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Véhicules électriques: ils tombent pile!

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Si le marché du véhicule électrique s'emballe, regorgeant de modèles toujours plus prometteurs, ces voitures semblent encore loin de constituer une solution réaliste pour les entreprises. Néanmoins des offres plus performantes et moins coûteuses devraient émerger à très court terme. Décryptage et état du marché.

Au dernier Mondial de l'automobile, l'ascensoriste Koné a signé, avec Arval, sa société de location longue durée, sa première commande de Citroën C-Zero, la nouvelle citadine tout électrique du constructeur. « Il s'agit d'un premier pas qui va nous permettre de tester l'autonomie des véhicules électriques et d'expérimenter les moyens de les recharger, tout en nous assurant de leur bonne adaptation à nos besoins», explique Gérald Roux, directeur général du groupe. A l'instar de Koné, de plus en plus d'entreprises conscientes de leur responsabilité environnementale relèvent le pari de la mobilité électrique. SFR vient de se doter de cinq Smart Fortwo Electric Drive, en s'appuyant sur les services d'un de ses loueurs, ING Car Lease. La Société Générale a, elle aussi, misé sur cette voiture, proposée en autopartage aux collaborateurs de la banque par le loueur ALD Automotive. «De plus en plus d'entreprises s'intéressent aux voitures électriques, ne serait-ce que pour en louer une ou deux dans un cadre tout à fait expérimental ou pour faire valoir leur image écolo», explique Philippe Brindel, président de l'Observatoire du véhicule (OVE). Pourtant, ces automobiles semblent loin de constituer, en l'état, une solution réaliste pour les gestionnaires de fotte. «Pour l'heure, le marché n'est pas assez mature. Le vrai démarrage n'aura lieu qu'en 2012», analyse ce dernier.

Philippe Brindel, OVE

«Louer un modèle électrique fait valoir une image écolo. »

Audit de mobilité

Et pour cause: un des premiers freins à l'ère du tout électrique réside dans une autonomie énergétique peu probante. «Les modèles de 2010 et 2011 n'affichent qu'une autonomie de 130 km maximum», note Bernard Roland, fondateur du cabinet de conseil BRC. Une donnée qu'il faut encore nuancer. «Si l'on prend en compte les dépenses énergétiques pour allumer les phares ou alimenter la climatisation et le chauffage, l'autonomie réelle ne dépasse pas les 100 km», poursuit-il. A cause du manque de stations de rechargement, les véhicules électriques sont cantonnés à de courts trajets, urbains ou périurbains, et à des déplacements d'un site industriel à un autre. «Avant d'investir dans une telle solution, le gestionnaire de flotte automobile doit procéder à un audit de mobilité dans le cadre d'un Plan de déplacement entreprise (PDE)», indique Philippe Brindel. Et de rappeler que, jusqu'à nouvel ordre, les véhicules utilitaires électriques sont plus adaptés aux besoins des entreprises qu'à ceux des particuliers. « Les professionnels effectuent des tournées régulières, grâce auxquelles il est plus facile d'anticiper la consommation.» C'est sans doute pour cela que La Poste a commandé, fin 2010, environ 250 Citroën Berlingo First, nouvel utilitaire électrique du constructeur. Au-delà de l'autonomie, le coût constitue l'autre obstacle à sa généralisation en entreprise. Qu'il s'agisse de la Peugeot iOn, de la Nissan Leaf (élue voiture européenne de l'année 2011) ou encore de la Citroën C-Zero, « leur prix est compris entre 30 000 et 50 000 euros, après déduction du bonus gouvernemental de 5 000 euros. Un modèle thermique équivalent coûte autour de 10 000 euros », explique Bernard Roland (BRC), en indiquant que le prix de la batterie n'est pas toujours inclus dans le tarif facial du véhicule.

A la location, le véhicule électrique s'avère également peu compétitif: « Le montant peut s'élever à 500 euros par mois, contre 300 euros pour la location d'un modèle thermique de même catégorie », précise Philippe Brindel (OVE). Sans oublier qu'au-delà du tarif d'achat ou de location du véhicule, l'entreprise doit aussi investir dans l'installation d'un système de rechargement dédié, à aménager sur son ou ses sites.

Un entretien de moins en moins coûteux

Malgré ces écueils, le véhicule électrique affiche quelques arguments en sa faveur. Au-delà de ses caractéristiques purement écologiques, son entretien est moins coûteux que pour un véhicule thermique. « Exit les vidanges, le remplacement du pot d'échappement... Seuls les consommables doivent être changés comme les pneumatiques ou les pièces d'usure. Au final des économies de l'ordre de 30 % peuvent être réalisées, explique Olivier Rigoni, directeur associé du cabinet Cogecar. Un avantage de taille qui pourrait favoriser la mise en place de contrats de LLD plus longs pour les modèles électriques dont les batteries affichent souvent une durée de vie appréciable. » L'autre avantage de l'électrique réside dans sa technologie en perpétuelle évolution. « Certes l'offre est encore limitée mais elle devrait largement s'étoffer à court terme », assure-t-il. Renault lancera, à la rentrée de septembre 2011, sa gamme ZE déclinée en un véhicule particulier (Fluence ZE) et un utilitaire (Kangoo ZE). Le constructeur prévoit également de sortir la Renault Zoé. Son coût, annoncé à 17 000 euros, sera bien plus compétitif que les modèles actuels.

Côté batteries, on attend aussi d'importants progrès. Ainsi les batteries LMP (lithium-métal-polymère) du groupe Bolloré pourraient offrir aux véhicules une autonomie de 250 km. De quoi équiper les voitures du programme Autolib, qui sera ouvert aux Parisiens à compter de septembre 2011. Une initiative qui pourrait définitivement booster l'usage de ce véhicule vert.

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Secteur public: le véhicule utilitaire électrique a la cote

Lyon, Paris, Bordeaux, Toulouse ou encore La Rochelle, toutes ces villes surfent sur la vague de l'utilitaire électrique. Leur choix? Le Goupil, un modèle mis au point par le constructeur éponyme, commercialisé autour de 18 000 euros HT. Depuis 2004, l'entreprise s'est d'ailleurs fait référencer par l'Union des groupements d'achats publics (Ugap). Ceci expliquant cela: les municipalités représentent plus du tiers des commandes de l'entreprise. D'autres collectivités, souvent de taille plus modeste, n'ont pas résisté à la tentation de l'utilitaire électrique: Rueil-Malmaison, Montbéliard ou encore Antibes. Ces trois villes ont récemment intégré dans leur flotte auto la F-City, un quadricycle lourd mis au point il y a un an à peine par la Fabrique d'assemblage et montage automobiles (FAM), société connue jusque-là pour ses Citroën C3 au gaz ou ses Peugeot Partner à motricité renforcée. La vitesse maximale du modèle peut atteindre 67 km/h pour une autonomie de 50 à 120 km, selon les versions de batterie et le profil de roulage. « Les nouveaux modèles devraient pouvoir atteindre 85 km/h sur l'autoroute, fait remarquer Pierre Goll, président de la FAM. Ce qui permettra au véhicule d'être homologué dans la catégorie M1. Exit le chargement chronophage de la batterie, nous avons mis au point un système de rack démontable qui permet à l'exploitant d'en changer en 10 minutes. » Coût d'acquisition de ce modèle: entre 19 000 et 33 000 euros selon la version de la batterie, avec une subvention de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) comprise entre 2 000 et 5 000 euros. Notons également que le coût de location de ce véhicule s'élève à environ 520 euros par mois.