Mon compte Devenir membre Newsletters

Quels leviers demain pour les achats responsables?

Publié le par

Difficile d'engager une démarche d'achats responsables dans un contexte tendu, où la réduction des coûts est souvent privilégiée. Pourtant, certains services n'hésitent pas à innover en menant un panel de petites (ou grandes) actions. Retours d'expériences lors d'une table ronde qui s'est tenue en octobre à la CCI de Grenoble.

Comment engager une démarche d'achats durables dans son entreprise? Tel était le thème de la table ronde organisée à la CCI de Grenoble le 23 octobre dernier par le Pôle R (Pôle de Consommation Responsable en Rhône-Alpes), adossé à l'association Equi sol, chargée de la promotion du commerce équitable et de l'économie solidaire dans la région. Car un certain nombre d'obstacles freinent encore la généralisation de telles démarches au sein des services achats. L'association Equi'Sol en a recensé six, d'après une étude réalisée en mai 2012 auprès de 155 entreprises: «Le manque de volonté de la direction générale, d'expériences fructueuses existantes, de savoir-faire interne, de reconnaissance des fournisseurs et de temps. Sans oublier la peur du greenwashing», énumère Franck Legrigeois, directeur de l'association. Si ce constat a largement été partagé par les acheteurs assistant à la table ronde, il n'en a pas empêché certains de mener des actions dans ce domaine.

sondage

Le manque de volonté pointé du doigt
Lors d'un récent sondage1 posté en ligne, les visiteurs du site Décisionachats.fr ont cité le manque de volonté de la direction générale (41 réponses) et le déficit de savoir-faire en interne (26 réponses) comme les deux principaux freins pouvant ralentir le déploiement d'une politique d'achats responsables.
1/ 147 avis recueillis entre le 31 octobre et le 15 novembre

Des retours d'expérience probants

A l'instar de la Compagnie du Chaufage qui privilégie désormais des prestations de propreté plus écolos... Et ce, en misant sur des produits de nettoyage éco-labellisés, en planchant sur le recyclage des eaux usées et surtout en développant la formation des agents. Et pour cause: le personnel de propreté est une catégorie très vulnérable socialement. D'où le déploiement d'actions pour favoriser leur alphabétisation et professionnalisation.

Autre retour d'expérience dévoilé lors cette table ronde: celui de La Poste, qui mise, entre autres, sur l'achat de vêtements éco-conçus pour les facteurs et les guichetiers. «Depuis 2004, nous collaborons avec Armor Lux pour favoriser la conception de produits textiles avec du coton issu du commerce équitable », rappelle Brigitte Combal, déléguée au développement territorial et durable. Un dossier particulièrement complexe, tant la filière était inexistante en France à l'époque. La Poste a donc été l'initiateur de ce marché pour l'Hexagone. « Pour sécuriser le dossier, il a fallu bien piloter notre fournisseur afin qu'il puisse mettre au point une chaîne logistique 100 % sécurisée en identifiant les producteurs adaptés dans tel ou tel pays du Sud. » Résultat: depuis près de dix ans maintenant, La Poste ne propose dans son catalogue que des T-shirt et gilets fabriqués à partir de coton certifié Max Havelaar. « Mieux encore, dans le cadre d'un deuxième appel d'offres lancé en 2009, nous avons introduit des produits avec du coton certifié bio-équitable. » Le surcoût de tels vêtements? Environ 5 %. « C'est une hausse substantielle, mais elle était motivée par un vrai engagement de la direction en faveur des achats responsables qui s'est notamment traduit par la formation des acheteurs à une telle démarche, la création de référentiels d'auto-évaluation sur les achats responsables pour mieux guider les équipes achats, etc.»

