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[ITW ] "Innover pour innover ne sert à rien" - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

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Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics, a été chargé d'éditer un rapport sur la façon dont les écosystèmes d'innovation peuvent contribuer à la réindustrialisation du pays, par Emmanuel Macron, alors qu'il était ministre de l'Économie. Il nous parle de sa mission.

[ITW ] 'Innover pour innover ne sert à rien' - Jean-Lou Blachier, ancien médiateur des marchés publics

Décision Achats : Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, vous a confié en mai 2016 une mission "sur les écosystèmes d'innovation et la manière dont ils peuvent contribuer à la réindustrialisation de notre pays". En quoi cela consiste-t-il ?

Jean-Lou Blachier : Il m'a été demandé de réaliser un rapport afin de pouvoir identifier les actions locales que l'État et les collectivités pourraient lancer dans le but d'enclencher ce mouvement de réindustrialisation en s'appuyant sur l'innovation. La réindustrialisation doit être prioritaire, car c'est dans les entreprises industrielles et dans les start-up qu'il y a le plus grand potentiel de création d'emplois. Il m'a semblé qu'il était nécessaire de rencontrer des entreprises et des acteurs économiques dans les régions que j'ai sélectionnées dès le milieu du mois de juin.

D.A : Vous avez dû sélectionner deux régions sur lesquelles travailler. Lesquelles avez-vous retenues et pourquoi ?

Jean-Lou Blachier : Je les ai choisies dans le cadre des nouvelles grandes régions. La première est le Grand Est, car c'est une région historiquement très industrielle, qui rencontre des difficultés, notamment dans les Ardennes, mais qui présente des actions très favorables au développement des entreprises innovantes. Plusieurs pôles de compétitivité sont implantés dans le Grand Est, ainsi que des IRT ou des écosystèmes d'innovation, comme le CEATech de Metz. La seconde région que j'ai retenue est l'Occitanie (Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon). Cette région est intéressante de par sa filière industrielle aéronautique, très dynamique à Toulouse, et par des industries et des bassins d'innovation très présents­ dans des départements comme le Gard ou l'Hérault. Mais c'est aussi une région qui a le deuxième taux de chômage de France.

D.A : En quoi votre passé d'ancien médiateur des marchés publics vous sert-il ?

Jean-Lou Blachier : Lorsque j'étais médiateur des marchés publics, pendant trois ans j'ai rencontré de nombreuses entreprises. J'ai naturellement utilisé mes connaissances du terrain, des chambres consulaires et des réseaux des organisations professionnelles pour avoir des rendez-vous avec des dirigeants de start-up ou d'entreprises industrielles. J'ai également utilisé mes réseaux pour rencontrer des acteurs économiques de terrain dans les préfectures, les Direccte (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), les pôles de compétitivité, les SATT (sociétés d'accélération du transfert de technologies), les IRD...

D.A : De quel constat êtes-vous parti ?

Jean-Lou Blachier : Nous avons, en France, un gros potentiel et des idées débordantes ; il faut être à l'écoute des jeunes pousses et des chefs d'entreprise. Au final, tout est une histoire de mise en contact et de passerelles entre deux mondes. Il faut faire se rencontrer l'innovation et le besoin, car innover pour innover ne sert à rien. Il faut mettre en relation les chercheurs avec les industriels, ce qui n'est pas toujours simple. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que le chercheur doit être dans son univers, j'ai été reçu par Philippe Vasseur, ancien président de la CCI du Pas-de-Calais, ancien ministre qui a une mission dans le Nord pour Emmanuel Macron. Il écoute les entreprises et tisse des liens. Il obtient des résultats très positifs. Il faut dire qu'il connaît les entreprises et parle le même langage qu'elles. La confiance et la connaissance sont évidemment des raisons de son succès.

Lire la suite en page 2 : "Pourriez-vous vous inspirer d'autres pays européens?"