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Vers un renforcement de la vidéosurveillance

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Tripler le nombre de caméras de vidéosurveillance sur la voie publique d'ici à 2009. Tel est l'objectif annoncé par Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, lors du lancement de la Commission nationale de la vidéosurveillance. Un investissement onéreux pour les collectivités publiques, qui comptent sur une aide de l'Etat.

La France compte actuellement plus de 300000 caméras de vidéosurveillance, dont 243000 dans les lieux ouverts au public, 42000 dans les transports publics et environ 20000 sur la voie publique. Au 1er juillet 2007, 230 villes situées en zone de compétence de la police nationale étaient dotées d'un dispositif de vidéosurveillance. Insuffisant pour la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie: «Force est de constater que notre pays a pris du retard avec seulement 20000 caméras autorisées dans le cadre de la loi de 1995 sur la voie publique. L'efficacité de la vidéosurveillance pour améliorer de façon significative la sécurité quotidienne n'est plus à démontrer. Des expériences étrangères Vont largement prouvé, notamment au Royaume-Uni.» Le rôle joué par la vidéosurveillance dans l'élucidât ion des attentats commis à Londres en 2005 a convaincu le gouvernement de se pencher sur ce dossier. «Lorsque je compare notre réseau à celui de la Grande-Bretagne, je me dis que nous devons faire beaucoup mieux pour accroître notre vigilance», a déclaré Nicolas Sarkozy. Le Royaume-Uni compte aujourd'hui plus de quatre millions de caméras, dont 400000 à Londres.

@ MAIRE D'AVIGNON - SERVICE COMMUNICATION

Tripler les caméras dans les rues

Lors du lancement de la Commission nationale de la vidéosurveillance, Michèle Alliot-Marie a annoncé vouloir tripler en deux ans le nombre de caméras sur la voie publique, pour le porter à 60 000. «Je souhaite des installations modernes, avec la possibilité pour les policiers d accéder aux images des municipalités et des grands gestionnaires d'espaces publics. Cet objectif ambitieux est, j'en suis persuadée, parfaitement réalisable. J'en ai la ferme volonté.» En 2007, seules 21 communes avaient prévu un transfert d'images vers un commissariat de police ou un centre d'information et de commandement. L'Etat a annoncé qu'il prendrait intégralement à sa charge le coût de ces raccordements, au travers du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), dont l'enveloppe annuelle a été augmentée. Les collectivités locales ne devraient donc pas supporter cette dépense. Pour Michèle Alliot-Marie, ce raccordement présente un triple avantage: une intervention très rapide, une amélioration du taux d'élucidation et une plus grande dissuasion. Le gouvernement souhaite donc que les collectivités locales se dotent massivement de systèmes de vidéosurveillance. Ce qu'elles font de plus en plus. «Les annonces de la ministre de l'Intérieur ont accéléré les demandes d'équipement en systèmes de vidéosurveillance, de même que l'approche des élections municipales», affirme Edwige Maury, directrice générale d'Axis Communications France, société spécialisée dans la vidéo sur IP. Toutefois, l'investissement est loin d'être négligeable. D'après le rapport Melchior, sur lequel s'est basée la ministre de l'Intérieur pour son projet, le coût d'une caméra s'élève à environ 60000 euros. Ce prix englobe la caméra, les câblages, la mise en place d'un PC de sécurité et le matériel informatique. Rares sont les collectivités en mesure d'investir massivement et c'est pourquoi le gouvernement souhaite les aider dans cette démarche.

