La montée en compétences techniques est un avantage crucial car elle aide aux négociations avec les fournisseurs mais donne aussi des éléments sérieux de négociation face aux différentes demandes des chefs de projet.

Travailler dans le luxe est-il un choix de carrière ?

À l'origine non, j'ai d'ailleurs commencé chez Bouygues Construction. Depuis, j'ai eu plusieurs expériences dans le secteur du luxe qui me correspond bien. Cela dit, même si ce secteur reste attrayant, il n'en est pas moins exigeant. Le produit final est le résultat d'un travail minutieux où rien ne doit être laissé au hasard et c'est justement cela qui m'attire avant tout car nous sommes tirés vers le haut via une remise en question quasi permanente de nos méthodes de travail.
Il est important par ailleurs d'être familier avec les "codes" du luxe, sans quoi il peut être difficile de s'impliquer pleinement. Cela demande une forte capacité d'adaptation ainsi qu'une intelligence émotionnelle assez développée, ce qui n'est pas toujours facile, mais là encore ce sont des défis que je trouve stimulants. Par la suite, si j'ai la chance d'évoluer dans le secteur du luxe, je saisirais volontiers l'opportunité, même si je n'exclus pas de toucher à d'autres secteurs.

La réalité du métier est-elle différente ?

L'école nous prépare peu aux imprévus auxquels nous sommes confrontés une fois en entreprise. L'aspect relationnel est encore peu vu, ce qui est regrettable car c'est généralement l'enjeu majeur de notre quotidien, autant avec les personnes extérieures à l'entreprise que toutes celles que nous sommes amenés à côtoyer chaque jour en interne. L'entreprise est pour moi une véritable "école" de formation à ce niveau-là autant sur le plan technique qu'humain. Le niveau d'exigence et la pression à gérer vous poussent par moments à dépasser vos limites, ce qui est très stimulant malgré le stress que cela peut engendrer. Cela s'apprend difficilement ailleurs que sur le terrain !

Êtes-vous tenté par le secteur public ?

Pourquoi pas. La conjoncture économique actuelle pousse le secteur public à une prise de conscience de plus en plus grande sur le fait que les achats sont un levier d'économie énorme. C'est notamment le cas avec les CHU et les collectivités qui y sont de plus en plus sensible et recrutent des acheteurs pour mettre en place des services achats lorsqu'ils sont encore inexistants ou bien les consolider, les faire grandir et mûrir.

Si vous n'aviez pas été acheteur, quel métier auriez-vous aimé faire ?

J'aurais été encore plus proche du produit en exprimant davantage mon côté créatif, en tant que chef de produit. Nombre de qualités requises pour ces deux métiers sont communes. Je n'exclus d'ailleurs pas le fait de m'orienter dans cette direction... plus tard dans ma carrière.

Y a-t-il une personnalité dont vous admirez le parcours ?

Lors de mon premier stage, chez Bouygues Construction, j'ai découvert le métier d'acheteur dans un secteur extrêmement technique et "challengeant" et cela n'a pas été évident mais Aymeric Martinez (NDLR : responsable achats des marchés spécialisés enveloppe du bâtiment et CEA Sud-ouest chez Bouygues) a cru en moi. Il m'a suivi, coaché et m'a transmis sa passion pour ce métier.

Comment vous projetez-vous à 20 ans ?

C'est difficile d'y répondre ! La génération de nos grands-parents est restée dans la même entreprise de la fin de leurs études jusqu'à leur retraite. La génération de nos parents change de secteur en exerçant le même métier et je pense que la génération future dont je fais partie changera même de profession. Nous ne ferons pas forcément le même métier à 20 ans qu'à 50 ans. Idéalement, j'espère que je serais devenu manager d'une équipe, dans les achats ou bien dans un autre domaine car c'est avant tout la relation aux autres qui m'anime.

Son credo : Bien choisir son entreprise et varier ses expériences dans les achats, car certaines sociétés sont plus formatrices que d'autres.