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Vidéosurveillance: la caméra à la mode

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Les caméras de vidéosurveillance poussent comme des champignons dans les grandes et les petites villes de l'Hexagone. Mais avant de miser sur un tel équipement, encore faut-il bien évaluer les besoins réels de la collectivité ainsi que ses capacités financières.

Le marché de la vidéo surveillance a de beaux jours devant lui. D'après un rapport remis fin juillet par le parlementaire UMP Guy Geoffroy, la France comptera fin 2010 près de 37 000 caméras de vidéosurveillance sur la voie publique. Un début, car le gouvernement souhaite porter ce chiffre à 60000 fin 2011, soit une caméra pour 1 000 habitants, et met à disposition un Fonds interministériel de prévention de la délinquance (49 millions d'euros en 2010) dont 60 % sont prévus pour aider les collectivités à s'équiper. Parmi les différents modes d'exploitation des caméras existants dans l'Hexagone, les opérateurs publics privilégient en premier lieu le mode en temps réel, qui mobilise en permanence un opérateur de la police, contrairement au système britannique (4 millions de caméras), exploité a posteriori. Il y a encore quinze ans, la vidéo surveillance en France concernait surtout les grandes agglomérations comme Paris (1 300 caméras fin 2010) ou Lyon (220 caméras). Mais selon les opérateurs, le client-type d'aujourd'hui serait une ville de taille moyenne qui souhaite équiper son centre-ville d'une dizaine de caméras. « Le marché des villes est en forte progression avec une augmentation de 16 % par an », confirme Mathieu Lesieur chef de produit chez Sony. Un choix de s 'équiper qui n'a rien à voir avec l'orientation politique des élus. Ainsi, le phénomène est patent dans un territoire comme la Seine-Saint-Denis, pourtant très marqué à gauche, où plusieurs bâtiments publics ont été détruits pendant les émeutes de 2005.

A Avignon, ce sont 64 caméras qui ont été installées. Dans ce local, un mur d'images de 15 moniteurs permet aux policiers municipaux affectés à la surveillance de visionner en direct l'ensemble des rue de la ville.

A Avignon, ce sont 64 caméras qui ont été installées. Dans ce local, un mur d'images de 15 moniteurs permet aux policiers municipaux affectés à la surveillance de visionner en direct l'ensemble des rue de la ville.

Un schéma d'implantation cohérent

Les villes ont choisi d'équiper en caméras les nouveaux bâtiments comme les quartiers sensibles, ce qui leur a permis d'alléger le montant des primes d'assurance. Mais ce phénomène touche aussi les zones rurales. Si la vidéosurveillance est donc dans l'air du temps, les collectivités doivent toutefois veiller à choisir leurs équipements selon leurs besoins réels et leurs capacités de financement. « Certains d'élus conçoivent la vidéo surveillance comme un outil de communication politique au niveau local, regrette Antoine Heymann, directeur des opérations d'Althing, cabinet d'études spécialisée. L'implantation de caméras sur les grands carrefours ou près des zones pavillonnaires peut, en effet, rassurer certains électeurs, mais l'objectif véritable visé par l'achat d'un tel équipement doit s'inscrire dans une démarche bien plus concrète. » Aussi, pour la collectivité, la première tache consiste à faire remonter le besoin et dresser une carte de la délinquance grâce aux services de police nationaux et municipaux, aux bailleurs sociaux, afin de définir un schéma d'implantation cohérent. Côté cahier des charges, les services informatiques, en particulier, doivent être attentifs à l'optimisation des réseaux et systèmes déjà en place. Leurs exigences doivent surtout se centrer sur l'obtention de contrats de maintenance efficaces et rapides, prenant en compte le risque inévitable de dégradation.

Antoine Heyman, Cabinet Althing

«Il n'y a pas d'étude établissant un lien de causalité direct entre l'installation de caméras et la baisse de la délinquance.»

Le numérique a le vent en poupe

Une fois les besoins définis, reste à faire son choix parmi les solutions de plus en plus high-tech s'imposant sur le marché. La technologie IP (numérique), par exemple, représente aujourd'hui plus de la moitié des équipements vendus. Ces derniers séduisent les collectivités pour leur qualité vidéo (HDTV) pouvant atteindre 24 images/seconde en sept millions de pixels. Leur utilisation est d'ailleurs simplifiée au maximum pour les opérateurs qui peuvent, sans formation particulière, contrôler la caméra de façon intuitive, avec un joystick. « Mais la valeur ajoutée de l'IP réside dans ses fonctions d'intelligence embarquée », précise Malika Righi en charge de la vidéo urbaine chez Axis Communication, leader européen des caméras IP. Les caméras peuvent s'adapter à tout type de l uminosité. Plus encore, elles sont équipées de détecteurs de mouvement à réglage très fin, qui repèrent réellement les intrusions sans les confondre avec les simples effets du vent. » Une gamme de fonctionnalités qui, au-delà de la stricte vidéo protection pour faire face à la délinquance, relève aussi de la gestion technique privilégiée par les collectivités.

