Mon compte Devenir membre Newsletters

Propreté: un marché qui se structure et se spécialise

Publié le par

De plus en plus professionnel, le secteur de la propreté doit prendre en compte des problématiques globales, comme le respect de l'environnement, et spécifiques, telles que l'hygiène dans les hôpitaux. Décryptage.

@ STEPHEN COBURN / FOTOLIA

Avec un chiffre d'affaires qui a plus que doublé entre 1995 et 2009, passant de 4,8 à plus de 11 milliards d'euros, le marché de la propreté ne semble pas pâtir de la croissance en berne. Avec le boom de l'externalisation des activités de nettoyage, les entreprises se sont multipliées, hissant le secteur au sixième rang des employeurs français.

Elles étaient 10 000 sociétés de nettoyage en 1995. L'Insee en recense aujourd'hui près de 20 000. Si la progression du chiffre d'affaires de ce marché était moins soutenue en 2009 - de l'ordre de 0,9 % contre 10 % en 2008 - elle reste positive, en partie grâce au développement des services associés. Ces derniers représentent près d'un tiers du chiffre d'affaires, selon la Fédération des entreprises de propreté (Fep). Cherchant des relais de croissance, certaines sociétés ont, en effet, élaboré une palette d'activités élargies. «Les services annexes intéressent fortement les PME. Contrairement aux grands donneurs d'ordres, les petites et moyennes entreprises n'ont généralement pas de structure à leur disposition pour réaliser leurs petits travaux de maintenance. Présentes au quotidien dans leurs locaux, les sociétés de nettoyage apportent donc une réponse à ces demandes latentes», argumente Miguel Gomes, p-dg de Serviclean. L'externalisation des activités de nettoyage devrait s'intensifier, dans les années à venir, notamment dans les secteurs de l'industrie et la santé; les achats étant le deuxième poste de dépenses des établissements de santé.

Dans ce contexte et face aux enjeux de la réforme hospitalière qui vise à réduire les coûts de fonctionnement et d'investissement d'ici à cinq ans, les directions achats pourraient être tentées de déléguer les prestations de nettoyage encore bien souvent internalisées aujourd'hui.

Marie Bougrain, La Poste

«Aujourd'hui, plus de 80 % des prestations de nettoyage sont externalisées. »

De l'autonettoyage à la sous-traitance

Externaliser ses prestations de nettoyage, une stratégie qui séduit de plus en plus d'entreprises et sur laquelle s'est penchée la division courrier du groupe La Poste, depuis les années deux milles pour réduire ses dépenses. « Auparavant, l'hygiène technique de nos locaux était assurée en interne. Aujourd'hui, plus de 80 % des prestations sont externalisées. Ce taux devrait encore augmenter, au rythme des départs en retraite de notre personnel de nettoyage», rapporte Marie Bougrain, chef du service des achats territoriaux à la direction des achats du courrier du groupe La Poste. De même, les achats d'hygiène de la filière, gérés régionalement, vont être centralisés, mais allotis géographiquement pour un suivi local. « Nous voulons homogénéiser nos spécificités techniques. La notion d'hygiène tant très subjective, nous recensons des disparités trop importantes entre les sites », justifie Marie Bougrain. Eviter la surqualité pour rationaliser les dépenses, un postulat qui se généralise, et qui exige, en amont, une définition parfaite des besoins. Fixer des standards de fréquence de nettoyage paraît nécessaire. «Pour se rapprocher au plus près de la réalité, acheteur et prescripteur en charge de l'hygiène technique se réunissent lors du comité d'achat, épaulés pour la partie technique par le service «conditions de travail» de la direction des ressources humaines et éventuellement par un ou plusieurs prestataires», développe Maryse Guyot, directrice des achats à la mairie de Lille. Si cette évaluation est déterminante, elle doit faire l'objet d'une révision annuelle, voire semestrielle, pour être améliorée. D'autant que sur le marché de la propreté, les techniques et les pratiques évoluent très vite. Les mentalités aussi.

Une prise de conscience collective

Ces dernières années, de gros efforts ont été faits sur la formation et la sensibilisation des acteurs de la filière aux enjeux sociaux et environnementaux. En 2008, la Fep a lancé, à ce titre, un programme développement durable de 51 actions autour du renforcement de l'engagement social, de la préservation de l'environnement et de l'amélioration des interventions des parties prenantes et de la gouvernance. Résultat, plus de 200 entreprises de propreté ont, aujourd'hui, adopté cette démarche «verte». Côté utilisateurs, les grands donneurs d'ordres entendent eux aussi rendre leurs achats plus solidaires. «Pour nos appels d'offres, nous nous basons principalement sur trois critères: le prix, le service après-vente et la politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Ce dernier aspect a une pondération oscillant entre 20 % et 40 %, voire 100 %. Récemment, nous avons sélectionné deux sociétés de nettoyage favorisant l'insertion sociale pour 88 écoles de la ville», indique Maryse Guyot (mairie de Lille). La volonté est identique au sein de la division courrier du groupe La Poste. Celle-ci envisage d'adapter les plages d'intervention de ses prestataires extérieurs aux horaires de fonctionnement des transports en commun afin d'améliorer leurs conditions de travail. «Pour les locaux, nous privilégions l'emploi de produits d'entretien respectueux de l'environnement. Lorsque les prestataires répondent à notre cahier des charges, ils nous présentent les gammes de produits qu'ils utilisent en décrivant le maniement et les usages de chaque référence», souligne Marie Bougrain (La Poste). La prise de conscience environnementale et sociétale se généralise donc «mais reste timide du côté des PME», commente Miguel Gomes (Serviclean). Du moins pour le moment.

Grégory Lecaillon, Hospices civils de Lyon

Grégory Lecaillon, Hospices civils de Lyon

Témoignage
«Notre politique achat se rationalise et se responsabilise»

Pour réduire certains postes de dépenses, les Hospices civils de Lyon ont adhéré au groupement Uni. H.A, réseau coopératif d'achats groupés de 54 établissements hospitaliers publics français. « En mutualisant leurs achats, les centres hospitaliers ont économisé 15% sur leurs dépenses en essuie-mains », se réjouit Grégory Lecaillon, responsable du département achats généraux et logistiques aux Hospices civils de Lyon. Une stratégie dupliquée pour l'approvisionnement en sacs-poubelles et en papier-toilette notamment. Si la réduction des budgets est de rigueur, les Hospices civils de Lyon n'oublient pas leurs ambitions environnementales et sociétales. « Dès que nous le pouvons, nous recourons à des prestataires issus du tissu économique local », développe Grégory Lecaillon. Côté service, le nettoyage des unités "soins" est assuré par le personnel hospitalier, seul 50 % du nettoyage des locaux "tertiaires" (halls, couloirs) est externalisé. Les prestataires répondent à un cahier des charges strict rédigé par le prescripteur en charge de l'hygiène et l'acheteur et font l'objet d'un contrôle qualité optimisé. « Enrayer le développement des infections nosocomiales se traduit par une amélioration constante de notre performance en matière d?hygiène », conclut Grégory Lecaillon.

Hospices civils de Lyon

NOMBRE D'ETABLISSEMENTS HOSPITALIERS : 14 établissements
EFFECTIF : 22 000 salariés
VOLUME D'ACHATS GLOBAUX : 550 millions d'euros
VOLUME ANNUEL D'ACHATS : 1,2 million d'euros (prestations de nettoyage) et 2 millions d'euros (consommables pour l'entretien des locaux)
EFFECTIF ACHATS : 80 collaborateurs

Mot clés : Lyon

Fanny Perrin d'Arloz