Mon compte Devenir membre Newsletters

Véhicules électriques: à quand le démarrage?

Publié le par

Avec 4 531 immatriculations fin 2011 (source AAA-Data), l'usage du véhicule électrique en France progresse mais reste balbutiant. Car, même si des collectivités territoriales et quelques entreprises commencent à l'intégrer dans leur pool d'autopartage, il souffre encore de plusieurs handicaps. Mais la donne pourrait changer rapidement.

Aujourd'hui, le marché du véhicule électrique peine encore à se développer. Premier handicap: la faiblesse de l'offre. En tout et pour tout, le marché ne compte qu'une trentaine de modèles (utilitaires, voitures particulières, biplaces et quadricyles). Le second frein porte sur l'autonomie des batteries. Dans des conditions optimales d'utilisation, un véhicule 100 % électrique ne peut parcourir que 100 ou 120 km. Impossible donc de le confier à un commercial qui effectue 30 000 km par an. « En revanche, le véhicule électrique sera parfaitement adapté à un bon nombre d'usages privés (trajets domicile-travail) ou professionnels (livraison de marchandises en zone urbaine), puisque 87 % des trajets quotidiens sont inférieurs à 60 km », souligne Charlotte de Silguy, secrétaire générale de l'Association pour le développement de la mobilité électrique. Le troisième obstacle au développement du véhicule électrique est son coût. Avec un prix à l'achat de 35 000 euros environ, il coûte 15 000 euros de plus qu'une voiture thermique équivalente. Ajoutez à cela des infrastructures de recharge inexistantes dans la quasi-totalité des entreprises et l'on comprend mieux pourquoi ce marché peine à décoller.

Charlotte de Silguy, Association pour le développement de la mobilité électrique

Le véhicule électrique est adapté à un bon nombre d'usages privés ou professionnels, puisque 87 % des trajets quotidiens sont inférieurs à 60 km. »

Un sacré coup d'accélérateur...

Pourtant, de nombreux indicateurs laissent à penser que la donne pourrait changer, et ce plus vite qu'on ne le croit... Le marché s'apprête en effet à connaître, dans les mois qui viennent, un sacré coup d'accélérateur. Au dernier trimestre 2011, Renault a ouvert le bal en lançant sa berline familiale de cinq places, la Fluence ZE, trois modèles de Kangoo ZE avec un volume de chargement allant de 1,33 à 4,6 m3, ainsi qu'un biplace urbain, le Twizy. En 2012, sont également attendues les sorties de la Renault Zoé ZE, de la Ford Focus BEV, de la Honda Jazz EV, de la Hyundai BlueOn, de la Smart ED 2012, de la Toyota RAV4 EV...

Du côté des loueurs, les grandes manoeuvres ont aussi commencé. Alors qu'Arval et ALD Automotive intègrent déjà une gamme complète de véhicules électriques dans leur catalogue, GE Capital EMEA vient de signer un accord avec PSA Peugeot Citroën portant sur l'achat de 1 000 véhicules électriques, qui seront commercialisés en LLD dans dix pays d'Europe, dont la France. Une annonce qui fait suite à un premier contrat portant sur l'achat de 25 000 véhicules électriques au niveau mondial d'ici à 2015.

Mais le véritable démarrage du véhicule électrique en entreprise a sans doute été initié au dernier trimestre 2011 par l'Ugap. Après plus d'un an de procédure, le groupement de commandes sur les véhicules électriques coordonné par la centrale d'achat public a finalement retenu la Kangoo ZE de Renault pour le lot de 15 600 véhicules utilitaires de 3 m3, et la Peugeot iOn pour le lot de 3 000 véhicules de type «société» deux places de 1 m3. Le troisième lot de 3 900 véhicules particuliers de quatre ou cinq places à vocation urbaine a, pour sa part, été déclaré sans suite, l'objectif d'équivalence du coût de possession n'étant pas atteint compte tenu du faible kilométrage réalisé par les services utilisateurs.

