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Quand les villes déclarent la guerre aux rats

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Rendue obligatoire par les règlements sanitaires départementaux, la lutte contre les rats nécessite des campagnes régulières pour éviter leur prolifération. Une tâche que les municipalités confient souvent à un prestataire spécialisé.

@ fotolia /milia Stasiak

A Beaulieu-sur-Loire (Loiret), du blé empoisonné est distribué gratuitement par la mairie aux habitants ayant constaté ou redoutant la présence de rats dans leur propriété. Un service renouvelé chaque année, qui s'inscrit dans le cadre de la campagne annuelle de dératisation des bâtiments et lieux publics. La fréquence de ce type d'actions et les modalités de distribution des produits anti-rats («rodenticides») à la population varient dans chaque commune française. Mais la lutte contre les rongeurs et autres nuisibles est une priorité partagée et une obligation pour tous. Elle figure au chapitre «Mesures de salubrité générales», dans tous les règlements sanitaires départementaux, établis par les préfets. S'il est impossible de chiffrer le nombre de rats, les services sanitaires estiment qu'ils seraient, par exemple, près de deux millions à pulluler à Paris. Le rythme de reproduction de ces nuisibles» impose de toute façon une attention particulière: un couple de rats peut s'accoupler jusqu'à cinq fois par an et donner naissance à près de 200 ratons.

@ fotolia /milia Stasiak

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Trois modes d'intervention

Sur le terrain, les opérations peuvent d'abord être menées par les agents de la commune eux-mêmes. Certaines grandes villes, comme Paris ou Lyon, disposent de leur propre service de dératisation. D'autres collectivités se contentent d'acheter les rodenticides. Ce sont ensuite les agents du service propreté qui procèdent à la dératisation. Mais le cas de figure le plus fréquent reste le recours à une entreprise spécialisée, au travers d'un contrat de services. «En général, les contrats sont dune durée de trois ans, avec une première année test, puis une tacite reconduction, note Ladislas de Beaurepaire, technico-commercial chez CRDD, une société spécialisée dans le traitement antiparasitaire. Ils prévoient de deux à quatre interventions annuelles, la fourniture des produits et des interventions ponctuelles en cas de besoin.» En outre, la dératisation est prise en compte dans les marchés de travaux, au travers d'un lot spécifique.

Dans les services publics de santé ou à mission sanitaire, comme les hôpitaux, la lutte préventive et d'élimination des nuisibles est permanente. De leur côté, les communes procèdent de trois manières. Soit elles mènent des campagnes de dératisation plusieurs fois par an et à périodes fixes (entre deux et quatre interventions en général); soit elles déclenchent une action ponctuelle pour faire face à des plaintes d'habitants; la troisième voie, la plus fréquente, est la combinaison des deux premières actions: des campagnes ponctuelles sont organisées en cas de recrudescence des nuisibles et sont combinées à des interventions régulières. Pour ces dernières, «l'idéal est de les mener à l'automne et au printemps, qui correspondent aux périodes de déplacement des populations des rats», explique Marc Aubry, responsable support technique de la société Amboile Services (groupe Ecolab), spécialisée dans la lutte antiparasitaire.

Effectuer un repérage précis des lieux

Pour définir le contenu des campagnes régulières, la société de traitement antiparasitaire doit d'abord procéder à un repérage précis des lieux et à leur cartographie (réseau des eaux, souterrains), en s'appuyant sur les documents du cadastre ou les plans disponibles en mairie. Certaines zones sont ciblées en priorité: égouts, déchetterie, etc. «Nous vérifions aussi la présence de zones propices à la reproduction des rats autour de la commune, telles que les étangs et les berges fluviales», poursuit Marc Aubry. Ce repérage permet au prestataire de choisir la méthode de lutte appropriée et la quantité de moyens nécessaires, en hommes et en produits.