Auditer les fournisseurs et introduire des clauses d'insertion

Brigitte Combal rappelle toutefois les difficultés liées à la mise en place de telles démarches. « Parfois, il est primordial d'effectuer des contrôles dans les usines de nos partenaires pour nous assurer que la prestation est conforme. » Un travail chronophage que La Poste ne peut pas mener auprès de tous ses fournisseurs. « Nous ciblons alors des marchés stratégiques. Comme le groupement d'achats sur les véhicules électriques, piloté par l'Ugap, auquel nous avons pris part pour satisfaire un objectif de taille: intégrer pas moins de 10 000 véhicules électriques dans notre parc, raconte Brigitte Combal. Aussi, quand un retard dans la construction des batteries s'est posé, nous avons pris le temps d'aller dans les usines pour effectuer un contrôle. »

Autre tâche complexe qui se pose au groupe La Poste: l'introduction de clauses d'insertion. « C'est un sujet que nous découvrons aujourd'hui encore. Pour le moment, de telles clauses ne figurent pas dans nos appels d'offres par manque d'expertise en la matière. » Un dispositif qui permet pourtant aux donneurs d'ordres de confier la réalisation de tel ou tel lot à des structures de l'insertion par l'activité économique (SIAE). Jean-Jérôme Calvier, directeur général adjoint d'Ulisse, une SIAE locale, commente: « Nous rencontrons nous-mêmes des difficultés à collaborer avec des grands comptes tant il est difficile d'entrer en contact avec eux. » Pour favoriser une meilleure connaissance mutuelle, le patron d'Ulisse note la nécessité de mieux faire valoir son of re de services tout en favorisant davantage les partenariats de cotraitance. Des arguments qui ont largement interpellé Brigitte Combal. Un échange prouvant que la mise en oeuvre des achats responsables passe d'abord par l'instauration d'une relation partenariale et de confiance entre client et fournisseur.

Trois questions à... Nathalie Deleuze, responsable achats de Gaz Electricité Grenoble: « Oui aux achats responsables mais pas à n'importe quel prix! »

Quelles actions avez-vous mis en place en matière d'achats responsables?
Société d'économie mixte de 400 collaborateurs, Gaz Electricité Grenoble a de fortes valeurs en termes de développement durable, incitant les achats à mener des actions en ce sens. La plupart d'entre elles se concentrent sur les frais généraux qui représentent un montant entre 15 et 20 millions d'euros. Ainsi, nous nous sommes engagés en 2007, bien avant La Poste dans une démarche d'achat de véhicules électriques. Une initiative qui a vite tourné court, tant le marché n'était pas mature à l'époque. Et pour cause: il n'était pas question pour nous d'acheter une voiture électrique au prix d'une Porsche! Il faut bien comprendre le leitmotiv tout à fait logique de notre direction générale en matière d'achats responsables: oui à de tels achats mais pas à n'importe quel prix. C'est pourquoi nous avons donc changé notre fusil d'épaule en misant sur des véhicules plus abordables, roulant au GNV.


L'autre chantier important concerne la distribution automatique...
Tout à fait. Depuis le changement de notre prestataire, l'année dernière, nous disposons de distributeurs flambant neufs, qui évitent, d'une part, une surconsommation d'électricité et intègrent, d'autre part, des boissons chaudes certifiées équitables. Pour bien identifier les offres existantes, nous nous sommes appuyés sur des experts extérieurs comme Equi'Sol. Cela nous a permis de distinguer les prestataires qui font du «greenwashing» en se dotant de labels maison, de ceux réellement certifiés, pouvant se targuer de labels indépendants.
Nous avons également introduit quelques articles «verts» dans l'offre snack. Un résultat qui s'avère, in fine, mitigé tant moult collaborateurs restent encore très attachés à leur barre chocolatée ou leur soda. Enfin, pour réduire davantage notre empreinte, nous avons troqué les gobelets en plastique contre des gobelets en carton.


Quels enseignements tirez-vous d'une telle expérience?
Tout d'abord, un acheteur ne peut pas s'engager seul dans une démarche d'achats responsables. Le soutien de la direction générale est primordial! Par ailleurs, j'ai le sentiment qu'il est quand même plus aisé aujourd'hui de mettre en place de telles actions dans des structures semi-publiques comme la nôtre tournée vers le collectif. Car les collaborateurs ont déjà une certaine sensibilité aux missions d'intérêt général, et donc au développement durable. Cela aide grandement la mise en place d'une telle politique, notamment en termes de conduite du changement.

Mot clés :

Charles Cohen