Malgré la montée en puissance du numérique, l'analogique n'a pas dit son dernier mot. En effet, lorsque les communes veulent poser de nouvelles caméras, celles pionnières en la matière préfèrent généralement garder leur système traditionnel. D'autant que les technologies actuelles permettent de numériser le signal analogique. Par ailleurs, à moins d'opter pour un système sans fi l, le câble dit "coaxial" reste l'idéal pour couvrir de grandes distances. Et pour cause: les câbles ethernet qui équipent les systèmes IP ne fonctionnent pas après 100 mètres.

Malika Rigi, Axis Communication

«Les caméras IP sont équipées de détecteurs de mouvement à réglage très fin, qui repèrent réellement les intrusions sans les confondre avec les simples effets du vent. »

L'infrastructure informatique, poids lourd du budget

Au-delà des options technologiques, c'est surtout l'arbitrage financier qui pèse sur le projet. L'outil caméra en lui-même est peu onéreux, de 400 Euros HT pour un modèle fixe analogique à 3 000 Euros pour une caméra dôme à rotation 360° avec fonctionnalités embarquées. Au final, il ne représente que 15 % maximum du coût total. Aussi, l'essentiel des dépenses porte sur l'infrastructure informatique pour le traitement et le stockage des données, les logiciels, le câblage, qu'il s'agisse d'un réseau coaxial, ethernet ou fibre optique. Sans oublier

les travaux de voiries indispensables pour la pose de ce câblage, qui représentent l'essentiel de la dépense. Toutefois, ces coûts doivent être relativisés. Le réseau de fibre optique installé à cette occasion servira à d'autres usages que la vidéosurveillance. En outre, si l'installation vise à protéger des partenaires privés (bureaux, centres commerciaux, etc.), les collectivités peuvent toujours sol liciter ces derniers pour un cofinancement par le biais des offres de concours. Résultat: il s'avère souvent difficile de chiffrer en moyenne le coût d'installation de la vidéosurveillance. Tout dépend du nombre de caméras, de l'usure de ces équipements, de la configuration urbaine, de l'infrastructure préexistante, des travaux nécessaires et du personnel affecté au traitement des images. Reste enfin la question de l'impact concret de la vidéosurveillance sur la délinquance. « Il faut reconnaître qu'aujourd'hui, l'ensemble des acteurs tourne en rond sur la question de l'évaluation », reconnaît Antoine Heymann dont le cabinet Althing accompagne des collectivités sur les politiques publiques locales de sécurité. Il n'y a pas d'étude qui établit un lien de causalité direct entre l'installation de caméras et la baisse de la délinquance. Cela y participe, mais l' évolution de la délinquance a également un rapport avec d'autres actions comme l'accompagnement de la parentalité ou les contrats locaux de sécurité qui mettent des années à produire leurs pleins effets. »

Témoignage
Roissy Porte de France installe 40 caméras dans ses 18 communes

« Notre collectivité couvre un territoire de 50 km2, explique Vincent Péru, directeur technique adjoint de la communauté de communes de Roissy Porte de France (18 communes). Aussi, pour mettre en place la vidéosurveillance, il y avait un vrai défi technique à relever. » Pour des raisons pratiques, mais surtout financières, l'étendue du territoire excluait d'emblée la pose d'un réseau de câblage. La solution retenue en 2009 fut l'installation de 40 caméras reliées à un réseau sans fil hertzien de type wimax qui couvre l'ensemble du territoire en respectant les normes d'émission. L'originalité du projet réside dans la non-centralisation des images. Quand la plupart des collectivités optent pour un CSU (centre de surveillance urbain), Roissy Porte de France a fait le choix de la mobilité, point central du cahier des charges. « Lors de la définition du projet, élaboré en partenariat avec la direction de la police municipale, nous avons fait le choix d'une technologie embarquée qui permet une exploitation en direct par les fonctionnaires sur le terrain », explique le directeur technique adjoint de la communauté de communes de
Roissy Porte de France. La collectivité dispose alors de quatre véhicules de patrouille équipés d'un écran tactile qui permet de consulter chaque caméra en temps réel et en haute résolution, avec la possibilité pour l'opérateur de zoomer. Et Vincent Péru de souligner: « A travers cette démarche, l'objectif était de faciliter le travail le travail de la police sur ce territoire assez vaste. Aussi, après l'appel d'un riverain par exemple, les patrouilles de police peuvent, en consultant simplement les caméras, évaluer en toute connaissance de cause l'opportunité d'intervenir.»

Roissy Porte de France, département du Val d'Oise

NOMBRE D'HABITANTS 55 180 habitants
COMMUNAUTE DE COMMUNES 18 communes
BUDGET D'INSTALLATION VIDEOSURVEILLANCE 1,6 million d'euros

Mot clés : France

Gireg Aubert