Pour venir en renfort de ces campagnes régulières, des interventions ponctuelles sont parfois planifiées pour réguler les populations de rats qui ont prospéré en raison, par exemple, de l'importance des sources de déchets alimentaires (décharges sauvages, nourriture déposée à l'origine pour les pigeons, etc.). Autre cas de figure: les migrations massives de rats. Elles sont d'abord la conséquence des aléas climatiques qui ont délogé les populations de rongeurs de leur habitat. Les travaux publics sont aussi une cause des mouvements de masse. Ce fut le cas en fin d'année dernière à la gare Saint-Lazare, à Paris. Le chantier de réhabilitation du bâtiment historique les délogeant des étages inférieurs, les rats infestaient les stations de métro et les voies. Dans l'urgence, la préfecture de police de Paris avait mené plusieurs campagnes, en complément de celle, traditionnelle, du mois de novembre.

Anticoagulants et plaques à glu

Pour tous les types d'intervention, les rodenticides sont identiques. Les produits les plus utilisés sont des anticoagulants, qui provoquent des hémorragies internes en quelques jours chez les rats qui en ont ingéré. Ils se présentent sous la forme de céréales ou de blocs hydrofuges solides. «Pour être efficace, ce produit doit conserver une apparence saine, explique Marc Aubry (Amboile Services). Il faut prendre garde à ce qu'ils ne soient pas dégradés par l'environnement immédiat, par exemple l'eau.» La parade consiste à suspendre le produit, comme cela se fait dans les égouts. En France, ces rodenticides anticoagulants subissent une autorisation de mise sur le marché, délivrée par le ministère de l'Agriculture. Ils sont sans danger pour l'homme, à moins d'une ingestion massive (de 5 à 6 kg).

L'autre technique utilisée est celle des pièges. Cependant, la traditionnelle claquette à souris ou à rats marque le pas face à des pièges plus élaborés, par exemple à base de plaques recouvertes de glu, dans lesquels l'animal piégé dépérit. Ces plaques sont surtout utilisées dans les restaurants ou les cuisines scolaires.

Les communes qui achètent ces produits en redistribuent généralement une partie à la population, afin que les zones privées soient traitées au même titre que les voies ou les bâtiments publics. Toute une série de précautions et d'informations accompagne la vente de ces articles, afin de prémunir les éventuels dégâts auprès des populations animales: chiens, chats, cygnes ou canards. S'il existe quelques précédents, les campagnes de communication menées par les collectivités et les fabricants, au travers des mentions figurant sur les étiquettes, semblent désormais bien comprises.

@ fotolia / VITALIY PAKHNYUSHCHYY

Françoise Charlier, adjointe au maire en charge de l'hygiène et de la propreté

Françoise Charlier, adjointe au maire en charge de l'hygiène et de la propreté

Expérience

Charleville-Mezières organise deux campagnes de dératisation par an «A Charleville-Mezières, deux campagnes de dératisation ont lieu chaque année, en automne et au printemps», explique Françoise Charlier, adjointe au maire en charge de l'hygiène et de la propreté. La prestation est externalisée auprès d'une entreprise spécialisée pour un coût annuel qui oscille entre 12 000 et 15 000 euros. Le prestataire Amboile Services effectue deux types d'intervention. La première concerne une cinquantaine de bâtiments communaux où l'éradication doit être totale. La seconde a trait aux égouts et aux zones naturelles, notamment les rives de la Meuse et de la demi-douzaine de ruisseaux qui parcourent la ville. Dans ce second cas, il s'agit d'éviter la prolifération en éliminant la surpopulation. En parallèle, le contrat de services prévoit une intervention ponctuelle en cas de besoin et la mise à disposition de raticides toute l'année pour les particuliers. La campagne semble porter ses fruits: jusqu'à présent, la commune remettait 250 kg de raticides aux habitants. Mais, l'an dernier, tout le stock n'a pas été utilisé. «Pour 2009, nous en avons commandé que 150 kg.». Selon cette dernière, les campagnes d'information portent aussi leurs fruits. «Nous avons, par exemple, rappelé aux particuliers qu'il fallait éviter de nourrir les pigeons. Les restes de nourriture peuvent, en effet, profiter aux rats.»


Charleville-Mézières


DEPARTEMENT
Ardennes
NOMBRE D'HABITANTS
51000
BUDGET PREVISIONNEL 2009
98 millions d'euros
COUT ANNUEL MOYEN DES DEUX CAMPAGNES DE DERATISATION
Environ 13000 euros


Mot clés :

Florent MAILLET