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Devenir mentor, pourquoi pas vous ?

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Loin du coaching ou des conseils d'experts, le mentorat entrepreneurial s'affiche comme un dispositif d'accompagnement singulier, pour lequel l'écoute et le partage figurent comme des déterminants à la bonne réussite de la relation. Mais comment devient-on mentor ?

Devenir mentor, pourquoi pas vous ?

Si le mentorat entrepreneurial a le vent en poupe auprès des jeunes (et moins jeunes) entrepreneurs, il n'en demeure pas moins une méthode d'accompagnement particulière. De part ses enjeux et ses conditions d'exercice, le mentorat s'illustre comme un partage d'expérience entre pairs.

Importé de Québec au milieu des années 2000, le mentorat est à distinguer des activités de coaching et de conseils par son essence même, basée sur une relation de confiance, de partage et de questionnement. Un axe déterminant d'après Dominique Restino, président de l'Institut du mentorat entrepreneurial France (IME) et du Moovjee, à l'origine de son développement en France ces dernières années. "Une expérience ne se transmet pas, elle se partage", précise-t-il, à l'occasion de la première édition des rencontres du mentorat France-Québec, organisée jeudi 30 novembre 2017 par le Moovjee et le Réseau M France.

Parce que là où les experts et autres coachs conseilleront les entrepreneurs dans le développement de l'activité de leurs clients, le mentorat s'affiche d'abord comme une relation basée sur la confiance et la bienveillance au service du dirigeant. Dénué de tout intéressement financier - ni rémunération, ni participation dans la société du mentoré -, le mentor sert avant tout à "ouvrir le champ des possibles et de la réflexion".

"Le bon mentor n'est pas celui qui a toutes les réponses mais celui qui a toutes les questions", insiste Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation de l'Entrepreneurship du Québec. Alter-égo de l'entrepreneur, "il apporte des pistes de réflexion et participe à la structuration de sa réflexion".

Quelle posture adopter ?

Mettre son expérience professionnelle au service de jeunes entrepreneurs n'est pas pour autant un cheminement aisé. Il paraît même déconcertant. "Devenir mentor, c'est challenger ses propres pratiques en se remettant en question", explique Christophe Rozuel, entrepreneur et mentor au Moovjee. L'idée est avant tout de parvenir à faire réfléchir le dirigeant sur sa vision de l'entreprise et sa prise de décision, avec l'impératif de ne pas lui proposer de solutions.

Une posture néanmoins compliquée à appréhender. "Être mentor est la chose la plus irrationnelle qui soit dans les affaires", rappelle Pierre Duhamel, évoquant la difficulté de ne pas s'inscrire dans une démarche de proposition de solutions toutes faîtes.

"Ce n'est pas tant la pertinence des propos en rapport avec l'activité qui prime, que la capacité à interroger le mentor sur son potentiel", abonde Olivier Ganivet, entrepreneur mentoré et aujourd'hui mentor. Si le questionnement guide l'action du mentor, il n'existe pas pour autant une feuille de route spécifique.

"Il n'y a pas de méthode typique, tout se base dans la relation que vous entretenez avec votre mentoré. Elle est intimement liée à sa personnalité et à la vôtre, reconnaît-il. Il y a un vrai travail à ne pas vouloir proposer de solutions et à ne pas répondre à leurs questions, c'est à eux que revient la décision".

Un accompagnement d'égal à égal qui sous-tend également une question de légitimité. "En quoi mon expérience professionnelle et mon histoire entrepreneuriale sont-elles pertinentes et comment peuvent-elles servir à d'autres", s'interroge Christophe Rozuel, pour qui cette question a constitué la première étape de sa démarche de mentor.

Une relation de confiance

Pour parvenir à faire avancer le cheminement de l'entrepreneur, la relation mentorale doit s'appuyer sur la sincérité des parties prenantes. "La confiance ne se décrète pas, elle est la base d'une relation réussie", considère Christophe Rozuel.

Pour Christine Monier, dirigeante et mentor au Moovjee, une des difficultés réside dans la nécessité de se positionner comme l'égal de son interlocuteur : "Il est indispensable de casser cette relation de sachant et de débutant qui peut exister au début du mentorat. Les mentorés ont bien souvent un regard positif sur nous de part notre expérience, notre connaissance de l'entreprise". Pourtant, c'est bien dans l'établissement d'un rapport sain et partagé que la relation mentorale pourra fonctionner.

Il n'empêche, s'investir comme mentor suppose du temps. Organisé sur un programme d'un an, le mentorat nécessite des rencontres régulières, "à raison généralement d'une fois par mois". Un investissement auquel chacun doit réfléchir avant de s'engager. "Ce n'est pas toujours simple, reconnaît-elle. Chacun a son activité personnelle, cela demande une disponibilité physique et mentale importante afin que ça reste une richesse".

D'autant plus, que les soubresauts d'une aventure entrepreneuriale peuvent aussi avoir raison de la relation mentorale. "Face à un échec de son mentoré, il faut aussi savoir accepter que son rôle ne suffit pas", admet Christine Monier. Un sentiment partagé par Christophe Rozuel pour qui "une telle histoire se base sur la recherche de postures non-figées. C'est une aventure vécue à deux avec ses bons comme ses moins bons moments".

Mais comme toute aventure, celle du mentorat a également une fin. Une relation qu'il faut savoir conclure, pour Christine Monier. "Ce n'est pas sain de vouloir continuer coûte que coûte, juge-t-elle. Savoir terminer une relation mentorale est aussi important que savoir la débuter pour permettre à l'entrepreneur de prendre son envol." Une conclusion qui n'empêche pas certains de garder contact dans le temps. Preuve que le mentorat est bien plus qu'un simple partage d'expériences.