Les premiers véhicules seront livrés début 2012 à la vingtaine de grandes sociétés qui composaient le groupement: Air France, Bouygues, Vinci, Veolia, EDF, France Télécom Orange, GDF Suez, La Poste, la SNCF... Pour Marc Thiercelin, directeur adjoint des achats de l'Ugap, l'heure est déjà au premier bilan. « Nous avions fixé un certain nombre d'exigences sur le plan technique et économique, en imposant notamment que le coût total de possession, super bonus de l'Etat de 5 000 euros inclus, ne soit pas supérieur à celui d'un véhicule thermique équivalent. Plus de 80 % du volume initial est servi, nous sommes donc très satisfaits de ce résultat. » Pour les véhicules particuliers, la centrale d'achat public lancera prochainement une nouvelle procédure, afin de permettre aux services de l'Etat et aux collectivités de bénéficier d'une nouvelle offre correspondant mieux à leurs besoins.

Un modèle économique prometteur

Pour avoir la confirmation que le véhicule électrique est bel et bien en train de devenir compétitif, il suffi t d'examiner les prix à l'achat affichés par Renault: 17 500 euros HT pour la Fluence ZE (hors batterie), 15 000 euros HT pour la Kangoo ZE. Cette baisse substantielle des prix a été rendue possible par l'apparition d'un nouveau modèle économique qui dissocie le prix de la caisse de celui de la batterie, louée 75 euros HT par mois pour la Kangoo ZE et 82 euros HT par mois pour la Fluence ZE. « Ce système est très prometteur, note Philippe Brendel, président de l'Observatoire du véhicule d'entreprise (OVE), car il permet de gommer les écarts de coûts à l'achat, tout en effaçant une grande partie des craintes que suscite le véhicule électrique chez les loueurs et les entreprises en matière de longévité de la batterie. » Ce dispositif aura aussi le mérite de faire baisser la facture, car il n'y aura pas d'amortissement non déductible, et la base de calcul des avantages en nature sera beaucoup plus faible. Rappelons enfin que les voitures électriques ne sont pas soumises à la taxe sur les véhicules de société...

Ainsi, tous les freins qui entravent le développement du véhicule électrique sont en train de tomber. Et du côté de Renault, on annonce clairement la couleur, avec des voitures au prix d'achat concurrentiel, mais aussi des coûts d'usage inférieurs de 20 % grâce à une électricité moins chère que l'essence (1 euro pour 100 km), des coûts de maintenance réduits de moitié et des performances qui n'ont rien à envier à celles d'un véhicule essence ou diesel. Autant d'arguments qui devraient accélérer la réflexion dans les directions achats...

Philippe Brendel, Observatoire du véhicule d'entreprise

Le nouveau modèle économique qui dissocie le prix de la caisse du véhicule de celui de la batterie permet de gommer les écarts de coûts à l'achat. »

zoom

Chez SFR, autopartage rime avec véhicule électrique...
SFR a lancé, en janvier dernier, un pool de six Smart électriques en auto partage sur ses quatre principaux sites en Ile-de-France. L'opérateur téléphonique a également installé une douzaine de bornes de recharge qui seront bientôt équipées de cartes SIM SFR, afin de transmettre en direct des informations sur l'état du véhicule, son niveau de recharge, sa localisation...
« Tous les collaborateurs peuvent réserver un véhicule pendant une demi-journée pour se rendre sur l'un de nos sites, visiter un client en région parisienne ou pour rentrer chez eux le soir », explique Michel Moussa, directeur des services aux collaborateurs de SFR. Un peu plus d'un an après le lancement du service, le bilan est plus que positif. « Après deux premiers mois un peu difficiles - les collaborateurs avaient des inquiétudes sur l'autonomie des batteries et exprimaient des réserves sur la sécurité du véhicule -, le bouche à oreille a très vite fonctionné. Et aujourd'hui, les Smart tournent en permanence. Certains jours, nous sommes même en saturation. »
Devant un tel succès, l'entreprise va faire de nouvelles acquisitions, malgré un prix d'achat élevé (plus de 40 000 euros) un certain manque d'espace dans l'habitacle (qui ne peut accueillir que deux personnes dans les modèles actuels), et quelques soucis de fiabilité... « Parfois, tous les voyants se mettent à clignoter sur le tableau de bord, pourtant la voiture continue à rouler. Mais si l'on met de côté ces quelques réserves, les collaborateurs s'accordent pour dire que ces véhicules sont très agréables et très reposants à conduire », conclut Michel Moussa.