Une multiplication des projets

La ville de Vichy a récemment fait financer son installation de caméras à hauteur de 50% par l'Etat, via le FIPD. Au total, ce sont dix-huit caméras qui ont été installées dans les rues. «Ce dispositif vient compléter les moyens mis en oeuvre pour améliorer la sécurité et la qualité du cadre de vie des Vichyssois», annonce la mairie. Elle espère ainsi repérer plus facilement les actes de vandalisme, les dégradations de véhicules, les vols à la tire, la mendicité agressive... La ville de Rouen a également franchi le pas et sollicité le FIDP. Le coût prévisionnel d'équipement en caméras de vidéosurveillance a été évalué à 490000 euros HT, dont 200000 euros HT pour les réseaux (fibres optiques et hertzien), 90000 euros HT pour une quinzaine de caméras, 150000 euros HT pour l'aménagement de la salle opérationnelle et 50000 euros HT pour le matériel informatique. D'autres modes de financement sont envisagés. La préfecture de police de Paris projette, dans le cadre de son plan «1000 caméras» visant à ajouter 1000 caméras sur la voie publique, en plus des 300 actuellement en service, de recourir au partenariat public-privé. D'un coût estimé à 44 millions d'euros, ce projet vise à renforcer la surveillance des lieux touristiques et les axes supposés les plus criminogènes. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'est déclaré favorable au développement de la vidéosurveillance, dans le respect strict des libertés individuelles. «Nous étudierons par ailleurs la possibilité d'installer de tels dispositifs dans certains jardins publics ou équipements municipaux, sur la base des statistiques de la délinquance», a-t-il affirmé. Les transports publics sont, eux aussi, concernés par la question de la vidéosurveillance. En avance par rapport aux collectivités locales, les organismes de transport ne se reposent pas pour autant sur leurs lauriers. La ministre de l'Intérieur a annoncé que, d'ici à 2009, «la RATP portera son parc à 6500 caméras et la SNCF, très rapidement, va doter 140 de ses gares de 3300 caméras.» Les projets de vidéosurveillance sont donc légion.

Edwige Maury, Axis

«Les annonces de la ministre de l'Intérieur ont accéléré les demandes d'équipement en systèmes de vidéosurveillance, de même que l'approche des élections municipales.»

Les économies passent par l'IP

Mais le financement partiel de l'Etat n'empêche pas les collectivités locales de rechercher les solutions les moins onéreuses. A l'instar de la téléphonie, la vidéosurveillance sur IP est une alternative aux traditionnelles caméras analogiques. Selon Axis Communications, entre 16 et 18% des caméras installées en Europe étaient en IP en 2007. L'avantage de cette technologie est qu'elle passe par les réseaux existants, à savoir le wi-fi, le Wimax ou la fibre optique. «Grâce à IIP, on peut pérenniser les réseaux existants et mutualiser les investissements, assure Edwige Maury. Comme les collectivités locales sont les principaux financeurs, il est important qu'elles puissent éviter certains frais.» Une étude menée par cette société a révélé que le coût total d'un système sur IP était inférieur à celui d'un système analogique à partir de 32 caméras. Et entre 16 et 32 caméras, le coût est assez similaire. «Dans un scénario de déploiement de base, le coût d'achat, d'installation et d'exploitation d'un système sur IP est de 3,4% inférieur à celui d'une solution analogique», conclut l'étude. Sans compter les avantages annexes, tels que la qualité supérieure de l'image et une plus grande facilité de maintenance et d'entretien.

La mairie de Châteaurenard (Bouches-du-Rhône) est l'une des premières collectivités à avoir tenté l'expérience IP. En 2003, 28 caméras analogiques avaient été installées dans la ville, notamment pour assurer la surveillance des parkings publics. Mais, en 2006, la municipalité a souhaité faire évoluer son système, qui fournissait des images en noir et blanc de résolution faible. La police pouvait alors difficilement identifier un individu. En janvier 2007, sept convertisseurs ont donc été connectés aux caméras, permettant de transformer tous les flux analogiques en flux numériques. Treize nouvelles caméras IP ont également été déployées, ainsi qu'un enregistreur IP. Le coût total de l'équipement s'est élevé à 95 000 euros. Une première expérience qui pourrait convaincre d'autres villes de se lancer dans l'IP.

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Les premières actions réalisées en 2007

- Depuis l'été 2007, les raccordements des installations de vidéosurveillance des communes aux services de police et de gendarmerie sont pris en charge à 100% par l'Etat. Fin 2007, 61 communes ont été nouvellement raccordées. 99 raccordements sont prévus en 2008.
- L'année dernière, le Fonds interministériel de prévention de la délinquance a permis à l'Etat de verser 13,5 millions d'euros à des communes pour financer leurs installations de vidéosurveillance. Les subventions versées par l'Etat ont dépassé les 500000 euros en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines, le Vaucluse, le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et à Paris.
- La commission nationale de la vidéosurveillance, présidée par Alain Bauer, a été installée le 25 octobre 2007.
- La préfecture de police de Paris a engagé, fin 2007, une procédure préalable à la conclusion d'un partenariat public-privé pour la mise en oeuvre du «plan 1000 caméras» sur Paris.

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Les principaux points du plan d'actions du gouvernement en 2008

- Faire passer en deux ans le nombre de caméras de vidéosurveillance sur la voie publique de 20000 à 60000 installations.
- Permettre aux services de police et de gendarmerie d'accéder aux images, en commençant par celles des communes et des structures intercommunales.
- Accroître fortement le parc de caméras installées dans les gares, les aéroports, les ports et les tous les transports publics.
- Recourir, chaque fois que possible, au partenariat public-privé.
- Alléger, lorsqu'elles ne sont pas nécessaires aux libertés publiques, les contraintes administratives qui compliquent l'élaboration et l'instruction des demandes d'autorisation.
- Aider ceux qui développent la vidéosurveillance (collectivités territoriales, transporteurs, bailleurs, etc.) en créant un réseau pluridisciplinaire et interministériel, dont les ressources seraient accessibles dès le premier semestre 2008 sur Internet.

L'ensemble des caméras de la ville d'Avignon transmettent les images au centre d'exploitation de la police municipale qui pilote tout le réseau

@ MAIRIE D'AVIGNON - SERVICE COMMUNICATION

L'ensemble des caméras de la ville d'Avignon transmettent les images au centre d'exploitation de la police municipale qui pilote tout le réseau

Expérience
La ville d'Avignon collabore avec la police nationale

Afin d'assurer une meilleure protection des biens et des personnes, la ville d'Avignon va raccorder la police nationale au réseau de vidéosurveillance de la commune, qui compte 36 caméras dôme (c'est-à-dire mobiles) et une caméra fixe sur la voie publique, à l'intérieur ou autour des remparts de la vieille ville. Un avis d'appel public à la concurrence a été émis en la matière.
Jacques Gable, responsable du service éclairage public, qui gère les installations de vidéosurveillance, peut compter sur un existant de qualité pour mener à bien ce projet. «Le réseau mis en place par la Ville présente un double avantage, explique-t-il. D'abord, il est compatible avec toutes les marques de caméras ou d'enregistreurs. Ensuite, le réseau est fermé pour les images: le flux de données est sécurisé car le dispositif n'utilise ni le wi-fi ni la RTC.» Un système qui évite ainsi tout piratage du système et donc une contestation devant un tribunal en cas d'utilisation des images dans le cadre d'une procédure judiciaire.
Concrètement, toutes les caméras sont reliées à plusieurs armoires vidéo locales par un double câblage cuivre (pour la télémétrie) et coaxial (pour la transmission des images). Par fibre optique, ces armoires vidéo transmettent ensuite les données au centre d'exploitation de la police municipale qui pilote tout le réseau. Ce dispositif municipal est employé uniquement pour la vidéosurveillance. En conséquence, le raccordement de la police nationale suppose seulement une liaison depuis un poste de réception à l'armoire optique la plus proche.
Le cahier des charges fonctionnel prévoit donc deux lots: le premier concerne la liaison par fibre optique, le second la fourniture d'un poste client avec logiciel de visualisation. Au final, la démarche de Jacques Gable a été guidée par le pragmatisme sur le sujet très technique de la vidéosurveillance. «La partie essentielle reste la juste définition du besoin. Pour la partie pratique, j'ai pu m'appuyer sur un existant de qualité»,


La fiche
Ville d'Avignon (Vaucluse)
NOMBRE D'HABITANTS
90000
BUDGET 2008
218 millions d'euros (prévisionnel)